Le revenant

Climat politique au Québec

Même si le dernier sondage CROP de l'année 2007 place le PQ en tête, Jean Charest pourra passer la période des Fêtes l'esprit tranquille. Il n'aura pas à faire une promenade dans la neige pour réfléchir à son avenir.
Pourtant, en septembre dernier, plusieurs ne donnaient pas cher de sa peau. Avec seulement 24 % des intentions de vote, le PLQ avait atteint un creux historique. En l'espace d'un mois, le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement avait dégringolé de 11 points. À peine un Québécois sur cinq (19 %) voyait en lui la personne la mieux qualifiée pour occuper le poste de premier ministre.
C'en était au point où même l'éditorialiste de La Presse doutait qu'il soit encore l'homme de la situation. Trois mois plus tard, plus personne ne conteste son leadership, même sous le sceau de la confidence. Ce n'est peut-être que partie remise, mais les aspirants à sa succession se font plus discrets.
Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps. Bernard Landry peut témoigner qu'un gouvernement peut jouir d'un taux de satisfaction supérieur à 50 % et prendre une raclée, surtout au terme d'un deuxième mandat.
Dans les circonstances, M. Charest ne fait pas moins figure de revenant. Autour du premier ministre, on ne s'inquiète plus du vote de confiance auquel il devra se soumettre au congrès du début de mars 2008. Tout indique qu'il deviendra le premier chef libéral depuis 30 ans à diriger son parti lors de trois élections consécutives.
Il n'y aura jamais de «charestmanie» au Québec, mais il n'est plus le personnage moqué, voire méprisé, des dernières années. Il n'impressionne peut-être pas plus qu'avant par son élévation d'esprit, mais sa résilience commence à inspirer un certain respect.
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Depuis le début de l'automne, l'ensemble de l'action gouvernementale semble nettement plus cohérent que lors du premier mandat. Il n'y a eu aucune gaffe majeure susceptible d'occulter tout le reste. Julie Boulet s'est ridiculisée en blâmant son chauffeur, mais cela relève de l'anecdote.
Depuis deux mois, M. Charest lui-même a sans doute offert sa meilleure prestation depuis son arrivée sur la scène québécoise. Curieusement, il a l'air plus détendu depuis qu'il dirige un gouvernement minoritaire. Il peut maintenant être mordant sans donner l'impression d'être toujours en colère.
Les changements dans son entourage n'y sont pas étrangers. Alors que le premier ministre multipliait les rencontres durant le premier mandat, son nouveau chef de cabinet a fait en sorte d'alléger considérablement son agenda. C'était là un des secrets de la sérénité de Robert Bourassa, qui pouvait se limiter à trois ou quatre rendez-vous par semaine.
Inversement, Mario Dumont a perdu la fraîcheur qui l'avait toujours caractérisé. Soit, son nouveau statut de chef de l'opposition officielle lui impose un certain décorum, mais il a toujours l'air sombre d'un homme qui semble trouver ses responsabilités bien lourdes.
À la veille des dernières élections, il était presque à égalité avec M. Charest quand on demandait qui ferait le meilleur premier ministre. Pour la première fois depuis le 26 mars, le sondage CROP vient de le reléguer en troisième position.
Coïncidence, l'ADQ commence maintenant à attaquer M. Charest sur le terrain de l'intégrité, qu'il s'agisse de la contribution de Karlheinz Schreiber au financement de sa campagne au leadership de 1993 ou encore celle du président de Busac, Michel Couillard.
Plutôt que de lancer des accusations à tort et à travers, l'ADQ et son chef auraient intérêt à démontrer qu'ils représentent une solution de rechange valable au gouvernement Charest. Au train où vont les choses, ce n'est pas le PQ, mais l'ADQ qui va bientôt trouver de bonnes raisons de le garder en vie.
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En toute justice, il faut dire que la baisse de popularité de M. Dumont traduit aussi le peu de confiance qu'inspire son équipe, mais lui-même doit faire un examen de conscience. Déjà, sur le terrain de l'identité, il s'est laissé doubler par le PQ. Voilà maintenant que son flirt avec Stephen Harper l'expose à être accusé de mollesse dans la défense des intérêts du Québec face à Ottawa.
Quand le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, l'a traité de «tapis de porte», hier, il ne manifestait pas simplement sa frustration de ne pas avoir été invité au happening organisé par la Chambre de commerce de Rivière-du-Loup. Tout le monde voit bien que les amitiés conservatrices de M. Dumont ont freiné l'expression de ses velléités autonomistes.
Le chef de l'ADQ a payé très cher son discours devant le Canadian Club de Toronto, en septembre 2002. Il ne faudrait surtout pas qu'il laisse s'accréditer l'impression qu'il dirige une succursale du Parti conservateur.
En octobre, CROP avait déjà enregistré une baisse de six points du vote adéquiste, qui avait profité essentiellement au PLQ. Le dernier sondage, réalisé entre le 22 novembre et le 2 décembre, indique que le PQ commence à son tour, dans une moindre mesure, à récupérer une partie de sa clientèle perdue à l'ADQ sous le règne d'André Boisclair.
En réalité, le PQ est simplement revenu à son niveau du mois d'août, alors qu'il devançait l'ADQ par quatre points et le PLQ par six points. Il en va de même de la popularité personnelle de Pauline Marois. Depuis son retour, tous les sondages l'ont systématiquement désignée comme étant la plus qualifiée pour diriger le Québec.
Manifestement, la controverse suscitée par son projet de loi sur l'identité québécoise ne lui a pas nui. Pour certains, cela a même pu constituer une compensation à la mise au rancart du référendum. Le véritable défi pour le PQ est d'aller au-delà de la simple récupération des brebis égarées et démontrer qu'il peut être au centre d'une nouvelle coalition.
mdavid@ledevoir.com
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