En attendant Harper

Budget Audet - février 2007

Choisir le jour de la présentation du budget pour faire de nouvelles révélations sur les activités douteuses d'Option Canada à l'époque du référendum n'était pas une mauvaise idée pour le PQ.
Avec le peu que Michel Audet avait à annoncer pour son chant du cygne, c'est à se demander toutefois s'il n'aurait pas été préférable de conserver cette cartouche pour une meilleure occasion. À moins qu'il n'y en ait d'autres en réserve. À voir le sourire entendu de Diane Lemieux quand on lui a posé la question, c'est bien possible.
Le discours sur le budget contient toujours une bonne part de redites et de lieux communs sans lesquels le ministre des Finances ne parlerait qu'une vingtaine de minutes. Hier, M. Audet aurait facilement pu se contenter de dix. Et encore.
Dans les circonstances, il fallait s'attendre à ce qu'il allonge le bilan des réalisations de son gouvernement depuis quatre ans, mais il y a tout de même des limites à mélanger les pommes et les oranges: quel est l'intérêt de rappeler dans un document budgétaire que le Québec a été reconnu comme nation au sein du Canada et qu'on lui a fait une place dans la délégation canadienne à l'Unesco?
L'an dernier, M. Audet avait fait preuve d'une certaine imagination avec le Fonds des générations. Cette fois-ci, il s'est contenté en bonne partie de transcrire sur du papier à en-tête de son ministère les engagements de la plate-forme électorale du PLQ, que le premier ministre Charest avait dévoilée la semaine dernière. Parler de «cohérence», comme l'a fait M. Audet, relevait de l'euphémisme.
L'originalité devait consister à incorporer au budget une nouvelle politique des régions, où se joueront en bonne partie les prochaines élections, mais avec un impact financier de 138 millions en 2007-08, en incluant les sommes destinées à Montréal et à Québec, même les partis d'opposition n'ont pas osé crier à l'électoralisme.
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La plate-forme libérale contenait déjà un mea-culpa pour avoir manqué grossièrement à la promesse d'abaisser l'impôt sur le revenu des particuliers d'un milliard par année pendant cinq ans. Encore une fois, ceux-ci devront se contenter de grenailles, en attendant de voir leur impôt diminuer quelque peu à compter de janvier 2008.
Un rattrapage de dernière minute aurait simplement compromis le recentrage progressif du discours libéral sur la nécessité de consacrer toutes les ressources aux «vraies priorités» que sont la santé et l'éducation.
Le nouveau mantra du PLQ, destiné aux «indécis» -- la traduction libérale pour désigner les électeurs adéquistes -- est maintenant la «saine gestion» des fonds publics. On ne pourra cependant pas limiter indéfiniment à 1 % l'augmentation des dépenses de l'ensemble des ministères, à l'exception de la Santé et de l'Éducation, sans compromettre des fonctions vitales de l'État.
Le déclenchement précipité des élections n'a pas permis une présentation détaillée des prévisions de dépenses du gouvernement, mais il y aura inévitablement de nouvelles compressions dans les programmes de plusieurs ministères.
François Legault a eu raison de dire que ce budget était un «non-événement», mais les partis d'opposition devraient plutôt s'en inquiéter. De toute évidence, M. Audet n'a présenté hier qu'une partie du portrait.
Le ministre des Finances l'a reconnu avec sa candeur habituelle: ses collègues, qui contrairement à lui cherchent à être réélus, auront «d'autres excellentes idées d'ici la fin du mois». Autrement dit, quand ils sauront exactement combien d'argent Ottawa transférera au Québec en guise de correction du déséquilibre fiscal.
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D'ores et déjà, le budget de M. Audet peut être considéré comme temporaire. De son propre aveu, il pourrait être remplacé par un autre -- ou simplement amendé, comme on préférerait au ministère -- pour tenir compte des largesses fédérales.
À partir du moment où la décision était de se lancer en campagne sans attendre le budget fédéral, celui de M. Audet n'apparaissait plus comme un élément fondamental de la stratégie électorale du PLQ. C'était simplement une figure imposée, le cadre financier de la plate-forme.
Les stratèges libéraux estiment que la tendance leur est suffisamment favorable pour se lancer en campagne avec un budget qui, à défaut d'emballer les contribuables-électeurs, ne créera pas de mécontentement.
Il peut être présenté comme un strict minimum, qui ne peut que s'améliorer selon la générosité, même si la nouvelle formule de péréquation n'entrera vraisemblablement en vigueur qu'en 2008-09.
Déjà, en temps normal, le souvenir d'un budget s'estompe rapidement. C'est encore plus vrai dans le brouhaha d'une campagne électorale. Demain, le dernier budget Audet aura disparu de l'actualité, chassé par la nouvelle du jour.
Hier, à l'issue d'une ultime période de questions à l'Assemblée nationale, où le souvenir d'Option Canada était revenu le hanter, le premier ministre Charest confiait qu'il ne s'attendait pas à une campagne classique. Son intuition lui disait qu'elle serait riche en rebondissements imprévus. On peut sans doute s'y fier.
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mdavid@ledevoir.com


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