L’opinion se prépare à plus d’autonomie

Chronique de José Fontaine


Après avoir lancé son canular, la RTBF continue à vouloir intéresser son public à la problématique de la réforme de l’Etat belge. L’émission de mercredi donnait la parole aux Flamands qui, pour la plupart, se sont exprimés dans leur langue (mais certains auraient souhaité s’exprimer en français).
Ils affirment qu’ils veulent encore approfondir le fédéralisme et pensent que c’est dans l’intérêt des Wallons. Et à mon avis, ils ont raison.
Le Premier Ministre belge (un Flamand lui aussi) était invité à cette émission et a plaidé à la fois contre l’immobilisme et un trop grand approfondissement du fédéralisme. Il estime lui que le fédéralisme a permis à l’Etat belge de se désendetter car, avant l’instauration du fédéralisme, chaque franc dépensé en Wallonie devait aussitôt correspondre à un franc dépensé en Flandre. Mais je ne suis pas absolument certain que l’endettement belge est dû à cela. Sauf que le fédéralisme a permis de dépassionner pas mal de conflits à partir du moment où chacun était maître chez lui.
Ce qui est clair, c’est que – sauf les syndicalistes flamands qui, eux, ont parlé en français – il y a un consensus des partis démocratiques flamands pour aller vers plus d’autonomie, notamment dans le domaine de l’emploi. Quand on leur pose la question de la solidarité avec la Wallonie, les Flamands répondent que l’unité belge ne signifie pas nécessairement la solidarité, et je les crois.
Le Parlement wallon a voulu se saisir de la question de la future réforme de l’Etat, à la fois un membre de l’opposition et un membre de la majorité, députés influents. Mais le Gouvernement wallon s’est désolidarisé de cette procédure, ce qui, à la limite, est vexant, le chef du Gouvernement étant également le chef d’un parti et l’on sait que, dans un pays comme le nôtre, les hommes politiques sont en réalité les plus influents.
L’Institut Destrée – en tout cas son directeur et son président, Jacques Brassine et Philippe Destatte, hommes influents – ont proposé une simplification du fédéralisme belge et proposé qu’au lieu des communautés et des Régions (ce qui complique la tâche de qui veut expliquer le fédéralisme), on prenne quatre Régions, la Wallonie, la Flandre, Bruxelles et la Région de langue allemande (70.000 habitants). Ils ne seront pas suivis dans l’immédiat mais pourtant, ce qu’ils disent est du parfait bon sens. Car la Belgique est très réellement fixée autour de ces quatre entités, les deux grandes, la Wallonie et la Flandre, Bruxelles comme Ville-Région et la minorité germanophone en Wallonie qui, d’ailleurs, a décidé dans certains domaines de coopérer avec la Wallonie, notamment les relations internationales où elle est trop petite pour avoir à elle seule ses infrastructures. Un Sénat des Etats serait constitué et chaque entité fédérée y aurait 15 représentants.
J’observe qu’alors que jusqu’à présent, le climat en Wallonie était hostile à la prise en compte de ces questions, petit à petit on devient plus ouvert à envisager plus d’autonomie. Des amis sont même persuadés qu’il y a un certain mûrissement du fédéralisme. Somme toute, on voit bien que cela ne mène à aucune catastrophe, que les gouvernements des Etats fédérés résolvent les problèmes et les gèrent bien. Chez nous, le fédéralisme a été longtemps assimilé au séparatisme. Mais c’est tout le contraire qui se produit, sans cependant déboucher sur l’unitarisme puisque la dynamique fédéraliste semble bien mener à une logique d’autonomie de plus en plus forte de chaque entité.
Il n’y a pas à regretter la Belgique unie si celle-ci écrasait sous sa propagande l’identité réelle des deux peuples, les Wallons et les Flamands. Avec cette dynamique, nous avons à la fois la diversité et l’unité, voire même l’indépendance de chaque peuple et leur unité dans cette unité supérieure qu’est l’Europe.
José Fontaine

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José Fontaine355 articles

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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