De quelles valeurs parlons-nous ?

Proche-Orient : mensonges, désastre et cynisme

Je suis complètement ahuri [des propos tenus à la Presse canadienne par le général à la retraite Roméo Dallaire->5957]. Je désire y réagir avec force.

Selon lui, il y a un prix à payer pour défendre nos valeurs et prétendre jouer un rôle de premier plan sur l'échiquier mondial. Je voudrais demander à M. Dallaire quelles sont ces fameuses valeurs auxquelles sont attachés les Canadiens et les Québécois? Sont-ce celles des néolibéraux, précisément ceux qui se livrent au pillage de la planète au nom du profit et de la croissance illimitée qui hypothèque maintenant la survie même de l'humanité?
Sont-ce les valeurs des fabricants d'armes qui font des mines antipersonnel sur lesquelles des milliers d'enfants seront déchiquetés, des compagnies pétrolières qui siphonnent systématiquement le pétrole appartenant aux peuples qu'elles exploitent, des trusts pharmaceutiques qui bloquent l'accès à des médicaments anti-VIH dans les pays pauvres? Allez donc en parler à Médecins sans frontières!
Sont-ce les valeurs de Wal-Mart, de McDonald's? De quelles valeurs parlez-vous au juste, M. Dallaire?
Valent-elles la peine qu'on envoie nos fils et nos filles blesser et estropier nos frères humains à l'autre bout de la planète? Combien y a-t-il eu d'enfants blessés et tués en Irak depuis 1991 pour défendre vos valeurs? Je n'ose pas avancer un chiffre tellement c'est effroyable. Vous me direz que l'Afghanistan n'est pas l'Irak. Je vous répondrai que de nombreux experts s'accordent à dire que la mission en Afghanistan n'est plus une mission de paix. La situation s'est détériorée à tout point de vue, il y a encore plus de femmes qui portent la burqa et la culture du pavot n'a jamais été aussi florissante. Alors, que fait-on vraiment en Afghanistan? La cause de cette guerre n'est-elle pas plutôt un enjeu économique stratégique? Ne revient-on pas toujours aux ressources et à leur exploitation, M. Dallaire?
Je vous rappelle qu'il y a deux valeurs qui font consensus au Québec et dont nous avons raison d'être fiers. La première, c'est que les Québécois sont pacifistes. Ils l'ont démontré en étant plus de 250 000 à descendre dans les rues de Montréal pour s'opposer à la participation du Canada, en hiver 2003. Je rends hommage au premier ministre Jean Chrétien qui s'était comporté en véritable chef d'État et qui avait défendu avec honneur la souveraineté canadienne et québécoise en faisant face à George W. Bush et à ses sbires. Nous étions aussi plus de 50 000 personnes à Québec.
La seconde valeur, c'est que les Québécois sont écologistes. Ils l'ont démontré par le vote de l'Assemblée nationale qui a entériné le protocole de Kyoto. Ce fut la première législature au Canada à se prononcer. Voilà des valeurs fondamentales portées par les Québécois. C'est en prêchant par l'exemple qu'on donne aux autres le goût de la démocratie.
Le président sortant de la France, Jacques Chirac, déclarait que la guerre est toujours la pire des solutions. Elle équivaut à un constat d'échec.
M. Dallaire, avec tout le respect que j'ai pour vous, je n'ai point peur des pacifistes. J'en suis moi-même un, comme des millions de citoyens de par le monde qui croient sincèrement qu'on ne fait pas la promotion de la démocratie avec des bombes.
Mes valeurs sont celles de la diplomatie et du dialogue avec les autres. C'est en se parlant qu'on se comprend. Mes valeurs sont celles de l'altermondialisme, du partage de la richesse de la Terre avec nos frères humains et de l'écologisme. Je n'ai pas besoin d'armes à feu pour convaincre les autres du bien-fondé de ces valeurs.
Pour moi, le prix à payer, c'est d'être un peu moins un loup pour l'homme, un peu moins vorace pour nos frères d'ailleurs.
Nous sommes en 2007, M. Dallaire. Les idéologies totalitaires ne risquent plus de nous réduire à l'impuissance ou à nous conduire à l'esclavage comme en 1914 ou en 1939. Du moins, c'est plus difficile. Il y a la télévision. Il y a les médias. Il y a Internet. Les gens sont plus scolarisés. Les communications se répandent à un rythme effarant avec les téléphones portables. Les gens lisent plus. La planète Terre est à l'heure du village global et ce village est constitué de millions d'hommes et de femmes qui souhaitent avant tout fraterniser et construire un autre monde, plus juste et plus équitable. Est-ce possible autrement que par la guerre, M. Dallaire? En tant que pacifiste, je pense que oui!
Denis Julien, Québécois et citoyen du monde, Saint-Apollinaire


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