Irak: le week-end meurtrier cristallise les critiques

Le projet de Bush en Irak est une «cause perdue» selon le New York Times

Proche-Orient : mensonges, désastre et cynisme

Des enfants examinent l'une des deux voitures piégées qui ont fait huit morts, hier, à Bagdad. Photo: Agence Reuters
Washington -- Les violences en Irak ont frappé le coeur de Bagdad hier au lendemain d'un attentat meurtrier ayant fait 150 morts sur un marché du Nord. Ces violences surviennent au moment où le mouvement du leader radical chiite Moqtada Sadr prédit la chute prochaine du gouvernement de Nouri al-Maliki et [où le New York Times (NYT), lui, parle ouvertement d'«une cause perdue».->7593]
Dans un éditorial cinglant, l'influent quotidien américain a plaidé hier pour un retrait dès que possible des soldats américains d'Irak, affirmant que la tentative du président George W. Bush de stabiliser le pays était une «cause perdue».
«Il est temps pour les États-Unis de quitter l'Irak, sans plus de délai qu'il n'en faut pour que le Pentagone organise le retrait», écrit le quotidien dans un éditorial inhabituellement long intitulé «Le chemin du retour».
Le NYT rappelle qu'il avait jusqu'à présent rejeté cette conclusion «dans l'attente d'un signe que le président Bush était sérieusement en train de chercher une solution pour sortir les États-Unis du désastre qu'il avait créé en envahissant l'Irak sans motif suffisant, en dépit de l'opposition mondiale et sans plan de stabilisation».
Mais depuis il est apparu que Bush n'avait «ni la vision ni les moyens» de stabiliser le pays, assure l'éditorial. «Il est effroyablement clair que le projet de M. Bush est de rester sur place aussi longtemps qu'il sera président et ensuite de transmettre le fardeau à son successeur. Quelle que soit la cause qui l'a guidée, elle est perdue», écrit le journal de centre-gauche.
L'armée américaine «ne peut résoudre le problème» et ramener la stabilité dans un pays qui est déjà plongé dans la guerre civile, assure l'influent quotidien. Cette sortie survient alors que l'Irak se remet durement d'un attentat qui a fait 150 morts et 270 blessés samedi dans un marché d'Ermeli, au nord de l'Irak.
Enfonçant le clou, le Washington Post a révélé hier qu'un rapport préliminaire qui doit être remis la semaine prochaine au Congrès fustige l'incapacité du gouvernement irakien à atteindre les objectifs fixés par l'administration Bush en matière de sécurité et de développement politique.
Le Congrès avait fixé 18 objectifs au gouvernement irakien en contrepartie du financement de la guerre. Un rapport final est prévu en septembre pour évaluer l'effet de la nouvelle stratégie et des renforts, mais un rapport préliminaire est annoncé pour les prochains jours.
Selon le Washington Post, le rapport conclut que le nombre de soldats américains tués a fortement augmenté, alors que la violence s'est étendue au-delà de Bagdad et que les divisions politiques et confessionnelles se sont aggravées à travers le pays.
Sur le terrain, les violences se poursuivies hier, cette fois en plein coeur de Bagdad. Deux attentats à la voiture piégée ont fait huit morts et douze blessés, au moment même où le mouvement du leader radical chiite Moqtada Sadr prédit la chute prochaine du gouvernement de Nouri al-Maliki.
La première bombe a explosé près du parc de Hoerreiyah, à l'intersection de la route principale de Karrada, dans un quartier mixte. La seconde explosion a eu lieu quelques minutes plus tard à seulement quelques centaines de mètres de la première, près du restaurant Al-Lami.
Sur le front politique, le mouvement du leader radical chiite irakien Moqtada Sadr a prédit la chute prochaine du gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki. «Le gouvernement Maliki touche à sa fin. Les prochains jours vont le montrer. En ce qui nous concerne [ce gouvernement] est fini, comme il est fini du point de vue de l'occupant», a déclaré hier Ahmed al-Shaibani, un proche de Moqtada Sadr, lors d'une conférence de presse à l'université de Koufa. Des «sources» lui ont indiqué que le soutien des États-Unis au gouvernement Maliki s'effritait.
«M. Maliki est devenu premier ministre de ce gouvernement avec le soutien du mouvement Sadr. Est-il raisonnable que M. Maliki attaque le mouvement Sadr pour apaiser les forces d'occupation?», a-t-il lancé, sans donner de précisions sur ce qui pourrait entraîner la chute du gouvernement en place depuis 2006.
Le dirigeant sadriste réagissait ainsi aux déclarations du premier ministre, qui s'en était pris la veille dans des termes très nets et sans précédent au mouvement sadriste, un ex-allié devenu son principal opposant. «Il n'est pas possible de mettre un pied dans le processus politique et l'autre dans la terreur et la violence», avait déclaré M. Maliki en appelant les leaders sadristes à se démarquer «clairement» des violences s'ils veulent participer au processus politique de réconciliation nationale.
Les propos de M. Maliki sont un «feu vert donné aux troupes d'occupation pour attaquer et annihiler le mouvement Sadr», a affirmé pour sa part le porte-parole de Sadr à Najaf, Salah al-Oubaidi.
Au cours des derniers mois, les forces américaines ont mené plusieurs raids contre les bastions de l'armée du Mahdi de Moqtada Sadr à Bagdad, tandis que l'armée britannique a combattu ces miliciens chiites dans le sud du pays.


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