La déclaration de Calgary fait écrire

Le grand jeu

1997

17 septembre 1997

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«Si je gagnais, si peu que ce fût,
_ je pourrais continuer à jouer, si je perdais ...»
_ - Le Joueur, Dostoïevski
En réactivant le cirque constitutionnel à Calgary et en faisant humer au Québec la énième promesse d'une reconnaissance nébuleuse et à rabais, le neuf premiers ministres canadiens anglais et Jean Chrétien jouent gros. Très gros...
Ces messieurs font cette promesse surtout pour aider le PLQ à prendre le pouvoir lors des prochaines élections québécoises qui, tout à coup, semblent être devenues pancanadiennes! Mais si le PQ est réélu, les dirigeants fédéralistes espèrent néanmoins que l'effet combiné du bâton du plan B et de la carotte rachitique de la déclaration de Calgary grugera de plus en plus d'appuis au OUI. Des appuis qu'ils puiseront à même la clientèle cible que les deux camps se disputent depuis des lunes, soit les nationalistes «mous» qui demeurent encore et toujours sensibles aux arguments de peur, aux promesses de renouvellement, ou aux deux.
Cette espèce de grand jeu se joue parce que depuis octobre 1995, alors que les deux options ont terminé presque à égalité, il suffit de convaincre un petit pourcentage de Québécois pour faire basculer la victoire d'un camp à l'autre. Bref, rien de cela n'a à voir avec un renouvellement quelconque du Canada. C'est une lutte contre la souveraineté, pouce par pouce, électeur par électeur, qui se pointe derrière les plans A et B, lesquels, de par leur nature diamétralement opposée, peuvent justement agir sur un spectre plus large de la population.
Et, parce qu'on sait que les souverainistes ne voudront pas risquer une troisième défaite en moins de 20 ans, faire baisser les appuis au OUI pourrait faire avorter le prochain référendum en rendant sa tenue trop périlleuse pour Lucien Bouchard et le PQ. C'est ce qui s'appelle une stratégie dissuasive.
Mais c'est aussi ce qui s'appelle un sacré coup de dés. Car le plan B pourrait fort bien s'effilocher face à un gouvernement Bouchard dont la survie dépend en partie de sa volonté et de sa capacité d'investir efficacement un terrain politique qu'il a laissé tout entier à ses adversaires depuis plus d'un an. Sans compter que la chimère de Calgary risque d'éclater sous la pression prévisible d'une multitude de groupes d'intérêts flairant la viande fraîche sur la grande table constitutionnelle.
Cependant, même si l'illusion du plan A tenait encore quelques mois - ce qui serait surprenant - et que le PLQ prenait e pouvoir - ce qui le serait encore plus -, Daniel Johnson aurait reçu un monumental cadeau empoisonné. Pour le plaisir de la chose, avançons une petite hypothèse: Daniel Johnson, redevenu premier ministre et «pris» avec la promesse d'une reconnaissance diluée du Québec, se retrouverait coincé entre un Canada anglais n'offrant que des miettes et le retour en force d'une aile nationaliste refusant de signer la Constitution pour un plat de lentilles de plus en plus dégarni.
A cette nouvelle crise de type «post-Meech-plus-plus» s'ajouteraient les effets politiques d'une minorisation des francophones qu'on annonce pour l'île de Montréal d'ici seulement quelques années. Mais tout cela, évidemment, n'est qu'une simple hypothèse...
Mais en attendant la vie continue. Hier après-midi, le premier ministre Bouchard est intervenu pour condamner l'initiative de Calgary. Une sortie dont le ton a sûrement autant à voir avec la déclaration de Calgary qu'avec les résultats de certains sondages récents confirmant que les appuis au PQ et à la cause souverainiste chutent un peu trop et qu'un pourcentage élevé de francophones, face au silence assourdissant de Québec quant au plan B, commencent à intérioriser les arguments fédéralistes sur la partition. C'est là le prix de ce que Ed Bantey, chroniqueur à The Gazette, qualifiait ce dimanche de «silence des agneaux». Un silence qui, en passant, est loin d'être l'apanage de Québec puisqu'il fut aussi pratiqué par la plupart des élites et des médias francophones.
Et maintenant, on risque de voir de nombreux Québécois hésiter encore plus à la suite de la décision tout aussi prévisible de la Cour suprême sur notre droit à l'autodétermination. Hier aussi, Québec annonçait donc l'éventuelle mise sur pied d'une coalition contre la partition et pour la défense de la démocratie québécoise. Une idée qui devrait rallier de nombreux Québécois inquiets devant les assauts du plan B. Mais une telle coalition, tout aussi nécessaire et attendue qu'elle puisse être, ne peut être efficace que si elle est accompagnée de stratégies et de contre-arguments venant du gouvernement lui-même.
Car ce sont bel et bien des élus qui, dans le reste du Canada, se livrent au grand jeu de la carotte et du bâton. Et ici, ce sont aussi des élus qui, au PLQ, risquent de subir un certain déshonneur historique en acceptant d'entrer dans le jeu d'une «offre» de discussion dont la vacuité pour le Québec est absolument sans précédent.
C'est un jeu bien dangereux auquel se livrent maintenant les premiers ministres canadiens-anglais, le fédéral et le PLQ en ajoutant ce plan A sans contenu pour les Québécois. En effet c'est un jeu bien dangereux, mais dont la transparence et la candeur devraient d'autant faciliter la riposte. C'est à suivre...


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