L’étapisme et les limousines contre l’indépendance

Tribune libre - 2007


Plus ça change, plus c’est pareil !
Pas de référendum dans un premier mandat, nous promet Mme Pauline Marois.
Pas de référendum ? Parfait ! Fin de l’étapisme, sommes-nous alors tentés de croire, et retour à la sage politique qui fut celle du Parti québécois de 1968 à 1974 : accession à l’indépendance par victoire électorale.
Oh non ! Oh non ! Détrompez-vous, nous précisent vite les casseux de veillée. Il n’y aura, dans un éventuel premier mandat, ni référendum, ni accession à l’indépendance. Une victoire électorale donnera un gouvernement péquiste provincial, c’est tout. Mais, rassurez-vous, ce gouvernement parlera d’indépendance ou de souveraineté… aussi souvent que la gestion quotidienne des hôpitaux, des écoles, des routes et de la margarine lui en laissera le temps.
Vous comprenez, les limousines, on ne les veut pas dans cinq ou dix ans, non, on les veut demain matin, ça presse.
L’indépendance ? Bof ! Ça, ça peut toujours attendre.
Mme Marois se dit ouverte au dialogue. Très bien. Mais, tout comme son prédécesseur, non seulement maintient-elle l’étapisme, elle rejette même l’intéressante proposition formulée par M. Louis Bernard au lendemain de la cinglante défaite du 26 mars 2007. M. Bernard a déployé de gros efforts pour contenter tout à la fois les partisans et les adversaires de l’étapisme. En proposant qu’un gouvernement péquiste s’engageât à tenir un référendum dans les semaines suivant son élection et à démissionner sur-le-champ en cas de défaite référendaire, il a presque résolu la quadrature du cercle. Il y aurait toujours un référendum, à la satisfaction des ultra-modérés qui en font une question de principe sacro-saint, mais dans des conditions telles que l’élection qui l’aurait précédé garantirait presque à coup sûr la victoire du OUI.
On peut, comme l’auteur de ces lignes, préférer l’abandon pur et simple de l’étapisme. Mais l’on doit à tout le moins saluer l’effort de M. Bernard et ne pas rejeter d’emblée sa proposition. Malheureusement, l’écoute et le dialogue préconisés par Mme Marois excluent toute remise en question du dogme étapiste, si timide soit-elle. Ce serait, prétend-elle, la recette assurée pour la marginalisation. Ah oui ? 8 % en 1966 pour le RIN, précurseur du PQ. 23 % en 1970 pour le PQ. Et 31 % en 1973, malgré, notons-le, le traumatisme de la crise d’octobre. Une progression de 23 % en sept ans, sans étapisme. Alors, qui peut affirmer qu’il fallait absolument l’étapisme pour que cette progression se poursuivît ?
Après Meech et Charlottetown, après le vol du référendum de 1995, après les commandites et l’infâme Clarity Act d’Ottawa, plus rien ne justifie le dogme étapiste. En le maintenant mordicus, les péquistes ont de plus en plus de mal à cacher le fait qu’ils préfèrent les limousines à l’indépendance. Souhaitent-ils donc vraiment la concurrence d’un nouveau et véritable parti indépendantiste ralliant tous les patriotes fatigués de toujours se faire rouler ? S’ils n’y prennent garde, c’est ce qu’ils risquent de subir plus tôt qu’ils ne le pensent. Et si cela arrive, ils n’auront qu’eux-mêmes à blâmer pour la perte de leurs chères limousines.

Luc Potvin

Montréal


Laissez un commentaire



6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    17 mai 2007

    Vous avez raison M. Luc Potvin.
    On voit que M. Gébello n'a pas bien compris quand il écrit : «Louis Bernard proposait de faire un référendum sur un pays imaginaire sans plan».
    Erreur. M. Bernard propose de centrer le discours du PQ sur tous les plans de la souveraineté du Québec, avant l'élection à la place du plan de gouverne du Québec...province. Faudrait mieux étudier son plan sur INTERNET.

  • Luc Potvin Répondre

    17 mai 2007

    Monsieur Gebello,
    J’étais déjà loin de la proposition de Louis Bernard dans mon premier texte. J’y plaidais déjà pour l’accession à l’indépendance sans aucun référendum. Seulement, je remarquais que Mme Marois et les autres ténors péquistes, qui se disent ouverts à l’écoute et au dialogue, rejettent même la proposition de M. Bernard pour s’en tenir à l’étapisme pur. La proposition de M. Bernard ne m’emballe pas particulièrement, mais, dans la mesure où elle impose un choix entre l’indépendance et le pouvoir provincial, eh bien, si les dirigeants du PQ s’y étaient montrés ouverts, j’y aurais vu, de leur part, le début du commencement de l’amorce d’une timide mais peut-être réelle remise en question de l’étapisme. Mais, bon, même à cela, ils demeurent fermés. Voyez-vous, ce qui n’est pas assez pour nous (la formule Bernard), c’est déjà beaucoup trop pour eux ! C’est ce que, dans mon premier texte, je voulais faire ressortir. Même la plus petite remise en question du dogme étapiste, le PQ s’y refuse. Voilà pourquoi je concluais en souhaitant la fondation d’un nouveau parti indépendantiste qui choisirait la voie électorale comme seul et unique mode direct d’accession à l’indépendance.
    Aussi, je me réjouis de constater que, sur Vigile, des gens comme vous, M. Gebello, et comme MM. Patrice Boileau, Pierre Cloutier, Nestor Turcotte, Éric Tremblay et Gilles Verrier sont tous favorables à l’idée selon laquelle l’obtention d’une majorité de sièges suffit pour déclarer et réaliser l’indépendance.
    Alors, continuons à promouvoir avec force cette idée. Et qui sait ? D’autres patriotes pourraient s’y rallier, mettons, Robert Laplante, directeur de L’Action nationale, les animateurs du journal Le Québécois, d’anciens élus comme Jean-Claude Saint-André, Gilbert Paquette, Paul Bégin, etc., bref de quoi former la base d’un véritable parti indépendantiste.
    Ce n’est que sous la menace, oui, la menace d’un nouveau et véritable parti indépendantiste que le PQ pourra changer dans le sens que nous souhaitons et se débarrasser enfin de son damné dogme étapiste.
    Luc Potvin

  • Archives de Vigile Répondre

    16 mai 2007

    "Mais, dois-je le répéter, ma préférence, c’est l’indépendance sans aucun référendum, l’indépendance par simple victoire électorale, l’indépendance comme le PQ lui-même la promettait à l’origine, ce qui, rassurez-vous, M. Gebello, ne l’empêchait pas du tout d’avoir un programme politique assez substantiel, un programme qui donnait alors, conformément à vos justes attentes, une bonne idée de ce à quoi ressemblerait un Québec indépendant."(Luc Potvin)
    Vous êtes loin de la proposition à M. Bernard là.
    Un compromis entre l'étapisme et une élection d'indépendance c'est de l'étapisme quand-même. Du cyanure pur ou dans du Cool-Aid ça tue aussi mort que mort.
    Biensûr que j'appuis à 100% une élection d'indépendance.
    Mais comment le PQ se financerait en étant toujours deuxième parti d'opposition? Il y a l'ADQ maintenant.

  • Luc Potvin Répondre

    16 mai 2007

    En politique, l’échafaud, c’est souvent pour de grands personnages historiques. Alors, c’est un grand honneur que vous me faites, monsieur Turcotte, de me le prédire. Je n’en suis pas digne du tout, mille regrets, mais je vous en remercie quand même.
    Vous savez, et ici je m’adresse aussi à vous, monsieur Gebello, je n’ai fait que plaider pour la simplicité. Le PQ est, du moins en principe, un parti indépendantiste. Alors, s’il remporte la prochaine élection ou la suivante, il n’a qu’à proclamer l’indépendance le soir même ou le lendemain matin, c’est tout. Où est le problème ? Où est le drame ?
    Je le répète, c’est ainsi que le PQ lui-même, à l’origine, entendait réaliser l’indépendance. Et, pendant six ans, de 1968 à 1974, personne ne s’y est opposé, personne ne s’en est formalisé, personne n’y a vu le moindre inconvénient, pas même les fédéralistes. Pour eux, qui ne voulaient pas de l’indépendance, il s’agissait de battre le PQ à chaque élection. Et pour nous, qui voulions l’indépendance, il s’agissait de finir par le faire gagner. À cet égard, nous étions bien partis : 8% en 1966 (le RIN), 23% en 1970 et 31% en 1973. Le PQ promettait de déclarer l’indépendance le lendemain d’une victoire électorale et cela n’empêchait nullement ses appuis de croître à un bon rythme. Aussi, ce n’est pas un vaste courant d’opinion au sein du parti ou de la population, non, c’est Claude Morin, lui seul, qui, en 1974, a commencé à dire qu’une victoire électorale ne suffirait plus, qu’il faudrait aussi un référendum. Il en a convaincu René Lévesque, lequel a ensuite menacé les militants péquistes de démissionner s’ils n’acceptaient pas cette idée d’un référendum qu’on leur servait comme un cheveu sur la soupe.
    On connaît la suite. Le PQ a remporté quatre victoires électorales. Il a tenu et perdu deux référendum, encore que celui de 1995 fut plutôt volé par Ottawa, un crime dont le gouvernement fédéral avait et a toujours les moyens. Aussi, nombreux sont ceux qui craignent, avec raison, une troisième défaite référendaire, laquelle aurait presque à coup sûr un terrible effet démobilisateur. Alors, on repousse le référendum à plus tard, toujours plus tard, dans la semaine des quatre jeudis. Mais, du même coup, c’est aussi l’indépendance qu’on remet aux calendes grecques. Or, ne serait-il pas beaucoup plus simple d’abandonner toute idée de référendum pour revenir à ce qui était la politique même du PQ à l’origine, c’est-à-dire l’indépendance par l’obtention d’une majorité de sièges ? Le PQ a parfaitement le droit de revenir à cette politique-là, surtout depuis qu’Ottawa a décidé, avec son Clarity Act, de s’immiscer dans le processus référendaire.
    Les étapes, les détours, les complications, les chinoiseries et le fendage de cheveux en quatre, on en a assez, assez, assez ! Le PQ n’avait besoin ni de l’étapisme ni de Claude Morin pour finir par remporter une victoire électorale dans les années 70. Il n’en a pas davantage besoin aujourd’hui. Aujourd’hui comme hier, je dirais même aujourd’hui plus qu’hier, une victoire électorale est possible sans étapisme. Et une victoire électorale, c’est suffisant, amplement suffisant et même plus que suffisant pour déclarer et réaliser l’indépendance.
    Enfin, quant à la proposition de M. Louis Bernard, ce que j’en retiens, c’est qu’elle est telle qu’elle fait presque du référendum une formalité. À ce titre, elle constitue une formule de compromis entre partisans et adversaires de l’étapisme. Si une majorité de militants adhérait à cette formule, je m’en réjouirais avec sobriété dans la mesure où elle s’avère quand même préférable à l’étapisme pur. Mais, dois-je le répéter, ma préférence, c’est l’indépendance sans aucun référendum, l’indépendance par simple victoire électorale, l’indépendance comme le PQ lui-même la promettait à l’origine, ce qui, rassurez-vous, M. Gebello, ne l’empêchait pas du tout d’avoir un programme politique assez substantiel, un programme qui donnait alors, conformément à vos justes attentes, une bonne idée de ce à quoi ressemblerait un Québec indépendant.
    Luc Potvin

  • Archives de Vigile Répondre

    15 mai 2007

    La proposition de Louis bernard ne faisait aucun sens.
    On ne peut pas faire un référendum sur du vide.
    Louis Bernard proposait de faire un référendum sur un pays imaginaire sans plan.
    Comment voulez-vous militer pour un pays que vous ne pouvez décrire?
    Louis Bernard proposait de faire un référendum sur un chèque en blanc. Convaincre une majorité de Québécois de se donner un pays dont ils ne connaîtront la constitution qu'après coup.
    C'est invendable.

  • Archives de Vigile Répondre

    15 mai 2007

    Vous n'êtes pas, monsieur Potvin, dans la rectitude politique. Et vos positions qui ressemblent fortement aux miennes, vont vous conduire à l'échafaud. Vous allez être perçu comme un trouble fête. Celui qui empêche les péquistes de retourner au pouvoir et (l'argument massu) de diviser le vote.
    Nestor Turcotte