Fitzgibbon se croit tout permis

Cd389b7df816ac019a8e61826ba3f5ec

Il ne travaille pas pour le Québec


Imaginez qu’on vous demande d’investir votre argent dans le Groupe Capitales Médias. Une entreprise vendue pour un dollar par Power Corporation en 2015. Et qui, depuis, n’a connu que des échecs financiers.


Une entreprise dont les régimes de retraite sont sous-capitalisés et qui, pour garder la tête hors de l’eau, a eu besoin d’un premier prêt de 10 millions de dollars d’Investissement Québec en 2017. Puis d’un second prêt d’urgence de 5 millions de dollars l’été dernier.


Pour un grand total de 15 millions de dollars que le bras financier du gouvernement n’espère même plus se faire rembourser dans ses rêves les plus fous.


L’argent des investisseurs


Vous n’y investiriez pas un sou.


Et, il appert que Capital coopératif régional Desjardins, un fonds dont la mission est d’investir dans les entreprises des régions du Québec, non plus.


Parce que le plan d’affaires actuel visant à sauver l’entreprise de la faillite présente des risques substantiels... que Desjardins n’est pas prêt à refiler à ses actionnaires, qui sont de petits épargnants qui croient en leur région.


Ingérence du ministre


Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, n’a pas accepté ce refus.


Il s’est donc ouvertement ingéré dans les opérations courantes d’un fonds d’investissement privé, qu’il a attaqué publiquement à grands coups d’accusations gratuites.


Fitzgibbon pense avoir le droit d’agir ainsi parce que le gouvernement octroie un crédit d’impôt de 35 % à ceux qui y investissent.


Peu lui importe que les actionnaires puissent y perdre de l’argent. Ni que le fonds doive respecter des règles strictes en matière d’investissements. Pendant la dernière décennie, le Québec a connu plusieurs épisodes d’ingérence externe alléguée dans les opérations d’investissements fiscalisés.


Commission Charbonneau


Souvenons-nous de la commission Charbonneau, où des témoins alléguaient que le Fonds de solidarité avait investi dans des projets sous le coup de pressions de la FTQ, et non dans l’optique première de fournir du rendement à ses actionnaires.


Ces accusations d’ingérence externe ont tellement nui à la réputation du Fonds de solidarité qu’on a dû revoir ses principes de gouvernance et d’indépendance politique face à la FTQ. Des améliorations à la gouvernance du Fonds de solidarité qui avaient notamment été poussées par le gouvernement du Québec, qui octroie un crédit d’impôt à ses actionnaires.


Ce que l’on croit aujourd’hui impensable au Fonds de solidarité est arrivé, la semaine dernière, à Capital coopératif régional Desjardins : l’ingérence directe d’un ministre.


Comme si le comportement de M. Fitzgibbon n’était pas déjà assez scandaleux, François Legault en a rajouté une couche... En affirmant que Québec puisse revoir les crédits d’impôt dont bénéficient les épargnants de Capital coopératif régional Desjardins si ce dernier ne se plie pas au chantage.


Panique à Québec


Le gouvernement Legault a laissé l’impression d’être en panique sur ce dossier. Une panique qui ne tient pas du tout à l’amour que porte le gouvernement pour le journalisme régional, bien au contraire.


Le temps presse pour « sauver » Capitales Médias. Les investisseurs – qui font l’affaire du gouvernement – se font rares et la chute de l’entreprise précipiterait sept journaux régionaux dans l’abîme. En cas d’échec du sauvetage de l’entreprise, le gouvernement, dont presque tous les députés sont en région, devrait faire passer l’avenir des médias en priorité dans son programme politique. Et il devrait probablement y engloutir des millions et des millions.


Pousser le problème dans la cour de Desjardins est donc la solution facile pour le gouvernement. Puis, rappelons-le, l’image de Desjardins est déjà amochée par l’histoire de la fuite des données personnelles. Le gouvernement, lui, a le beau rôle.




Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM