La continuité dans le changement

Gouvernement Charest minoritaire

Un remaniement ministériel est un exercice très exigeant, sur le plan aussi bien humain que politique. À moins d'avoir une faute grave à lui reprocher, il est difficile de se résoudre à briser la carrière -- et le coeur -- d'un ministre qui a fait de son mieux, simplement parce qu'il ne cadre plus avec les plans.

Les cabinets ont généralement tendance à engraisser lors d'un deuxième mandat. Même ceux dont la présence n'est plus vraiment requise conservent souvent leur limousine, qui les reconduit chaque matin sur leur tablette. En 1998, Lucien Bouchard avait eu la mauvaise surprise de voir tous ses ministres se représenter et être réélus. Il n'avait pu injecter un peu de sang neuf qu'en nommant trois ministres de plus. Incapable de couper des têtes, Bernard Landry avait laissé gonfler son cabinet de façon ridicule. En 2002, plus de la moitié de ses 72 députés avaient leur chauffeur.
Au vu des résultats du 26 mars dernier, Jean Charest ne pouvait pas s'offrir le luxe du bois mort. Les stratèges libéraux avaient choisi d'axer la dernière campagne sur le thème de la continuité. On a vu le résultat. Le nouveau conseil des ministres devait impérativement envoyer le signal que quelque chose allait changer, du moins en apparence.
Lise Payette avait jadis coiffé ses mémoires d'un titre explicite: Le pouvoir? Connais pas! Elle ne pourrait plus écrire le même livre. Il y a indéniablement un puissant symbole dans cette nouvelle parité des sexes au sein du gouvernement, mais il n'y a pas que le nombre. L'importance des portefeuilles confiés à des femmes leur accorde plus de pouvoir qu'à leurs collègues masculins.
Depuis le jour où René Lévesque avait décidé de retirer le Conseil du trésor à Jacques Parizeau, qui avait jonglé avec l'idée de démissionner, personne n'avait détenu tous les leviers financiers de l'État. En cumulant au surplus les Finances et les Services gouvernementaux, Monique Jérôme-Forget devient plus que jamais la numéro 2 de ce gouvernement.
En 1981, le Québec entrait dans la pire récession économique depuis les années 1930. Dans le contexte d'austérité budgétaire qui s'annonçait, le Trésor nécessitait un ministre à temps plein. Mme Jérôme-Forget sera certainement la plus occupée du cabinet au cours des prochaines semaines, mais il n'y aura pas de nouvelles négociations dans le secteur public au cours du mandat et le dossier du déséquilibre fiscal ne sera pas rouvert avant un certain temps.
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Il reste à voir quel sera l'effet concret de ce «nouveau départ» que M. Charest a annoncé dans ses remarques d'hier. Depuis qu'il est devenu premier ministre, on ne compte plus le nombre de fois où il a promis d'être plus à l'écoute des désirs de la population.
Après avoir vu des dizaines de milliers de personnes descendre dans les rues de Montréal pour protester contre les politiques de son gouvernement, le premier ministre s'était qualifié d'«apôtre de la consultation», mais les effets de ce changement avaient été difficiles à percevoir.
L'arrivée de Michelle Courchesne à l'Éducation, où Jean-Marc Fournier semblait surtout préoccupé de tuer le temps, est sans doute une bonne nouvelle. De la même façon, le départ de Claude Béchard ne chagrinera personne chez les environnementalistes. Remarquez, son arrivée aux Ressources naturelles et à la Faune ne les rassurera pas davantage.
Dans bien des secteurs, les changements annoncés ne sont pas nécessairement le prélude à des réorientations fondamentales. Qu'il s'agisse de la santé, des régions, du développement économique, de la «réingénierie» de l'État, des relations fédérales-provinciales ou des relations internationales, les mêmes titulaires poursuivront vraisemblablement dans les mêmes voies.
Benoît Pelletier avait à toutes fins utiles enterré la réforme du mode de scrutin l'an dernier. Laisser ce dossier entre ses mains peut difficilement être interprété comme une volonté de le réactiver.
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M. Charest a néanmoins fait preuve d'audace en confiant l'Immigration et les Communautés culturelles à Yolande James. On ne peut qu'applaudir à l'entrée d'une première femme noire au cabinet, mais le débat sur les accommodements raisonnables risque de la placer dans une situation délicate s'il se transforme en débat sur l'identité québécoise.
Curieusement, le premier ministre a été beaucoup plus conservateur dans ses nominations économiques. Nicole Ménard et Pierre Arcand, que tout le monde voyait déjà ministres, n'ont peut-être pas été seulement victimes de la géographie. Les vedettes issues du milieu des affaires ont une fâcheuse tendance à gaffer dans l'arène politique. Seule une pressante nécessité a provoqué le retour du «père du Suroît», Sam Hamad.
Dans le cas de M. Arcand, le parallèle qu'il avait établi entre Mario Dumont et Jean-Marie Le Pen au début de la campagne a dû faire réfléchir M. Charest. Récompenser le détracteur de Mario Dumont n'était sans doute pas le meilleur moyen d'établir une collaboration fructueuse avec le chef de l'ADQ.
Il fallait bien mal connaître le premier ministre pour s'imaginer qu'il rappellerait Pierre Paradis. Si le premier ministre se méfiait de lui il y a quatre ans, M. Paradis n'a rien fait pour l'amadouer depuis. À la toute veille du débat télévisé entre les chefs de parti, le député de Brome-Missisquoi s'employait encore à noircir le bilan du gouvernement en matière de santé.
mdavid@ledevoir.com


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