Indépendance

Enjeux existentiels majeurs

Langue, démographie, constitution : des chantiers à prendre en main

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Chronique de Marc Labelle

Le peuple québécois est à la croisée des chemins.  Pour éviter l’impasse de la décomposition, il est impératif que les patriotes battent le rappel pour qu’il emprunte la voie de l’indépendance dans un véhicule performant.


Dans notre situation aberrante, le véhicule collectif normal d’un peuple moderne, l’État, est scindé en deux.  Une moitié à Québec sous notre contrôle apparent, mais subordonnée en réalité à l’autre moitié à Ottawa.  Ce régime fédéral monstrueux mène au francocide, c’est-à-dire la disparition du caractère français du peuple québécois.  Il faut donc transformer le tronçon d’État à Québec en un seul État complet et fort, sous la conduite exclusive du peuple québécois.


L’espoir pointe à l’horizon.  Le régime fédéral tératologique n’a jamais été aussi faible, car le Canada est un pays artificiel qui se revendique déjà postnational.  En effet, il se désarticule lui-même avec sa doctrine multiculturaliste, ce carburant de discorde incessante.


Les vrais nationalistes — qu’ils agissent sur la scène fédérale ou provinciale — sont invités à mobiliser le peuple québécois en se servant, entre autres, des cinq thèmes proposés ici : la langue, l’immigration, l’indépendance, la constitution et la péréquation.


Militants ou députés, si le chef de votre parti politique est irrésolu ou inepte, osez transgresser la ligne du parti.  Votre première loyauté va au peuple québécois.  Le premier ministre du Québec Bernard Landry déclarait avec conviction, comme Honoré Mercier : « La patrie avant le parti ! »


Tout enjeu majeur doit être débattu sur la place publique avant, pendant et après toutes les campagnes électorales successives — fédérales ou provinciales — jusqu’à la réalisation de l’indépendance.  Bref, il faut une campagne indépendantiste permanente. 


Insistons : il ne faut pas tomber dans le piège des sujets électoraux assignés exclusivement au domaine fédéral ou provincial.  On doit faire notre affaire de toute question importante qui influe sur la destinée du peuple québécois, en tout temps, sur tous les théâtres d’opérations.  Nous devons créer un géonavigateur qui affiche une vision intégrée proposant un ou plusieurs itinéraires à destination du Québec libre.




Langue


Le français est la langue commune du peuple québécois depuis ses origines.  Elle devint langue d’État dès 1663 avec l’établissement du Conseil souverain en Nouvelle-France, qui comprenait l’Ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.  La langue française transmet la vision du monde de notre peuple et son modèle évolutif de valeurs depuis quatre siècles.




Conseil souverain de la Nouvelle-France (tableau de Charles Huot, 1930, Parlement de Québec).



Le français s’oppose donc naturellement au multiculturalisme de la dynastie Trudeau, cette perverse doctrine postmoderne visant le génocide culturel du peuple québécois, et qui a même contaminé l’ensemble des pays occidentaux.


Notre peuple est donc sur la ligne de front.  Il faut impérativement restaurer et renforcer la Charte de la langue française de 1977 afin d’assurer la pérennité du français.  L’anglicisation des entreprises et des établissements scolaires s’accélère, surtout à Montréal.  Il est urgent de rétablir la majorité francophone dans la métropole.  Le bilinguisme officiel de l’État canadien sabote le rétablissement d’une société authentiquement québécoise d’expression française.  Que l’empire canadien dégage !


L’État du Québec a le devoir d’étendre la loi 101 à toutes les entreprises puisque tous les citoyens ont le droit de travailler en français.  Il doit subventionner exclusivement les cégeps et universités de langue française, d’autant qu’il n’y a aucune obligation constitutionnelle canadienne à soutenir les établissements postsecondaires anglais.  De plus, un programme de réparation historique devra compenser le sous-financement chronique du réseau postsecondaire français ; actuellement, près du tiers des subventions provinciales et fédérales sont sacrifiées au réseau universitaire anglais !  Afin de respecter la langue de l’État, l’Administration québécoise est tenue de communiquer avec les citoyens en français exclusivement.


En amont de l’indépendance, les nationalistes appuient toute mesure de redressement en faveur du français.  Arrachée au régime canadien — ou au gouvernement du Québec lorsqu’il se comporte comme son appendice provincial —, elle nous rapprochera du but ultime ; rejetée par lui, elle deviendra un argument de plus en faveur de l’indépendance.  C’est la formule optimale.  La chance, elle se provoque par l’action.


Documents dappui


► Me Christian Néron, « Langue d’État », Vigile Québec, 10 avril 2021.


► Conférence d’espoir de Pierre Bourgault sur la situation de la langue française devant des cégépiens en 1989, 1 h 20 (exposé de 52 min suivi d’une période de questions).




Immigration


L’immigration de masse, accélérée après le référendum de 1995, menace l’identité et la cohésion du peuple québécois, soit notre langue, notre culture, nos valeurs, notre laïcité et nos mœurs.  C’est une destruction planifiée.




Résiliente comme le peuple québécois, la Petite Maison blanche a résisté au déluge du Saguenay–Lac-Saint-Jean en 1996.  



En effet, le gouvernement fédéral prévoit d’augmenter le nombre d’immigrants à plus de 400 000 personnes par année au Canada.  Justin Trudeau veut donc doubler l’immigration à 100 000 personnes par année au Québec, alors qu’elle est déjà proportionnellement une des plus élevées au monde.


Les patriotes lucides s’opposent énergiquement à la tentative de Grand Remplacement, c’est-à-dire à l’extinction du peuple québécois.  Ils dénoncent aussi l’accord Canada-Québec sur l’immigration de 1991 qui engage le Québec à maintenir son poids démographique au sein de la fédération canadienne, lui imposant ainsi un taux d’immigration insoutenable.  Cette augmentation incessante mine sérieusement l’intégration en français des écoliers ou des étudiants, la disponibilité des soins de santé, ainsi que l’efficacité de notre filet social.


Il faut donc réclamer un moratoire sur l’immigration pour le Québec (sauf les réfugiés francophones ou francophiles acceptés par Québec), jusqu’à l’établissement d’une politique québécoise de l’immigration tenant compte de notre capacité réelle d’assimiler entièrement les immigrants.  Il faut exiger une immigration légale, sécuritaire et francophile fondée sur une grille de sélection rigoureuse.  Cette grille devra filtrer tout candidat fanatique religieux ou idéologique qui chercherait à noyauter notre société.  L’identité collective doit prévaloir contre la cupidité doctrinaire des oligarques tarés ou des affairistes sans honneur.  Puisque cela dépend de sa volonté, le peuple arrêtera le déluge migratoire.


Tous les acteurs politiques véritablement nationalistes sur la scène fédérale ou provinciale doivent exiger le rapatriement à Québec de la compétence exclusive sur toutes les catégories d’immigrants, avant même l’avènement de l’indépendance.  D’ailleurs, cette récupération stimulera notre volonté de libération nationale.


Doté d’une politique de l’immigration complète qui prendra fréquemment le pouls de la population, spécialement celle soumise à la pression de milieux non encore francisés, le gouvernement du Québec saura faire prévaloir les valeurs et les besoins véritables du peuple en immigration.


Documents dappui


► René Lévesque, extrait de discours électoral sur l’immigration, 1970, 2 min.


► Mathieu Bock-Côté, « La noyade démographique du peuple québécois », Le Journal de Montréal, 7 avril 2021.


► Marc Labelle, « L’immigration massive, un tabou persistant », Vigile Québec, 30 août 2019.




Indépendance




Seule l’indépendance correspond à la haute dignité du peuple québécois.  Issu de la volonté exprimée de la conscience collective, le pouvoir s’incarne à Québec.  Les élus à l’Assemblée nationale devront voter une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec.  L’indépendance est inconditionnelle parce qu’elle émane de l’autorité du peuple libre ; elle n’est donc pas soumise à la contrainte d’aucun pouvoir extérieur.


Le statut de maîtres incontestables chez nous comporte les trois attributs de la souveraineté complète : adopter toutes nos lois, percevoir tous nos impôts, signer tous nos traités.


Notre pouvoir collectif ne peut être séparé en deux, une moitié se retrouvant directement sous l’emprise des priorités et des intérêts nationaux d’un autre peuple.  L’empire canadien n’est fort que de notre hésitation à sortir de l’oubliette idéologique et politique dans laquelle il cherche à nous maintenir sans relâche avec l’aide des collabos fédéralistes.


N’oublions jamais ce principe primordial : seul le peuple québécois est source de sa légitimité.


Documents dappui


► André D’Allemagne, Manifeste du Rassemblement pour l’indépendance nationale, 1960.


► Discours du général de Gaulle à Montréal le 24 juillet 1967 : « Vive le Québec libre ! », 8 min.


► Denis Monière, Vouloir l’indépendance, L’Action nationale, 2019, 88 p.




Constitution


La domination anglaise nous a imposé pas moins de six constitutions : la Proclamation royale en 1763, l’Acte de Québec en 1774, l’Acte constitutionnel en 1791, l’Acte d’Union en 1840, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867, la Constitution canadienne importée et altérée en 1982.  Cette dernière a privé le peuple québécois de son pouvoir de représentation réelle en instaurant le gouvernement des juges, qui se sert de la clause interprétative du multiculturalisme pour le réduire au rang de groupe d’immigrés.


Avec l’indépendance, le peuple québécois participera pour la première fois à l’élaboration de la Constitution du Québec, selon des modalités à déterminer, par exemple une assemblée constituante.  Cette constitution consacrera le principe du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.




L’Assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu en 1837.



La Constitution québécoise établira les processus de la représentation politique, ainsi que l’État et ses institutions, selon la division occidentale classique des pouvoirs : le législatif, l’exécutif et le judiciaire.  Le Québec sera ainsi doté de sa propre Cour suprême, qui se contentera d’interpréter les lois votées par les élus plutôt que de les modifier, afin de préserver la suprématie parlementaire et, par-delà, l’autorité du peuple.  Un dispositif constitutionnel infligera la destitution ou l’emprisonnement à tout juge usurpant le rôle du législateur.


Documents dappui


► Me Christian Néron, « George Brown au Bas-Canada en termes voilés : c’est la Confédération ou la guerre civile ! », Vigile Québec, 12 juin 2017.  La vraie nature du Canada de 1867.


► Me Christian Néron, « Notre constitution américaine de 1982 », Vigile Québec, 6 septembre 2019.  La vraie nature de la réforme constitutionnelle de 1982.




Péréquation


Le peuple québécois est contraint d’envoyer près de la moitié de ses revenus généraux (impôts, taxes, droits) à Ottawa (environ 60 milliards de dollars par année).  Le gouvernement fédéral surnage dans l’abondance, surtout depuis le vol de l’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés, qui était autrefois un impôt exclusivement provincial.  Ainsi, les provinces, qui assument les responsabilités les plus importantes comme l’éducation et les services sociaux, plient sous le fardeau fiscal.


En guise d’apparente compensation, le régime canadien a concocté la péréquation, une forme de soutien ou plutôt de dépendance.  En réalité, sur 12 milliards, seuls 7 milliards ont été reçus par le Québec en péréquation en 2018, puisque les 5 autres milliards ont été payés directement ou indirectement par le Québec au système de péréquation canadien, qui est nettement plus avantageux pour les trois territoires du Nord canadien ou les provinces Maritimes.  Le montant de 7 milliards peut paraître faramineux, mais il ne représente que 1,6 % du PIB (produit intérieur brut) annuel du Québec.


Rien en comparaison avec les 112 milliards en contrats maritimes fédéraux aux ports de Vancouver et de Halifax, alors que seulement 2 % de ces contrats ont été alloués au chantier Davie de Lévis, le plus grand chantier maritime au Canada, pourtant réputé pour sa haute compétence.  Encore, le fédéral a gaspillé 13 milliards dans le projet raté de Muskrat Falls (au Labrador terre-neuvien) pour concurrencer Hydro-Québec bâtie par le Québec sans un sou d’Ottawa. 





La liste des injustices fiscales contre le Québec pourrait s’allonger à l’infini.  Que préférons-nous ?  Demeurer accros au BS collectif qu’est le miroir aux alouettes de la péréquation ou garder pour notre propre développement les investissements productifs ?


Documents dappui


► Jean-Jacques Nantel, La péréquation, un bel argument de mendiant !, septembre 2018, 9 min.


► René Ricard, « La péréquation ? Un marché de dupes », L’Action nationale, mai 2018.




Courage, nous vaincrons.



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Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





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2 commentaires

  • Gaston Carmichael Répondre

    14 août 2021

    Excellent tour de la question nationale, Marc.


  • Réjean Labrie Répondre

    10 août 2021

    Excellent texte que voilà M. Labelle, très motivant et qui mérite d'être médité, de circuler et d'être retransmis.


    Je me demande qui parmi nos politiciens, partis et organisations nationalistes se sentiront interpelés au point de mettre en pratique les orientations proposées.


    C'est tout le Québec qui y gagnera.