De l’utilité du Bloc à Ottawa

La trahison des images*

«Ceci n’est pas une pipe»

Chronique de Louis Lapointe

L'actuel débat sur la pertinence du Bloc à Ottawa n’est pas sans me rappeler un des plus célèbres tableaux de Magritte* surnommé « La trahison des images ». Il représente une pipe accompagnée de la légende : «Ceci n’est pas une pipe», une évidence aux yeux de l’observateur.
Un tableau qui représente une pipe ne sera jamais une pipe, il ne sera toujours qu’une image de pipe qu’on ne peut pas fumer. En fait, la représentation de l’objet ne pourra jamais devenir l’objet lui-même.
Lorsque l’on dit que les Québécois forment une nation au sein du Canada uni, c’est un peu comme un tableau de Magritte, ce n’est qu’une phrase qui ne veut rien dire, puisque les Québécois sont plutôt des habitants d’une province du Canada. À la limite, on pourrait imiter le procédé de Magritte et reproduire une carte du Québec et inscrire au bas : « Ceci n’est pas un pays ».
Pas plus qu’on ne peut fumer la « représentation » de la pipe du tableau de Magritte, on ne peut habiter la « reconnaissance » de la Nation québécoise. Dans les deux cas, il ne s’agit que de la représentation d’une réalité et non de la réalité elle-même.
Ainsi, suivant cette logique de la représentation de Magritte, le pays que nous habitons est le Canada, pas le Québec, puisque le Québec n’a aucun des attributs d’un pays. Lorsque nous votons à Québec, nous votons dans une province, pas dans un pays. Cependant, lorsque nous votons à Ottawa, nous votons dans un pays, le seul que nous habitons même si nous n’en voulons pas. Si le Canada est un pays, le Québec n’en est que le pâle reflet et la reconnaissance de la Nation québécoise ne changera jamais cet état de fait. Il ne s’agit que d’une phrase creuse sans signification parce qu’elle n’est aucunement ancrée dans la réalité. Il en sera ainsi aussi longtemps que les Québécois ne passeront pas de la parole aux actes.
Si la seule façon d’obtenir une pipe est d’en fabriquer une, pas de la peindre, Magritte nous suggérerait probablement que la meilleure façon de fonder un pays est de se le donner, pas de demander à tout un chacun de reconnaître la nation qui l’habite. On comprend maintenant pourquoi Magritte a intitulé son tableau « La trahison des images », de la même façon nous pourrions très bien intituler l’histoire de la politique au Québec « La trahison des mots ».
Est-il plus pertinent de voter dans un pays, le Canada ou dans sa représentation, le Québec? Les cyniques et sceptiques me répondront que voter dans l’original ne donnera jamais rien puisque nous y serons toujours minoritaires, alors que voter dans sa représentation n’est qu’une vue de l’esprit qui n’a aucune conséquence pratique. Avec une telle logique, il est inutile de voter ni à Ottawa, ni à Québec, même pour des partis indépendantistes. Selon certains biens pensants, il serait même inutile d’en parler ou d’écrire à ce sujet puisque cela n’est pas plus pertinent.
Nous avons donc le choix de voter Bloc dans un pays que nous ne voulons pas ou de faire comme si le Canada n’était pas le pays que nous habitons en ne votant pas. Casser leur pipe ou respirer leur fumée!
Louis Lapointe

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Louis Lapointe534 articles

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Autrefois avocat, chroniqueur, directeur de l'École du Barreau, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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10 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    11 février 2013

    bonjour , je voudrais savoir comment comprenez-vous le titre de la trahison d'image .

  • Archives de Vigile Répondre

    4 octobre 2008

    Une image, un symbole, un fantasme peut provoquer une réaction. D'ailleurs, avant de passer à l'action, il faut d'abord imaginer cette action. Avant de construire une maison, il faut d'abord en imaginer le plan. Avant de réaliser un pays, il faut d'abord l'imaginer. La présence du Bloc à Ottawa est le jeu symbolique de notre volonté de réaliser un pays. En votant pour le Bloc, cela dit que nous, en tant que québécois, nous imaginons le pays que nous voulons nous donner. Si nous voulons un pays, il nous faut donc voter pour le Bloc à Ottawa et pour un parti indépendantiste à Québec (en souhaitant bien sûr la réunification des partis pour éviter la division du vote).

  • Archives de Vigile Répondre

    4 octobre 2008

    Encore pire que la trahison des images : le triomphe et la tyrannie du mensonge feront que le Pouvoir centraliste d'Ottawa puisse arriver, dans quelques années, par la dynamique du multiculturalisme et des lois arbitraires et perverses, à détruire irrévocablement la Nation québécoise.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    L'image de la pipe contient toutes les informations qui mènnent à la compréhension de son utilité. C'est une pipe car celui qui la regarde peut s'imaginer la fumer.
    De par la réaction bien physique de l'observateur, cette pipe est bien réelle puisqu'elle agit sur l'observateur.
    Ceci peut être une pipe.
    Surtout si l'observateur connaît déjà la nicotine.
    Quelque-chose d'irréel ne peut pas provoquer de réaction.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    Que faisait Duceppe aujourd'hui à Toronto, à parler aux Canadiens anglais de la nécessité de faire l'indépendance du Québec, alors que, lors du débat en français, il n'en en pas parler un traître de mot.
    Chez nous, on appelait ça un peureux. On peut croire que c'est de la stratégie. La maudite stratégie a conduit le PQ au 3e parti d'opposition.
    On est une nation dans LE CANADA (votée par le BLOC) pleine de fun.
    Pierre B.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    3 octobre 2008 Bruno Deshaies
    Pour fascinante que soit l’allégorie de la pipe, elle ne me convainc pas. D’autant plus qu’elle est tellement collée sur le BQ, ce ruban collant, qu’on se demande ce que nous faisons dans cette galère.
    « Ceci n’est pas uue pipe ». Ceci n’est pas le Canada ! Pourtant une pipe existe et le Canada existe. La pipe est un objet, un instrument ou un outil pour ceux qui fument. Ceci n’est pas le Québec ! Pourtant le Québec existe.
    On peut toujours passer du réel à l’imaginaire, cependant le transfert de l’un à l’autre n’est pas évident. Le Canada existe et le Québec existe. Ces deux entités sont une « pipe réelle » chacune à leur façon. Cette pipe réelle a été résumée par Lord Durham comme étant une lutte de « nation contre nation ». Cette LUTTE, nous savons tous, qu’elle est réelle.
    Si, pour reprendre le discours de Jacques Lacan, il y a le réel, le symbolique et l’imaginaire, quant au Québec, nous nageons dans les trois registres. Nous voulons faire affirmer le réel, mais l’imaginaire fantasme sur un rêve ambitieux qui ne se produira qu’`« à la prochaine fois » selon une expression consacrée. En attendant, il faut croire : « Ceci n’est pas une pipe » !
    Afin de ne pas déraper totalement, il y a le niveau du symbolique, c’est-à-dire du langage des signes (avec ses imperfections) qui nous permettrait de nous comprendre en cherchant à se rapprocher du réel. Si le réel, pour les Québécois, est l’indépendance du Québec, il serait grand temps de traduire en des mots compréhensibles la grandeur de cette réalité plutôt que de se la représenter comme étant, allégoriquement, « ceci n’est pas une pipe ».

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    La logique n'est pas la vie. Il faut aller voter Bloc si nous ne voulons pas avoir 75 députés fédéralistes en face de nous pour s'opposer à la souveraineté du Québec lorsque nous serons prêts. S'abstenir c'est être satisfait deu régime et cautionner l'élection de loyalistes fédéraux. La même cohérence doit s'appliquer aux élections provinciales si nous voulons le pays. Présenter des candidats PI qui recoivent l'appui de 100 votes 0u .5% dans Jean-Talon, juste pour donner une jambette au PQ, c'est bouder le pays. Il faut être adulte pour se mériter un pays. Les mineurs et les ados, c'est connu, n'obtiennent rien.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    Voilà.
    LE BQ n'est que l'image de nos rêves. La pipe sur le tableau.
    Et dire que tant de gens pensent qu'ils peuvent la fumer tout en l'admirant dans le musée...de notre histoire.
    Pierre B.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    Je viens de voter sans hésitation, par anticipation, pour le Bloc. Ça fait du bien !
    Vous avez écrit : «la meilleure façon de fonder un pays est de se le donner, pas de demander à tout un chacun de reconnaître la nation qui l’habite.»
    Entièrement d'accord. Faut juste être une assez grande majorité à le vouloir. Si ce n'est pas encore le cas, ce n'est ni la faute du PQ ni celle du Bloc qui ont fait ce qu'il fallait pour ça.
    Le temps viendra si et quand la crainte de l'inconnu cessera chez plus de Québécois.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 octobre 2008

    Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est l'expression de mon contentement à lire un texte aussi intelligent et pertinent, intelligent par sa pertinence.
    Avec mes remerciements.
    Andrée Ferretti.
    P.S. Je lis ce texte comme un argument exemplaire de l'importance de la culture pour voir plus loin que le bout de son nez et pour agir en conséquence.