Grosse fatigue

1997


26 février 1997
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Le Parti libéral du Québec semble bien fatigué... Coincé entre l'arbre péquiste et l'écorce fédérale, le PLQ se cherche. D'autant plus que son chef, Daniel Johnson, donne parfois l'impression d'être dépassé par la situation.
Ayant peine à se tailler une place dans les grands débats de l'heure, lorsqu'il parvient à attirer l'attention, c'est trop souvent par ses tergiversations qui sont parfois réelles, parfois apparentes. Mais son véritable problème est ailleurs. En tant que chef des fédéralistes québécois, Daniel Johnson récolte ce qu'il a semé en ayant éloigné son parti du fédéralisme plus nationaliste ou affirmationniste des Lesage, Ryan et Bourassa. Face au plan B de Jean Chrétien, il semble tout simplement désarmé. Affaibli par la dilution de ses revendications constitutionnelles, le PLQ devient un simple pion d'Ottawa dans la grande joute inter-référendaire.
Ce faisant, le PLQ s'éloigne de plus en plus d'une majorité écrasante de Québécois dont une partie substantielle appuie la souveraineté et une autre, une décentralisation du Canada. Depuis le départ précipité des allairistes, le PLQ semble nettement plus sensible aux préoccupations de ses fédéralistes orthodoxes, dont certains de ses députés recrutés directement dans les rangs d'Alliance Québec. Dans un tel contexte, il n'y a rien de surprenant à ce que les appuis du PLQ auprès de l'électorat francophone fondent comme neige au soleil.
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Et les choses ne s'arrangent pas... Sous prétexte de ne pas diviser le vote fédéraliste, M. Johnson laisse certains de ses députés appuyer des candidats de Jean Chrétien. Mais ce dernier mérite-t-il une telle récompense des fédéralistes québécois? Le PLQ ne ferait-il pas mieux de méditer sur la participation active de M. Chrétien au torpillage de Meech, à l'adoption d'une constitution sans l'approbation du Québec, à la reconnaissance cosmétique d'une «société distincte» après le dernier référendum, au renvoi à la Cour suprême sur le droit du Québec à l'autodétermination, à l'encouragement irresponsable à l'idée de partition, etc.?
Mais si le PLQ s'entête à appuyer un adversaire aussi acharné de l'affirmation nationale du Québec, il pourrait se passer bien des lunes avant qu'il ne remonte la pente chez les francophones. Et pourtant, on sait que Daniel Johnson, sans être un grand passionné de la chose, est relativement nationaliste. En 1981, il s'était opposé au rapatriement unilatéral de la Constitution. Et au delà de sa confusion dans les questions d'ordre constitutionnel, il demeure attaché à son identité de Québécois. Il reste néanmoins que sous son leadership, le PLQ donne l'impression de confondre fédéralisme et résignation.
On dirait aussi que ses capacités de «campaigner» - qui en avaient surpris plusieurs lors des élections de 1994 - ainsi que les compétences qu'il avait déployées à la présidence du Conseil du trésor sont écrasées par le poids combiné du plan B d'Ottawa et de lendemains postréférendaires qui ne cessent de confirmer l'impossibilité de renouveler le système fédéral. Les temps sont durs pour les fédéralistes francophones du Québec.
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Que Daniel Johnson ne respecte pas à la lettre l'héritage du PLQ des 35 dernières années, c'est une chose. Mais qu'il minimise à ce point son nationalisme, c'est du suicide politique. A deux semaines d'un congrès où leur chef sera soumis à un vote de confiance, c'est dans ce contexte que les délégués libéraux se demanderont si Daniel Johnson est l'homme qu'il leur faut à la tête du PLQ et des forces fédéralistes du Québec.
Or, on sait qu'il se trouve des libéraux qui répondent par la négative. Quand, inquiets, des membres s'interrogent ouvertement sur leur leader, c'est souvent un symptôme d'un malaise plus profond - un malaise qu'un chef ne peut ignorer qu'à ses risques et périls. Même à l'heure de la politique-spectacle et de l'image à tout prix, il arrive que l'inquiétude envers un chef soit provoquée par son éloignement des idées-maîtresses du parti. Dans le cas de Daniel Johnson, c'est la combinaison d'un nationalisme trop timide et de l'angoisse subséquente des fédéralistes francophones à l'approche d'un possible troisième référendum qui constitue son principal talon d'Achille.
Des signes de mécontentement commencent à poindre. Dans La Presse de samedi, le vice-président sortant du PLQ, Denis Therrien, prédisait que ça «va brasser», au prochain congrès de son parti. Selon M. Therrien, le PLQ aurait de la difficulté à amasser des fonds en partie à cause de Daniel Johnson, l'ébauche du prochain programme serait problématique et il y aurait de l'inquiétude dans les comtés francophones ainsi qu'une certaine grogne dans le caucus et chez les militants.
Evidemment, on ne peut demander à un parti d'opposition de performer ou de récolter des fonds comme s'il était au pouvoir. Cependant, les problèmes du PLQ sont réels. Mais ils tiennent beaucoup plus à son éloignement de l'affirmationnisme de ses chefs et de ses programmes précédents qu'à tout autre facteur. Affligé d'une colonne vertébrale mollassonne quand vient l'heure de faire face à Jean Chrétien et ses boutefeux, le PLQ vogue en des eaux troubles et sa chaloupe prend l'eau. A tel point que le véritable espoir dont parlent des libéraux en privé est que le PQ soit puni aux prochaines élections pour son obsession du déficit zéro.
Oui, le PLQ et son chef semblent plutôt fatigués. Toutefois, cette lassitude n'affecte pas seulement le PLQ. Elle affaiblit aussi le rapport de forces du Québec face au reste du Canada et au fédéral. Cependant, rien ne confirme plus la thèse souverainiste que cet essoufflement du PLQ devant un Canada qui s'entête à refuser de reconnaître pleinement l'existence d'une nation québécoise.
Et cela, aucun chef miraculé, fut-il plus charismatique qu'un Lucien Bouchard, ne pourra y changer quoi que ce soit...


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