L’ADQ : parti de droite ou coalition nationale?

Climat politique au Québec

Selon la plupart des commentateurs, l’ADQ serait un parti de droite. Pourtant, à la lumière de la récente prise de position d’un député adéquiste en faveur de la nationalisation de l’énergie éolienne, cette étiquette mérite d’être questionnée.
D’emblée, il faut se rappeler que ce n’est pas une orientation socio-économique particulière qui justifia la fondation de l’ADQ. C’est plutôt la position du PLQ en faveur de l’entente de Charlottetown qui amena le jeune Mario à quitter ce parti. Et la suite de l’histoire de l’ADQ confirme qu’il s’agit d’un parti (habituellement) fidèle au Québec avant d’en être un fidèle à une quelconque idéologie. En effet, ce parti a véritablement émergé sur la scène québécoise au moment où il s’est joint au camp du OUI en 1995. Puis, il a fait une lente progression par la suite, avant de s’effondrer après le fameux discours de Toronto dans lequel Mario Dumont renonçait aux revendications traditionnelles du Québec. Enfin, l’ADQ c’est aussi, et surtout, le parti qui renaît de ses cendres à la faveur d’une prise de position ferme dans le dossier des accommodements raisonnables. Bref, c’est sur des enjeux identitaires et non sur des enjeux économiques que se joue le sort de ce parti.
Alors pourquoi est-il d’abord qualifié de parti de droite? Il faut savoir que ce sont essentiellement des journalistes montréalais qui ont accolé cette étiquette au parti de Dumont, et ce parce que ce dernier n’adhérait pas spontanément aux nouvelles tendances idéologiques en vogue sur le plateau, dont au premier chef le multiculturalisme. Si cette réticence de l’ADQ face à cette idéologie émergente est bien réelle, elle ne justifie pourtant pas une catégorisation de ce parti comme étant de droite; car accepter cette équation revient à réduire la gauche au multiculturalisme. Donc, si l’on refuse cette équation, et la gauche a intérêt à le faire, force est de constater que cette réticence de l’ADQ ne fait pas d’elle un parti de droite.
Oui mais l’ADQ défend d’autres positions de droite, diront certains, en pensant à son idée d’allocations familiales par exemple. Or, il suffit d’analyser sereinement cette position pour comprendre que, loin d’être favorables aux plus privilégiés, elle répond aux besoins des familles des classes populaires et moyennes. En effet, l’envoi de chèques aux parents de jeunes enfants est une mesure qui redistribue les ressources de ceux qui en ont moins besoin, les adultes sans enfants, vers ceux qui en ont le plus besoin, les familles.
Donc les grandes idées de l’ADQ n’ont rien de particulièrement libérales. Certes, il y a parfois au sein de l’ADQ des marques d’hostilité envers les syndicats ou encore une volonté de réduire la taille de l’État, deux tendances qui sont incontestablement de droite. Toutefois, il s’agit là de simples tendances qui ne se sont pas traduites par de grandes propositions concrètes pour le parti. Pourraient-elles suffire à qualifier l’ADQ de parti de droite? À la lumière de récents développements, sans doute que non. C’est que s’il y a un critère qui permet d’identifier clairement la droite, et c’est celui des baisses d’impôt. Or, dans le cadre du vote sur le dernier budget, l’ADQ s’est opposée aux baisses d’impôt proposées par le gouvernement Charest. De même, s’il existe un critère qui permet d’identifier clairement la gauche, c’est celui de la nationalisation. Et comme de fait, le député adéquiste Claude Roy a récemment proposé que son parti se prononce en faveur de la nationalisation de l’énergie éolienne.
Est-ce à dire que l’ADQ est un parti de gauche? Non, mais elle pourrait devenir une coalition nationale, soit un parti regroupant des gens de droite, des centristes et des gens plus à gauche qui ont en commun de vouloir défendre les intérêts du Québec et la classe moyenne.
Cette évolution serait un bond qualitatif pour ce parti qui ne pourrait plus alors se contenter d’adopter des réflexes pavloviens de droite au moment de se positionner sur de grandes questions. Par exemple, avant de se prononcer sur le dégel des frais de scolarité, il devrait se demander s’il s’agit là d’une bonne idée pour la classe moyenne. Si le parti de Dumont se donnait la peine de se poser cette question, il réaliserait que le plan libéral qui consiste à augmenter les frais de scolarité et l’aide financière aux études est contraire aux intérêts de la classe moyenne. En effet, alors que les classes plus aisées pourront absorber la hausse sans problème, et que les plus pauvres bénéficieront de plus de prêts et bourses, la classe moyenne devra payer plus sans recevoir plus. C’est donc dire que si l’ADQ devient une coalition nationale de gens d’horizons différents, elle pourra enrichir davantage le débat politique au Québec. Reste à savoir si ses dirigeants oseront prendre cette direction…
Guillaume Rousseau

Doctorant en droit et chercheur en sciences politiques à l’Université de Sherbrooke

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Guillaume Rousseau32 articles

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L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV. Actuellement, doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne





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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    22 juillet 2007

    "Un peuple ignorant est plus facile à gouverner" - Duplessis
    Qu’un petit démagogue arriviste devienne un politicien crédible en s’appuyant sur un populisme crasse n’est pas nouveau… Jean Chrétien en fut la preuve aussi irréfutable que tragi-comique !
    "Les mensonges et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion."- Paul Valéry
    Il est grand temps d’admettre cette triste réalité : le pauvre peuple québécois va voter et se comporter exactement comme "leurs" médias vont leur dire de le faire. Les corporations Gesca et Québecor (98.5 % des médias québécois)ont beaucoup à perdre avec l’indépendance du Québec. Case closed mofo !
    Gardez la recette en mémoire, elle servira à nouveau pour les élections fédérales qui se pointent !
    Prenez un bon vieux fond catho, bien dressé à l’obéissance aveugle, ajoutez un décervelage télé/radiophonique à haute teneur démagogique, liez la sauce en incorporant LA corde sensible des québécois qu’est la nostalgie ; spécifiquement celle de l’inconscience débilitante de la pré révolution tranquille, ajoutez les épices du syndrome de Stockholm et un brin de complexe d’infériorité et BINGO !
    Un tiers des québécois, qui se donnent encore la peine de voter, rejoint les rangs du pire mouvement obscurantiste et criminel de mémoire nord-américaine et ici je parle du mouvement néo-con. Belle gibelotte !
    Il est essentiel de souligner que le sinistre wanabe à Dumont a donné une note de 85% à l’obscurantiste guerrier Harpeur. Celui-la même qui en se rangeant à droite de la junte Bush, avec ses positions sur le Liban, par exemple, se rend coupable, par association, de crimes de guerre et contre l’humanité. Bravo Ducon !
    Cet alignement avec Harpeur et Bush et l'immense silence qui en découla, confirme l’omnipotence de Mindfuck Inc. sur la psyché québécoise.
    La corporation "at large" y trouve justement son compte via un décervelage débilitant qui transforme le citoyen en simple consommateur et pion militant du changement pour le changement.
    Cette notion est fondamentale car on change désormais d’allégeance politique comme on change de petite culotte.
    Et du changement, il y en avait déjà bien avant le début de la campagne 2007. La droite occupe tout l’échiquier politique québécois. La victoire du néo-con-libéralisme est totale. Il n’y a plus que les solitaires-solidaires qui se font traîter de rêveurs !
    La "corporation" , dans ce qu’elle a de pire, pourra s’y donner à cœur joie et continuer sa course aveugle au profit ; agrandissant irrémédiablement l’écart entre les riches et les pauvres et accélérant la disparition de la classe moyenne sacrifiée à l’autel de la mondialisation.
    Nous en sommes réduits au Québec à nous débattre entre 3 factions de droite, alors que l’Amérique du Sud bolivarienne nous donne des leçons d’économie et, l’Écosse indépendantiste, un "master class" en politique.
    « Le traitement journalistique fait mine de constater ce qu’il contribue largement à mettre en scène. » - A.Rindel
    Renaissant de ses cendres, Dumont vient de se réincarner en fils spirituel de Réal Caouette, Camille Samson et autres guignols issus du bassin de gnochons ignares laissés pour contre par notre système d’éducation et savamment engraissés par le dirigisme retord de nos médias corporatifs. Le décervelage au Star Système et à la propagande commanditée porte ses fruits. "Éducation ou catastrophe" disait H.G. Wells…
    La pensée rationnelle et la rigueur intellectuelle doivent supplanter la religion, l’autorité, la tradition et maintenant les médias corporatifs, avant de s’imposer.
    L’élection du seul député indépendant au pays (André Arthur) avait déjà concrétisé l’hégémonie médiatique sur la psyché québécoise. Cet hurluberlu n’avait que son aura d’ex-animateur de radio à présenter comme programme.
    Pas d’organisation, pas de bureau de compté, sa simple réputation de grande gueule poursuivie, plusieurs fois en justice, pour ses dérapages démagogiques, a été nécessaire pour se farcir l’approbation d’une majorité d’électeurs.
    Si un ti-mon-oncle est capable de tirer son propre lapin du chapeau électoral, imaginez ce qu’une coalition médiatique peut accomplir !
    La synergie corpo-médiatique, alliée à l’angélisme politique d’une importante tranche de la population, malheureusement unilingue, donc culturellement isolée et marginalisée par l’omnipotence de leurs médias locaux, semble avoir admirablement bien accompli sa basse-œuvre.
    "Le démagogue prêche des doctrines qu’il sait fausse à des gens dont il sait qu’ils sont idiots !" - H. L. Mencken
    Résultat : Super Mario... Premier Sinistre !!!???
    J’en riais la première fois que j’ai articulé cette pensée dérisoire ; il me faut bien admettre aujourd’hui que c’est exactement ce que l’avenir du Québec nous réserve. La domestication du Québec en chien de poche de ses maîtres va bon train...
    Je suggère une nouvelle devise pour les années à venir : "Je me souviens de rien pantoute car je suis un Québécois à peur entière !"
    Personellement, je me contenterai de... "Vive Parizeau, Vive le Québec libre !"

  • Raymond Poulin Répondre

    20 juillet 2007

    Si l'ADQ prenait la direction que vous mentionnez, le seul parti politique québécois qui ne serait pas, pour le moins, autonomiste, serait le Parti libéral, qui deviendrait à toutes fins utiles le parti des anglophones et des seuls fédéralistes impénitents. On pourrait alors découvrir un paysage politique très intéressant: rapprochement éventuel des autonomistes et des indépendantistes par la surenchère entre les partis à dominante nationaliste et radicalisation, forcément, de leurs adversaires, soit une cristallisation qui mènerait, assez rapidement, à une "explication" définitive. Ce scénario ne serait certainement pas le plus mauvais.
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    20 juillet 2007

    " ...aux nouvelles tendances idéologiques en vogue sur le plateau, dont au premier chef le multiculturalisme. "
    Votre analyse est très intéressante, monsieur, mais vous gagneriez peut-être en crédibilité si vous évitiez ce genre d'amalgame.
    On peut bien taxer un certain " Plateau " de ceci et celà pour simplifier son discours, mais votre affirmation péremptoire dépasse, dans l'inexactitude, la moyenne des clichés que l'on répand habituellement au sujet de ce quartier de Montréal et de ses habitants.
    Le multiculturalisme est une patente canadienne qui ne trouve pas plus d'adeptes sur le Plateau Mont-Royal qu'à Hochelaga, Val-D'Or, Sherbrooke ou Ste-Foy.
    C'est un plaisir de voue lire quand même !

  • Archives de Vigile Répondre

    20 juillet 2007

    Très bonne analyse de M. Guillaume Rousseau.
    L'ADQ est bien placé au centre pour gagner la prochaine élection mais, est-ce qu'il pourra faire avancer son option constitutionnelle autonomiste assez vite après avoir pris le pouvoir à Québec, comme : Changer la désignation Province de Québec pour État autonome du Québec; adoption d'un constitution et d'un citoyenneté pour le Québec; limitation du pouvoir de dépenser du fédéral; collection de tous les impôts avec remises d'une partie au fédéral; etc...Sinon, la nationalisme québécois pourrait prendre du mieux et l'option souverainiste du PQ pourrait alors grandement en bénéficier.