La grande colère

Québec 2007 - Résultats et conséquences



Le prochain gouvernement du Québec sera libéral et minoritaire. Mais la surprise, totale, c'est que l'ADQ formera l'opposition officielle et est devenue la deuxième force politique de la province, damant le pion au Parti québécois.
Les Québécois ont exprimé hier une grande colère, un ras-le-bol à l'égard des "vieux partis", des vieilles chicanes. Aucun argument ne les a empêchés de dire ce qu'ils avaient à dire. Pas d'équipe? "Ils ne seront pas pires que les autres", estimaient bien des électeurs. Programme simpliste? "Il faut brasser la cage."
Le résultat, c'est une reconfiguration historique de la carte politique du Québec. Pour la première fois depuis 130 ans, le gouvernement du Québec est minoritaire. Trois grands partis se disputent désormais la faveur populaire.
L'histoire nous enseigne que, d'ici quelques années, il n'y en aura plus que deux, le troisième s'effritant graduellement. Il est évidemment beaucoup trop tôt pour dire lequel des trois partis subira ce sort.
Mario Dumont est donc le grand gagnant de ces élections. Après 13 ans de travail, envers et contre tous, il a réussi à sortir son parti de la marginalité. Il faut rendre hommage à son opiniâtreté, qui lui a permis de faire survivre une formation dont tous les commentateurs prédisaient la mort imminente. Il l'a fait en endossant des causes parfois douteuses, mais son instinct, sa compréhension profonde du Québec, l'ont bien servi. Dumont, de toute évidence, c'est plus que l'homme du "clip". C'est le politicien qui parle une langue simple que les Québécois apprécient. Qui, quand tout le monde dit qu'il faut faire une place plus grande au privé dans la santé, dit qu'il va le faire. Qui, quand tout le monde pense que les bulletins scolaires doivent être chiffrés, dit que c'est ce qu'il fera. Qui, quant la révolte gronde contre les accommodements dits raisonnables, ose lui donner une voix.
Son défi sera maintenant d'un autre ordre. Il devra se servir de la forte base dont il hérite pour construire un parti qui peut vraiment prétendre à gouverner le Québec. Cela nécessitera que l'ADQ se dote d'un véritable programme politique, pas seulement d'un assemblage d'idées aussi séduisantes que simplistes. M. Dumont devra aussi, sans perdre ses assises actuelles, recentrer son parti pour qu'il attire une clientèle plus large. Enfin, il devra recruter des candidats plus solides que l'équipe disparate et inexpérimentée qui lui servait de fond de scène cette fois-ci.
Pour le premier ministre sortant, Jean Charest, les résultats d'hier sont extrêmement décevants. C'est lui qui a choisi la date du scrutin, après avoir soigneusement orchestré l'agenda du gouvernement au cours des moins précédents. Il devait faire une campagne comme il sait les faire. Il devait gagner le débat des chefs haut la main. Et le budget fédéral était supposé lui donner le coup de pouce ultime. Or, il se retrouve ce matin avec un gouvernement minoritaire, avec une faible pluralité des sièges. De plus, on le donnait battu hier soir dans sa circonscription de Sherbrooke. Il devra peut être, comme Robert Bourassa en 1985, se soumettre à l'humiliant exercice de se présenter dans une partielle dans une circonscription libéral sûre. M. Charest lui-même, et son parti, ne pourront faire l'économie d'une profonde réflexion sur la suite des choses.
C'est également le cas du Parti québécois, qui ferait une erreur en n'attribuant ce mauvais score 29% du vote, c'est le pire résultat du PQ depuis 1970 à son chef André Boisclair. Il y a dans ce résultat quelque chose de plus profond, un rejet du débat sur l'avenir du Québec tel qu'il s'est mené depuis 40 ans. La recherche d'une voie mitoyenne, nationaliste mais non indépendantiste, fédéraliste mais revendicatrice. Au Parti québécois, aussi, on devra entreprendre un exercice de réflexion plus approfondi que celui qui avait été entrepris après la défaite de 2003.
Hier, les Québécois se sont exprimés clairement, fortement. C'est l'aspect le plus rassurant de ces élections: la démocratie québécoise est bien vivante.
apratte@lapresse.ca

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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