Le novice

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L'important, c'est qu'il apprenne vite

La volte-face de Pierre Karl Péladeau sur l’utilité du Bloc québécois illustre sa vulnérabilité dès qu’il sort du confort de sa page Facebook, où il peut choisir les sujets sur lesquels il se sent à l’aise d’intervenir.

Manifestement, la question qu’un militant de sa région lui a adressée à brûle-pourpoint vendredi dernier l’a pris par surprise. Sa réponse était beaucoup trop catégorique pour prêter à interprétation : « Le Bloc ne sert strictement à rien, sauf à justifier le fédéralisme. » Le point d’interrogation qu’il a tenté d’ajouter quatre jours plus tard n’a convaincu personne.

Certes, tout le monde peut avoir une illumination, mais il ne faut pas confondre la conviction avec la nécessité de se tirer d’un mauvais pas. Si M. Péladeau a toujours eu un problème avec l’existence du Bloc, comme il l’a lui-même expliqué, la soudaineté avec laquelle il en est arrivé à conclure à la grande pertinence de sa présence à Ottawa est franchement étonnante, pour ne pas dire inquiétante. Cet incident constitue plutôt un beau cas de ce que Jacques Parizeau appelait s’« autopeluredebananiser ».

Cela dit, M. Péladeau a parfaitement le droit d’estimer que le Bloc est inutile, voire nuisible à la cause souverainiste. D’ailleurs, il est loin d’être le seul à le penser, même si rares sont ceux qui osent le dire aussi ouvertement. À preuve, moins de la moitié (44 %) des électeurs péquistes voteraient pour le Bloc, selon un récent sondage CROP.

Il est cependant évident — du moins, cela devrait l’être — que les péquistes ont plus urgent à faire que de débattre de l’euthanasie de leur parti frère. À moins d’un an des élections fédérales, les choses vont déjà suffisamment mal pour le Bloc. Comment va-t-on maintenant convaincre des candidats de défendre ses couleurs alors que le probable futur chef du PQ souhaite sa disparition ? Le mieux aurait été de laisser les électeurs trancher le débat.

Paradoxalement, le nouveau chef du Bloc, Mario Beaulieu, est probablement celui avec lequel M. Péladeau a le plus d’affinités sur le plan idéologique. Du moins, ce l’était jusqu’au virage qu’il vient d’effectuer en remettant le cap sur la défense des intérêts du Québec à Ottawa, une stratégie qu’il avait pourtant lui-même qualifiée d’« attentiste » et de « défaitiste ». Le député de Saint-Jérôme préférait sans doute sa position initiale, selon laquelle les députés bloquistes seraient plus utiles en faisant la promotion de l’indépendance qu’en poireautant assis au fond de la Chambre des communes.

Remarquez, Bernard Landry avait aussi applaudi quand M. Beaulieu avait dit vouloir rompre avec la stratégie de ses prédécesseurs. Même si le chef du Bloc a finalement décidé d’y revenir, cela n’a pas empêché l’ancien premier ministre d’expliquer à son nouveau disciple qu’il demeurait néanmoins très utile.

Il est vrai que la pensée de M. Landry est parfois assez sinueuse, mais il a suffisamment d’expérience pour savoir que la politique a horreur du vide. À moins que les élections soient soudainement abolies, le terrain laissé vacant par le Bloc sera inévitablement occupé par des fédéralistes. Si M. Péladeau a l’intention de tenir un référendum, il n’a pas intérêt à multiplier les adversaires.

Les adversaires de M. Péladeau, qui se sont empressés de se porter à la défense du Bloc, ne manqueront pas de tirer les conclusions de cette nouvelle bourde. Ils savent maintenant que M. Péladeau peut facilement mettre les pieds dans les plats s’il est pris au dépourvu.

Cet épisode a révélé une autre facette de sa personnalité qui semble difficilement compatible avec le métier de politicien. Je suis le premier à reconnaître que l’insistance des médias peut être agaçante. Il est tout à fait normal que cela provoque occasionnellement des sautes d’humeur, dont les journalistes affectés à la couverture politique ne se formalisent pas outre mesure, mais le degré de tolérance de M. Péladeau semble dangereusement bas.

Être poursuivi par les médias dans les corridors du parlement ou recevoir l’appel d’un journaliste sur son téléphone cellulaire fait partie du quotidien des politiciens. Québec n’est pas Paris ou Washington, ni même Ottawa. La proximité y est peut-être plus grande qu’ailleurs, mais des hommes comme Jacques Parizeau ou Lucien Bouchard, qui n’appréciaient pas particulièrement la familiarité, ont su composer avec cette réalité.

Si M. Péladeau croit sérieusement avoir été « harcelé » par le collègue Denis Lessard, de La Presse, comme il s’en est plaint, il devrait visionner de toute urgence le film À hauteur d’homme de Jean-Claude Labrecque, qui a laissé un témoignage saisissant de la campagne de Bernard Landry en 2003. Il pourrait alors décider s’il est réellement fait pour cette vie-là.


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