Impératif français

Un mémoire ingénieux sur le statut du français

Le point de mire du régime fédéral est atteint.

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Tribune libre

Il faut saluer le mémoire remarquable de Me François Côté et du président Jean-Paul Perreault du mouvement Impératif français, Dépasser l’égalité de façade du bilinguisme symétrique, daté du 5 février 2021.  L’argumentation juridique et sociolinguistique est fouillée et méthodique ; elle est d’allure raisonnable et impeccable.


Après le résumé du mémoire suivra un commentaire dans une perspective indépendantiste.



Trois propositions


Les auteurs s’attaquent d’abord au cœur du problème canadien, soit « l’échec du bilinguisme symétrique et d’une conception individualiste des droits linguistiques ».  Ce modèle superficiel dénoncé est issu de la Loi sur les langues officielles adoptée par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau en 1969.


Pour le contrer, le mémoire prône un bilinguisme asymétrique et territorial qui assurerait une protection plus efficace de la langue française au Québec par un meilleur équilibre entre les droits individuels et collectifs, notamment dans les activités de l’Administration fédérale ou celles qui lui sont liées.


Le mémoire se concentre sur le droit de travailler en français au Québec.  La première proposition concerne les 135 000 employés des entreprises privées situées au Québec, mais incorporées auprès de l’Administration fédérale : il suffirait au gouvernement canadien de s’abstenir de faire obstruction à l’application de la Charte de la langue française à ces entreprises par l’Assemblée nationale ou d’un petit amendement au Code canadien du travail.


La deuxième proposition se rapporte à la fonction publique ou parapublique fédérale, dont les 76 000 employés québécois sont établis surtout en Outaouais et à Montréal : quelques ajouts à la Loi sur les langues officielles permettraient de leur faire bénéficier de l’esprit de la Charte de la langue française, relativement au droit de travailler en français. 


Cette proposition comporte une dimension audacieuse : permettre aux employés fédéraux de l’ensemble de la région de la capitale fédérale de travailler en français, ce qui comprend les Québécois de l’Outaouais qui travaillent à Gatineau et à Ottawa, et même les francophones d’Ottawa.  On imagine en riant les cris d’orfraie qui ne manqueraient pas de retentir de l’autre côté de la rivière des Outaouais concernant l’application extraterritoriale de l’esprit de la Charte de la langue française en sol ontarien.  Toutefois, on pourrait facilement rétorquer aux fédéraux mécontents qu’ils n’ont qu’à mettre fin à l’invasion quotidienne des fonctionnaires unilingues anglais en sol gatinois.


En couronnement, la troisième proposition, dont le symbolisme est puissant, préconise une négociation constitutionnelle bilatérale Québec-Ottawa afin de reconnaître la primauté législative du français sur la version anglaise des lois du Québec en cas de divergences d’interprétation.      


Ce mémoire est donc susceptible d’ébranler les colonnes du temple constitutionnel canadien.


Portée du mémoire


D’abord, il fait voler en éclats le sot dogme trudeauiste de l’égalité des langues, alors que les citoyens d’expression française ne sont majoritaires que dans une province sur dix.  À cette chimère s’est ajoutée la consécration des privilèges de la communauté anglaise du Québec à titre de fausse minorité, alors qu’elle est le prolongement de la majorité anglaise du Canada.  Cette tartufferie à deux volets aboutit au francocide du peuple québécois.


Depuis un demi-siècle, l’appareil fédéral est devenu une sournoise machine à assimiler les francophones.  Le Commissariat aux langues officielles a récemment révélé que près de la moitié (44 %) des employés québécois de l’Administration fédérale subissent un climat d’insécurité linguistique qui les pousse à utiliser l’anglais.  On sait bien que seule la fonction publique québécoise permettra à ces employés de travailler réellement en français parce qu’ils ne seront plus minoritaires.  Avec l’indépendance, nous rapatrierons nos impôts subtilisés par Ottawa, ainsi que tous nos fonctionnaires.  Gatineau deviendra le troisième foyer de la fonction publique québécoise avec ceux de Québec et Montréal.


Le bilinguisme législatif officiel imposé par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique exclusivement à la province de Québec constitue une anomalie colonialiste, franchement raciste.  Remarquons d’ailleurs que seule la version anglaise de la Constitution canadienne de 1867 est officielle.  C’est abject !  En fait, la dignité du peuple québécois commande que sa future Constitution soit en français seulement.


Les racines de la réaction fédérale


On ne sera donc pas surpris de la réaction de Mélanie Joly, la ministre responsable des Langues officielles, qui semble faire une timide concession à l’application de la Charte de la langue française aux entreprises privées dites de « compétence fédérale » situées en territoire québécois.  


Concernant le statut du français depuis un demi-siècle, le reste de son document, Français et anglais : vers une égalité réelle des langues officielles au Canada, rendu public le 19 février 2021, ne fait que rappeler les minuscules donc insuffisants progrès de l’État canadien ou répéter pour une nième fois ses fausses promesses.  L’obsession fédérale du bilinguisme rédhibitoire fondé sur la prétendue égalité des langues apparaît dès cette affirmation incomplète, donc trompeuse (p. 6) :  


« En 1963, le gouvernement du Canada créait la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (la commission Laurendeau-Dunton) pour qu’elle examine l’état du bilinguisme au pays et réponde aux préoccupations formulées de plus en plus vigoureusement par les francophones, en particulier au Québec, selon lesquels la langue française et les francophones étaient victimes d’inégalités inacceptables au sein du gouvernement fédéral. » 


En effet, cet énoncé escamote une dimension essentielle du mandat de la commission BB (voir le vol. 1 du rapport, p. x) qui consistait à recommander des mesures « pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée ».  Prenant prétexte de l’aspect mandataire de tenir compte « de l’apport des autres groupes ethniques à l’enrichissement culturel du Canada », P. E. Trudeau a substitué le multiculturalisme au biculturalisme par une politique adoptée en 1971, opérant de la sorte une séparation mentale entre la langue et la culture.  Il évacuait ainsi une entente devant être négociée entre les peuples canadien-français et canadien-anglais. 


La nation canadienne-française passait donc à la trappe, comme P. E. Trudeau avait d’ailleurs tenté de le faire avec les nations amérindiennes afin que tous deviennent des Canadiens abstraits.  On pourrait inverser la fameuse citation du général prussien Carl von Clausewitz en affirmant que « la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ».  Quelle guerre ?  Celle que les Anglais appellent la French-Indian War (1754-1763).   


Or, après un demi-siècle à s’occuper de la question linguistique, dans son essai synthétique Le français en chute libre : la nouvelle dynamique des langues au Québec (publié le 18 février 2021 par le Mouvement Québec français), Charles Castonguay nous alerte sur la chute accélérée depuis 2001 du français, tant la langue d’usage que la langue maternelle (graphique p. 29), notamment dans la métropole et chez les jeunes.



Il n’est point innocent que cette trame se produise dans la foulée du référendum de 1995 qui a presque conduit à l’indépendance du Québec.  Entre autres causes : l’immigration massive d’avant l’an 2000 est devenue une invasion migratoire, consacrée par le pacte mondial de Marrakech (2018) approuvé par des dirigeants ayant trahi les peuples, dont Justin Trudeau.


L’appel à agir


Alors, faut-il que les indépendantistes rejettent le mémoire d’Impératif français qui cherche à modifier le statut fédéral du français ?  Non.  Avec habileté stratégique, ce mémoire est présenté alors que le gouvernement libéral est minoritaire.  Conjoncture propice pour arracher des concessions.  Cependant, en y parvenant, cela ne contribuerait-il pas à « améliorer le fédéralisme » ?  Nous ne sommes pas dupes, nous savons que tout progrès ne serait que minime et provisoire dans le régime canadien.  Mais il faut saisir toutes les occasions pédagogiques de confronter les impasses de ce régime et de faire avancer la liberté du peuple québécois.


Ce fut la grande erreur des souverainistes de ne pas mener toutes les luttes possibles depuis une quarantaine d’années.  La vie collective, comme personnelle, est faite de luttes : il y en aura avant et après l’indépendance.  Hélas, il y a ceux qui croient que l’indépendance va tout régler, comme une baguette magique et ceux qui se satisfont du mirage de mesures éphémères.  Les premiers disent qu’il faut attendre le Grand Soir avant d’agir et les derniers se croient dispenser d’œuvrer à la libération, trop exigeante en termes d’efforts ou de courage.  D’où la prostration collective que l’on subit. 


On ne connaît pas le moment qui sera propice à l’indépendance.  Mais c’est la synergie de toutes les luttes menées qui créera ce moment.  Après, de nouvelles luttes apparaîtront, mais les Québécois seront beaucoup plus solides, vigoureux, lucides. 


Il faut faire flèche de tout bois dans une lutte tous azimuts en lui conjuguant la promotion de l’indépendance.  On doit alors remercier MM. Côté et Perreault de réactiver la bataille législative et constitutionnelle contre le francocide souhaité et planifié.  Afin que le français devienne la langue de création et de décision dans toutes les activités d’un peuple libre et fier.  L’égalité ne peut exister qu’entre peuples libres.

 


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Marc Labelle40 articles

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Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





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