Haïti - L'inattendu

Pourquoi Haïti fermerait-il les yeux sur les crimes commis par cette dictature?

Haïti - l'indécente dictature



Alors que tous les yeux de la planète étaient tournés vers la Tunisie et le départ pour l'exil de son président-dictateur, Ben Ali, avec une partie du Trésor national, voilà que le dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier rentrait chez lui après 25 ans d'exil. Il n'était ni attendu ni désiré par le peuple haïtien, si ce n'est par un petit groupe de ses partisans qui assuraient sa protection. Son retour, surtout au moment où l'échéancier électoral s'étire, était plus qu'improbable. Mais le climat d'instabilité politique prévalant en Haïti rendait la chose possible.
Entendre Bébé Doc dire qu'il revient pour aider son pays est en quelque sorte inconcevable, lui qui a été la cause de tant de souffrances pour Haïti et pour son peuple. Lui qui a laissé ses tontons macoutes torturer et assassiner par dizaines de milliers ses compatriotes, qui, pour tenter d'échapper à ce sort, s'exposaient à la mort en tentant l'exil par la mer. Lui qui a appauvri son pays en s'appropriant sa richesse. Lui qui, pour soulager la misère des habitants de Port-au-Prince pendant les émeutes de la faim en 1984, leur jetait des billets de banque depuis sa limousine, images irréelles s'il en est, que l'on peut voir sur LeMonde.fr. Des billets qu'il n'a pas tous distribués puisqu'il est parti pour l'exil en 1986 avec plus de 100 millions de dollars aujourd'hui presque tous dilapidés.
Ce retour, Duvalier l'espérait depuis un certain temps. En 2007, il avait demandé pardon à son peuple pour les erreurs commises. Il attendait le moment propice qui lui est apparu être ce «no man's land» politique actuel. Le président René Préval avait dit en 2007 que s'il y avait le pardon, il y avait aussi la justice. À quelques semaines de quitter la présidence, celui-ci est resté coi devant ce retour inopiné de l'ancien président à vie. Pourquoi ce silence?
Il est assez incompréhensible, alors que tant de dictateurs ont été poursuivis et condamnés pour leurs actes passés, qu'aucun geste en ce sens n'ait été fait en 25 ans à l'endroit de cet homme. Le mois dernier, l'Argentine condamnait à la prison à vie pour meurtres et tortures le général Jorge Videla. Celui-ci présidait la junte militaire qui sévissait dans ce pays à l'époque même où Jean-Claude Duvalier jouait les présidents à vie sur son île.
Certes, ce pays a la tête ailleurs. Il y a, au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, mille urgences plus graves que de s'occuper du passé. Il faut reconstruire le pays. Mais par sa présence à Port-au-Prince, Bébé Doc vient réveiller un passé dont il doit rendre compte. Un exercice de justice ne pourra qu'aider à reconstruire le pays sur le plan moral. Si cela était, ce serait une bonne façon d'aider Haïti, comme le souhaite l'ancien président à vie.
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bdescoteaux@ledevoir.com


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