La maison de verre

Affaire Marois-The Gazette

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a décidé de jouer la carte de la transparence et de répondre à toutes les questions sur les irrégularités alléguées entourant la construction de la résidence familiale à l'île Bizard. Elle a bien fait. Elle n'avait pas d'autre choix, car l'enjeu était bien plus grand que lesdites irrégularités. Pour n'importe quel politicien mais encore plus pour un chef de parti aspirant à devenir premier ministre, la relation de confiance avec ses concitoyens fait foi de tout. En fuyant les médias, elle aurait entretenu un doute qui aurait altéré cette relation.
Les réponses fournies par Mme Marois éclairent ce qui était le point principal de cette affaire. Le terrain où est construit cette résidence était à l'origine situé en zone agricole. Au moment d'obtenir de la Commission de protection du territoire agricole une décision favorable au dézonage de ce terrain, une déclaration sous serment fut produite, démontrant que des droits acquis existaient de par le fait qu'un chalet y avait déjà servi de résidence. Le propriétaire de ce chalet aurait signé cette déclaration contre une rémunération de 1600 $. Faux!, a juré Mme Marois. Ce n'est que plusieurs mois après que Claude Blanchet, le mari de Mme Marois, a remis à cet homme un cadeau de 500 $ pour le remercier de ses démarches et de ses recherches.
Faut-il voir dans ce geste une forme de contravention aux lois ou à l'éthique? Ce fut un geste de pure générosité, assure la chef du Parti québécois. De fait, le moment où il a été posé fait toute la différence. Avant la signature de cette déclaration, il aurait eu une tout autre portée. Il y aurait alors eu faux témoignage. Après, M. Blanchet n'était tenu à rien. Il l'a fait comme bien des gens parmi nous donneront un cadeau au voisin qui nous a rendu service et dont on sait qu'il a payé de sa personne pour nous le rendre. Cela établi, on doit accepter qu'il n'y a eu ni irrégularités ni privilèges dans le processus qui a permis à la famille Marois-Blanchet de construire cette résidence en territoire agricole. De même, le droit de passage sur des terrains publics qui permet d'accéder à cette propriété est tout à fait régulier.
Le doute levé, Mme Marois peut continuer de prétendre être au-dessus de tout soupçon. Mais elle ressort tout de même écorchée de la publication par The Gazette d'un dossier sur sa résidence. Maintenant, tous savent que cette résidence est un grand manoir, sinon un petit château. Si certains resteront sur leur quant-à-soi en ce qui a trait aux faits, c'est surtout l'image de la politicienne social-démocrate engagée dans la défense des petites gens qui en souffrira. L'opulence de la propriété contraste avec le discours qu'elle tient. Mme Marois avait jusqu'ici tenté de protéger la sphère privée de sa vie. Elle vient d'éclater. Elle vit désormais dans une maison de verre.
Pour Pauline Marois, la vie sera désormais plus difficile. Elle devra souvent se défendre d'avoir un mari qui a réussi sur le plan financier. Elle sera comme Robert Bourassa, qui avait eu le malheur d'épouser une riche héritière de la famille Simard. Par association, on lui prêtait toutes sortes d'intérêts. Devenu premier ministre, il avait, pour compenser, adopté un mode de vie quasi monastique. Ne soyons pas rigoriste au point de demander à la chef du Parti québécois de l'imiter. Le fait de jouir d'une certaine aisance financière n'interdit pas d'avoir des convictions. Sur ce plan, son engagement social et politique le démontre amplement.
bdescoteaux@ledevoir.com


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