Ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont

1997


25 juin 1997
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Dear Howard,
La semaine dernière, on apprenait que tu veux maintenant quitter le Québec pour t'établir en Ontario ou en Alberta. Toi, Howard Galganov, le sauveur déchu des Anglo-Québécois, la comète de Saint-Lazare, le dompteur de «bâtards» séparatistes, tu abandonnerais ainsi tes brebis persécutées à la protection faiblarde d'Alliance Québec et du «lamb lobby» que tu méprises tant? Pas possible! Cela dit, je tiens à te remercier pour ce merveilleux cadeau de la Fête nationale qu'est ton départ annoncé. Pour une fois, Howard, ton timing aura été impeccable!
Quel symbolisme, tout de même. Un symbolisme qui n'échappera certes pas à tes adversaires souverainistes, ceux que tu nommes tes «ennemis» et que tu prends plaisir à traiter de «bâtards», de racistes, de xénophobes, d'ethnocentristes, etc.... Y a pas à dire, Howard, t'as vraiment du vocabulaire! T'as dû lire trop de Richler..
Normal, tu me diras, pour un homme d'un tel raffinement et d'une si grande subtilité d'esprit. J'acquiesce.
Quand je pense que de méchantes langues -francophones et anglophones - disent de toi que tu es un être déconnecté, grossier et hargneux. T'en fais pas, Howard, les génies sont toujours incompris de leur vivant. Tu verras, lorsque tu seras bien installé dans un bucolique petit village orangiste, tes martyrs opprimés viendront t'implorer à genoux de revenir au Québec pour les sauver du misérable «Piquiou».
C'est à ce moment que, magnanime comme seul tu sais l'être, aucunement rancunier, tu leur reviendras dans toute ta splendeur pour reprendre ta croisade contre la pire menace jamais posée à l'humanité depuis l'invention des boissons gazeuses: un troisième référendum sur la souveraineté du Québec! Comme une fusée, comme un bolide - que dis-je? - comme un Dieu, tu écraseras une fois pour toutes cette bande de racistes, d'antisémites et d'anglophobes.
Allez Howard! Pour une fois, mets de côté ton humilité légendaire et comprends que telle est ta destinée. La vie te réserve vraiment de grandes choses. Il est donc normal que tu veuilles refaire tes forces et te préparer à ton ultime combat en allant te reposer là où la langue anglaise est libre comme l'air et où le français agonise dans des râles de moins en moins perceptibles.
Toi, Howard Galganov, la quintessence de l'angry-phone, catalyseur de l'histoire, vecteur du destin, adoré par une poignée de fidèles mais rejeté par des hordes d'inconscients, tu sauras bien montrer ta puissance à tous ces pleutres ingrats qui te lâchent aujourd'hui. Mais consoles-toi. Quelques bonnes âmes resteront pour poursuivre ton oeuvre. Le Parti égalité jure de faire élire des partitionnistes aux prochaines élections (et il risque fort d'y arriver!). Des résolutions pour la partition seront adoptées par d'autres municipalités anglophones. William Johnson parlera encore et encore de désobéissance civile. Alliance Québec, malgré sa mollesse apparente, ajoutera sûrement aux victoires cumulées depuis un an.
Et, last but not least, il restera toujours ton ami et avocat, Julius Grey, à qui tu promets maintenant de laisser les fonds restants de ton Québec Political Action Committee pour qu'il continue d'attaquer la loi 101 devant les tribunaux. Dis Howard, est-ce que votre prochaine cause sera celle d'un nouvel élargissement de l'accès à l'école anglaise?...
Mais là ne s'arrête pas ton héritage! De plus en plus de vitrines à Montréal s'anglicisent et ce, même rue Saint-Denis! Comme tu dois être fier de voir grimper à ce point le nombre de plaintes à l'OLF. Seul nuage dans l'horizon infini de ton destin glorieux: pauvre homme, t'as loupé ton voyage à New York! Mais nous te pardonnons. Même les plus grands esprits ont droit à l'erreur.
Dis-donc Howard, j'espère tout de même que tu n'es pas en train de nous refaire le coup du chantage politico-émotif que tu nous faisais en tout début d'année? Tu te souviens? Tu disais alors vouloir tout quitter. Mais tu es resté après que tes disciples eurent contribué assez d'argent pour te prouver qu'ils t'aimaient. Le problème, Howard, c'est que ce coup-là, ça ne marche jamais deux fois...
Ne sois pas triste. Tu verras, tu ne t'ennuieras pas en Ontario. Tu auras plein de nouveaux combats à mener. Tu pourras te battre pour l'affichage français (tu en auras déjà pour plusieurs vies!). Tu pourras même ouvrir une nouvelle boutique, la baptiser «Presque-Red-Neck» et y vendre de beaux chandails «Made in Brockville». Quel veinard! Comme tu vas t'amuser.
Bon! Maintenant, soyons sérieux. Le fait est, cher Howard, qu'il n'y a pas que des francophones qui seront heureux de te voir lever l'ancre. Loin de là! Ça fait un an que tu sèmes la hargne partout où tu passes. Les Ontariens ne méritent sûrement pas ce malheur, mais ce sera dorénavant à leur tour de t'endurer. A moins, bien entendu, que tu ne changes encore d'idée...
Mais sois sans crainte, tu peux partir le coeur léger. Après tout, on sera encore pris avec les petits clones que tu laisses derrière toi. Tu sais bien qu'on n'a pas fini d'entendre votre mantra clamé sur tous les toits: «Mes droits fondamentaux sont bafoués», gna, gna, gna...
En attendant, on te dit adios, goodbye, do svidania, arrivederci, bon voyage, longue vie, bonne chance et surtout bon débarras...
Une Québécoise soulagée.


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