Le départ d'une femme

Pauline Marois quitte le PQ


Tous les fins analystes de la politique québécoise s'entendent pour dire que c'est la défaite de Pauline Marois qui a scellé sa décision de quitter la politique. Il faut d'ailleurs, à ce sujet, souligner son élégance et sa loyauté à l'égard de son parti. En retardant de quelques mois son départ, elle a permis au nouveau chef de s'installer dans le calme et a tué dans l'oeuf toute possibilité d'y voir le signe d'une division profonde au sein du parti.
Voilà qui est bien typique de madame Marois: une femme racée, respectueuse et responsable. Cette attitude est d'autant plus admirable que sa défaite fut aussi humiliante que désarçonnante. Humiliante à la fois par la marge de la défaite et par la légèreté de son adversaire. Car il faut bien le reconnaître, autant par la compétence que par l'expérience, l'intelligence et la rigueur intellectuelle, madame Marois, comme le soulignait André Boisclair, est un «poids lourd», alors que le nouveau chef est un poids coq. Désarçonnante parce que Pauline Marois du parti de René Lévesque a été rejetée par un nouveau parti recruté à la va-vite dans les collèges et les universités, un amalgame de jeunes loups pour qui seule l'idée d'indépendance mérite une permanente attention.
Dans les «éloges funèbres», on a souligné non sans raison sa compétence, sa sincérité, son expérience, sa franchise (pensons aux «turbulences») et ses multiples réalisations. Voilà quelqu'un qui fut ministre de la Famille, de l'Éducation, de la Santé et des Finances. Ce n'est pas rien. Dans les temps récents, seuls René Lévesque et Jacques Parizeau possédaient un bagage aussi impressionnant qu'elle avant de devenir premier ministre. Comparés à elle, Lucien Bouchard, Robert Bourassa et surtout Jean Charest étaient des poids légers quand ils devinrent premier ministre. Plus compétente que bien des hommes, elle était aussi la première femme politique de l'histoire du Québec à posséder cette expérience, une expérience qui garantissait sa capacité à gouverner le Québec. En fait, pour le nouveau Parti québécois, elle ne possédait que deux faiblesses: elle n'était pas nouvelle (entendre: jeune) et elle était une femme.
Je suis profondément convaincu que c'est autant la femme humiliée que la politicienne défaite qui a fait ses adieux à la politique cette semaine. Et comment ne pas la comprendre et en même temps souligner que la présence des femmes dans les hauts lieux de la décision politique a subi un recul dramatique avec son abandon.
Officiellement, la course au leadership du Parti québécois fut un grand débat d'idées, un noble affrontement entre des personnalités différentes. Dans la réalité quotidienne cependant, ce fut beaucoup plus laid. Dans les coulisses, dans les officines et dans les rencontres de cuisine, ce fut une entreprise de démolition des personnalités et en particulier de Pauline Marois.
Madame Marois, disait-on dans les corridors, est une grande bourgeoise, la femme d'un homme riche, une personne qui est loin du peuple. On n'avait qu'à constater comment elle s'habille et sa manière surannée de s'exprimer. J'ai même entendu qu'elle faisait trop mère de famille et qu'elle ne pourrait pas attirer le vote des jeunes.
Or jamais on n'a reproché à René Lévesque de fumer deux cigarettes à la fois et de s'habiller comme la chienne à Jacques jusqu'aux élections de 1976. Non, on soulignait son charisme. Existe-t-il plus grand bourgeois, autant par la fortune que par l'habillement et le langage, que Jacques Parizeau? Personne ne disait de l'ancien premier ministre qu'à cause de son apparence, il ne pourrait s'attirer le vote des jeunes et communiquer avec le bon peuple. Non, sa compétence et son intelligence brillante et dévastatrice feraient oublier tous ces défauts. Et puis, ce n'était que l'apparence et, dans le PQ, parti de principes, on ne s'arrêtait pas à ces choses futiles. On pourrait faire les mêmes remarques à propos de Lucien Bouchard, grand seigneur hautain qui s'exprimait comme un prof de collège classique des années cinquante.
En fait, en politique, un homme peut se soûler, faire une ligne, s'habiller comme il le souhaite et s'exprimer en multipliant les fautes de français, il peut faire ce qu'il veut et ne posséder aucune expérience, pourvu qu'il se fasse élire. Les habits britanniques de Jacques Parizeau faisaient partie de sa personnalité, il fallait faire avec. Par contre, les robes de Pauline Marois la transformaient en bourgeoise éloignée du peuple. Les citations latines et les circonlocutions complexes dont Bernard Landry émaillait son discours lui conféraient un petit air original. La langue châtiée et parfois surannée de l'ancienne ministre des Finances handicapaient sa capacité de rejoindre le peuple.
La défaite de Pauline Marois et son départ illustrent remarquablement le machisme encore profond du monde politique. Jamais nous n'avons connu en politique une femme d'une telle envergure, mais ce n'était pas suffisant. Malgré toutes les chartes et tous les discours sur l'égalité, la femme en politique ressemble un peu aux jeunes des cités françaises: ils sont en théorie égaux, mais pour réussir ils doivent être dix fois meilleurs que ceux qui habitent les quartiers chics. Dans le cas de Pauline Marois, même être dix fois meilleure ne fut pas suffisant.
Quant à Pauline Marois, elle a dit que, si le besoin s'en fait sentir, elle sera toujours disponible pour défendre les principes auxquels elle croit. Il existe un tel lieu qui aurait grandement besoin d'elle et où elle se sentirait à l'aise et utile. Ce lieu s'appelle Québec solidaire.
Encore une fois, le gouvernement libéral affiche son indifférence pour les artistes et les créateurs québécois. Huit pour cent de plus pour la culture dans le budget, mais pas un sou de plus pour ceux qui font la culture. Tout pour le béton et les églises vides.
Collaborateur du Devoir


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