L'école « secondaire»

Le «français québécois standard»



Allez, tirez encore sur eux! Après avoir fait de mes camarades enseignant le français au secondaire (soudainement devenu essentiel) les ânes du nouveau programme, faites-en maintenant les hérauts de cette langue châtrée que l'on ne saura plus appeler la langue de Molière. Allez, lancez-leur la première pierre à ces éducateurs qui sont les derniers intervenants à tenter de recoudre ce français gangrené. Bien avant, eux, pourtant, les parents, les modèles sociaux et leurs icônes!

Pour que nos enfants soient capables de corriger les lacunes gargantuesques de l'expression de leur langue sous toutes ses formes, il faut d'abord qu'ils l'aient cette langue, qu'ils aient le goût, le besoin vital de l'utiliser, qu'ils sentent comme Gaston Miron que les mots nous appellent et nous demandent de partir avec eux jusqu'à perte de vue. Dans une société où la culture se résume à celle du nombril, comment voulez-vous qu'un enfant (adulte) réponde à cet appel? Dans cette course effrénée à la célébrité à portée de tous par un clic de souris, du calage de bière à Loft Story, comment voulez-vous qu'il s'identifie à des modèles qui veulent bien aller plus loin que leur nez. C'est pressant, il faut changer le verbe donner pour demander!
Faire quelque chose pour nos écoles! Que l'on ne dise plus Sports études mais Études sports: tu étudies d'abord, les sports ensuite. Que jamais l'on ne proclame que l'école doit être le «fun», le «fun» est la stricte responsabilité de celui qui trouve ça ennuyeux. Que l'on balaie de la grille horaire des élèves tout ce qui est activité au lieu de cours. Que l'on ne demande plus aux professeurs d'être des gentils organisateurs et des surveillants de pissotière. Que l'on n'appelle plus les étudiants de la clientèle, on le sait, le client a toujours raison. Que l'on revalorise le rapport maître élève, même si, pour cela, il faut éliminer le «PowerPoint» et tous ses dérivés qui remplacent l'humain. Que l'on garde nos bibliothèques constamment ouvertes. Que les parents dont les enfants sont tous rois n'entrent pas dans les écoles eux aussi comme des rois auxquels il faut tout donner sous la menace d'aller goûter l'herbe du voisin. Que nos écoles cessent de se battre pour la même cause, les unes contre les autres. Que les penseurs du système ne s'improvisent pas en metteurs en scène, ça, c'est l'apanage des professeurs. Que l'on détourne tout l'argent qui sert à la construction de baleines et d'éléphants dont les ventres sont des gymnases et arénas ventrus, sinon ventripotents, et qu'on les reconduise dans la réduction des tâches des professeurs pour qu'ils puissent enfin prendre le temps de donner à nos enfants ce goût qui leur manque et les appelle, le goût de leur langue, ce par quoi ils existent.
Et puis à la maison, de temps à autre, que l'on prenne une grande marche avec eux sans MP3, téléphone cellulaire, «BlackBerry», ou tout autre produit dérivant de la mousse autour du nombril, et que l'on s'amuse à photographier tout ce que l'on voit avec des mots. Car voyez-vous, on a beau dire, dans ce monde voué à l'image, qu'une image vaut mille mots, il y aura toujours plus d'images dans un mot que de mots dans une photo, le plus bel album de photos étant le dictionnaire. Quand tout cela aura été fait, eh bien, les professeurs, et eux seuls, décideront bien si une petite dictée n'aurait pas sa place au début du cours ce matin.
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Christian Gagnon, Enseignant à la retraite
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