Contre la régression nominative canadienne-française

Parce qu’elle s’accompagne inévitablement d’un recul politique

D30db5770657dc04f101639f74068c7d

Tribune libre

 


« Une collectivité doit remanier sa mémoire


en fonction des conjonctures qui surviennent ;


on se souvient à partir des défis du présent,


à moins que l’on se serve du passé


comme alibi pour ne pas affronter l’avenir. » 


 


Fernand Dumont, Raisons communes.


 


Avis. — Le présent texte fait suite au débat qui s’est déroulé dans les textes de Normand Bélair :


Canadien-français ou Québécois ?


Canadiens-français ou Québécois... suite


Et d’Éric F. Bouchard :


Du nom de Canadien-Français et de son importance


Du nom de Canadiens-Français et de son importance... suite

 




 


À Gilles Verrier, Éric F. Bouchard et tutti quanti,


Notre identité collective est essentiellement demeurée la même, malgré ses mues nominatives.  La dénomination Canadiens-Français n’est pas méprisable à titre de nom transitoire qui appartient à une époque où notre peuple luttait pour sa survie en tant que groupe humain dont l’identité distincte était gravement menacée par le régime anglais, d’abord britannique, puis canadien-anglais.  Mais vint un temps où les élites dirigées par Maurice Duplessis, Jean Lesage et Daniel Johnson père en particulier prirent conscience que cette situation ne pouvait durer indéfiniment, qu’il fallait réaliser une émancipation globale fondée sur l’édification de l’État du Québec pour assurer la pérennité de notre peuple.  La nouvelle appellation Québécois pour désigner notre peuple est donc apparue naturellement au cours de ce développement.  Si la menace existentielle est devenue grave aujourd’hui, c’est que les nationalistes n’ont mené aucune lutte sérieuse après les référendums sur la souveraineté, se complaisant dans le progressisme idéologique pour tenter de combler leurs dépressions postréférendaires.


Le vrai défi existentiel


La saine équation existentielle est pourtant simple à retenir :


Territoire (le Québec, où nous sommes majoritaires) + État complet (c’est-à-dire souverain) + identité (culture québécoise d’expression française) = indépendance de notre peuple.


Tout le reste est périphérique ou superfétatoire.  Votre fixation sur un nom désuet vous amène à négliger entièrement les deux premières dimensions, et même une bonne partie de la troisième. 


Illusoirement, vous imaginez qu’agiter le nom Canadien-Français comme une crécelle suffira à rallier et mobiliser notre peuple.  Mais dans quel but ?  Faire reconnaître cet ancien nom par un État tronqué (provincial), mais surtout par l’État fédéral dominateur.  Gilles Verrier pousse même l’illusion tragicomique à réclamer le nom volé Canadiens.  À remarquer son oscillation indécise constante entre les termes Canadiens et Canadiens-Français : cela suffit à illustrer le caractère actuellement problématique de ces termes.  En découvrant une règle inconnue des traducteurs selon laquelle les gentilés seraient intraduisibles, il préconise English-Canada pour Canada anglais dans notre langue !  Cette pensée magique — d’envergure, c’est clair ! — aurait, prétend-il, la capacité d’ « annuler les effets de la Conquête » !?!  Logiquement, cette confusion intellectuelle devait l’amener à renoncer à l’indépendance, à troquer notre aspiration à l’affranchissement pour la petite satisfaction d’un statut folklorique, celui d’un débris de peuple.  Alors que nous avons amplement les moyens de devenir un peuple doté d’un État-nation complet nous assurant une place dans le concert des nations, notamment comme État membre des Nations unies.


J’insiste : l’équation Territoire + État + identité = indépendance correspond au statut de peuple normal ou adulte, comme l’a évoqué Normand Bélair.  Aussi, je m’étonne que l’on ait pu qualifier le Canada de normal alors que sa stato-amanchure multiculturelle et multiconfessionnelle déliquescente se revendique elle-même comme étant celle d’un pays postnational.  Le Canada devenu angloïde, ce laboratoire dirigé par des apprentis sorciers anti-identitaires sous couvert de représenter toutes les cultures, s’il plaît aux mondialistes soucieux d’établir l’Homo economicus comme horizon indépassable d’une humanité transformée en consommateurs zombifiés, n’a pas d’avenir… parce qu’il n’a pas de passé authentique.  C’est un néant dont il faut s’éloigner comme celui d’un trou noir.


En croyant vous démarquer dans le Canada fédéral avec l’ethnonyme Canadiens-Français, vous participez vous-mêmes au jeu de la diversité antagonique organisé et entretenu par les fédéraux pervers.  Alors qu’il suffit d’énoncer et d’imposer légitimement que tous les immigrants sans exception doivent s’assimiler à notre peuple.  Sachant fort bien que l’avènement de l’indépendance fera fuir pacifiquement, c’est-à-dire sans qu’on les retienne, les minoritaires récalcitrants qui la refuseront.  Il faut donc concentrer notre énergie sur l’accession à l’indépendance. 


Seule l’indépendance du Québec (oui, oui, ce nom d’origine amérindienne qui signifie « passage étroit », racine que Gilles Verrier ne sait jamais voir ni entendre) nous permettra de mettre fin à l’invasion migratoire avec une politique de l’immigration complète et rigoureuse en ce qui concerne les critères de sélection et de nombre, accompagnée d’une politique nataliste comme celle de la Hongrie.  Et à adopter toutes les politiques globales que seul un État national affranchi a la capacité de mettre en œuvre. 


C’est le statut de province dirigée par des fédéralistes qui trudeauise le peuple québécois.  Et non, à Canadiens-Français, je ne préfère pas l’expression provincialiste « Québécois francophones », qui serait aussi redondante que de parler des « Allemands germanophones »… sous prétexte qu’il existe une communauté turque en Allemagne.  Plutôt que de chercher à supprimer l’ « imposant reflet [du fédéral] dans l’État du Québec », ce qui correspond à prendre l’ombre pour la proie, il faut bouter le pouvoir fédéral hors du Québec avec l’appui du peuple québécois en menant dès maintenant des luttes politiques qui conduiront à l’indépendance.  (On peut trouver des suggestions de telles luttes dans « Enjeux existentiels majeurs ».)  Mais pour cela, il faut que les nationalistes abandonnent la politique inféconde des sempiternelles lamentations pour redéployer la farouche volonté de vaincre issue de notre héroïque Nouvelle-France exemplaire.


Le révisionnisme historique comme béquille idéologique


Éric F. Bouchard ne se gêne pas pour se livrer à du révisionnisme impénitent en écartant allègrement les faits qui ne correspondent pas aux préconceptions de son idéologie nominative.  Il récidive dans son dernier article en se concentrant encore sur des traces minimes de l’ethnonyme Canadiens-Français du 18e siècle pour le survaloriser, tout en le reliant abusivement à celui inversé de Français-Canadiens d’emploi tout aussi rare pendant le siècle précédent.  Il sait pourtant très bien que ce sont les termes Français puis Canadiens qui furent couramment utilisés, et non la double forme Français-Canadiens.  Ainsi, il ignore volontairement l’étude de de Gervais Carpin (Université Laval, 1995, 124 p.) : Histoire d’un mot : l’ethnonyme Canadien de 1535 à 1691, qui décrit en détail cette évolution terminologique.  Le comportement obstiné de M. Bouchard s’apparente à la dérive de dirigeants religieux qui prétendent détenir la vérité exclusive, consistant à hypertrophier un élément mineur, soit positivement ou négativement, c’est-à-dire en le fétichisant ou le tabouisant, pour en faire un dogme indiscutable afin d’imposer à autrui leur autorité personnelle.


Un faux débat lancinant


À l’invitation de l’animateur Gilles Verrier, j’avais participé à la discussion du groupe Facebook intitulé « La Fédération des Canadiens-Français », un nom prémonitoire de la future position constitutionnelle du susnommé.  Les interminables discussions s’avérèrent inutiles : mes opposants étaient tout à fait incapables de prêter attention à des arguments cherchant à élargir le débat au-delà d’un cadre étroitement nominatif.  Même après une longue discussion où un interlocuteur finit par admettre que le nom n’était pas primordial, il conclut néanmoins… en réitérant l’argument du nom Canadiens-Français.  Cet interlocuteur anonyme crispé sur ce nom désuet, qui s’était doté vaniteusement du nom de chevalier, fut donc qualifié de « sabre dialectique » par Gilles Verrier.  Risible, plutôt que pitoyable.  Tout penseur lucide sait bien que la stricte dialectique sert à prouver une chose… et son contraire.  Après cette performance solipsiste du Sabre rouillé et ébréché, je mis fin à ma participation à ce groupe chronophage manifestement devenu sectaire.


La mise en garde de Fernand Dumont


Rappelons que l’essai Raisons communes parut au début de 1995, le référendum pointant à l’horizon.  Fernand Dumont y dialoguait fictivement avec Pierre Elliott Trudeau pour lui reprocher l’universalisme superficiel qui guidait sa conception du Canada.  Et aussi pour mettre en garde les Québécois de ne pas continuer de reproduire, dans un esprit gestionnaire, la même aliénation abstraite avec l’État québécois en le séparant lui aussi de la culture historique du notre peuple.  Sur ce point, il avait grandement raison. 


Toutefois, la conception dumontienne négative de l’État-nation du Québec découlait de sa perspective essentiellement sociologique.  Précisément, Dumont errait lui-même en estimant que la présence de minorités empêchait de reconnaître son statut étatique à la nation québécoise.  Ainsi, il donnait inconsciemment raison à la ligne du traître Pierre Elliott qui avait déclaré antérieurement à l’époque du premier référendum sur la souveraineté que René Lévesque ne pouvait prétendre représenter seulement les Canadiens-Français, pas plus que lui-même, seulement les Canadiens-Anglais.  Bref, le brouillage de la réalité pour maintenir le statu quo en faveur de la domination de l’élément anglais.  Sauf que l’on trouve des minorités dans la majorité des pays du monde.  Or, un État-nation ou un pays normal ne se définit pas par ses minorités, mais par sa majorité.  N’étant pas un acteur politique, Dumont n’a pas développé une doctrine et une stratégie politiques pouvant conduire à la libération du peuple québécois. 


Malheureusement, une partie des nationalistes — surtout de gauche — est tombée dans le piège de la culpabilisation postréférendaire, dont l’ampleur fut longuement analysée par Mathieu Bock-Côté sous le concept « dénationalisation ».  Tout indépendantiste qu’il fut, Fernand Dumont n’avait pas prévu l’autre piège, celui de la régression des nationalistes identitaires passifs aspirant à un retour au passé comme s’il s’agissait de revenir au sein du cocon maternel.  Ceux auxquels je m’adresse ici sont pris dans le piège de la régression identitaire avec la désagrégation de l’État du Québec à la clé, puisqu’ils n’ont plus de ressort pour lutter contre l’État fédéral.  Gilles Verrier est ainsi tombé dans la trappe de ce piège : le renoncement à l’indépendance.  Une double aliénation.


En finir avec les débats voulus et encadrés par nos ennemis fédéraux


Certes, la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec (loi 99) votée par l’Assemblée nationale en conséquence de l’avis de la Cour suprême du Canada concernant le Renvoi relatif à la sécession du Québec, reconnaît 11 nations amérindiennes et une communauté d’expression anglaise.


Toutefois, cette loi ne reconnaît qu’un seul État.  Par son nombre, seul le peuple québécois s’étend sur l’ensemble du territoire de l’État du Québec.  Les nations amérindiennes aux effectifs peu nombreux sont dispersées sur le territoire québécois et ne représentent pas une menace pour le peuple québécois. 


D’ailleurs, les Amérindiens n’ont pas le même rapport au territoire que les Blancs : nous pouvons donc négocier avec eux, de nation à nation, une superposition territoriale qui respecte l’intégrité de notre territoire national.  Cela est réalisable parce que nous possédons une tradition mutuelle de rapports pacifiques avec la majorité d’entre eux. 


Par ailleurs, la loi 99 n’est qu’un embryon constitutionnel provisoire.  On devra intégrer le principe de la nation québécoise lors de la rédaction d’une constitution d’un Québec indépendant.  Nous aurons alors notre État-nation, qui sera naturellement unique.  Et cela n’empêchera pas le maintien de la reconnaissance des nations amérindiennes. 


Quant au statut de la communauté d’expression anglaise, s’il doit exister, il devrait être négocié après l’indépendance, avec la coopération du peuple acadien et des collectivités francophones du Canada comme levier.  Sinon, on doit envisager un transfert de populations.  Tout cela s’appelle développer un rapport de forces.


Les autres minorités ont indubitablement vocation à s’assimiler à la majorité québécoise.  En particulier, on ne doit rien reconnaître aux revendications collectives des minoritaires pleurnichards qui rejettent la nation québécoise.  Le Québec ne leur plaît pas ?  Qu’ils migrent ailleurs, nous fichant ainsi la paix.  Pas de souci, on ne leur niera pas ce droit civique individuel.


Conclusion


Mais voilà que les idéologues protagonistes de l’ineptie nominative au point de sombrer dans la passivité politique — qui ne peuvent donc que chercher à plomber la volonté émancipatrice de notre peuple — sévissent en toute mauvaise foi ici également, sur le site de Vigile Québec.  Surtout ceux qui sont forts, s’imaginent-ils, de leur nouvelle position politique anti-indépendantiste. 


Je fais remarquer que la politique éditoriale de Vigile Québec admet la différence d’opinions, mais pas le rejet de l’objectif de l’indépendance du Québec.  La liberté collective d’un peuple est intrinsèque ; en cela, les renoncements sont inadmissibles.  Objectivement, les capitulards nominatifs sont des ennemis à l’intérieur de nos murs.

 


Featured 2706cabd406f1f4d2565c11b24a56570

Marc Labelle47 articles

  • 42 334

Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





Laissez un commentaire



8 commentaires

  • Marc Labelle Répondre

    10 décembre 2021


    Monsieur Huard,


    Votre invitation soulève un des défis primordiaux du peuple québécois en suggérant le dialogue entre les gens de la capitale ou hors métropole et ceux de Montréal.  Toutefois, c’est la responsabilité de tous les patriotes de participer à ce dialogue, chacun à sa façon et selon sa situation.  Étant donné votre esprit volontaire, je suis convaincu que vous saurez vous aussi participer à ce dialogue, en y consacrant les efforts requis, puisque je présume que vous souhaitez que notre peuple parvienne à l’indépendance.


    Il ne faut surtout pas sombrer dans l’illusion identitaire et politique en se trompant d’ennemi : c’est le régime canadien qui cherche à détruire le peuple québécois par l’immigration massive.  Le premier chef du Parti québécois René Lévesque n’hésitait pas à dénoncer avec virulence la noyade migratoire organisée par Ottawa.  Le gouvernement fédéral a donc intérêt à maintenir à Québec une succursale de lui-même, soit un État provincial, c’est-à-dire tronqué.


    Les nationalistes de la région de la capitale ou hors métropole votent surtout pour les conservateurs au fédéral et les caquistes au provincial, mais voteront peut-être aussi pour les conservateurs lors de l’élection générale provinciale de 2022.  Dans la région de Montréal, les francophones votent surtout pour les bloquistes au fédéral, mais sont partagés entre les péquistes, les qsistes et les caquistes au provincial.


    Il est donc essentiel de se rendre compte de la nature des deux pôles qui animent le peuple québécois : le traditionalisme à Québec et le réformisme à Montréal.  On a constaté ce phénomène lors de la Révolte des patriotes en 1837-1838.  La vieille rivalité Québec-Montréal remonte en fait à l’époque de la Nouvelle-France.


    Il faudra donc que les tenants des deux pôles arrivent à établir une entente minimale pour sauver le peuple québécois.  Nous devrions imiter le grand personnage qui inspire le candidat présidentiel Éric Zemmour, nul autre que Napoléon : il affirmait assumer toute l’histoire de France, des rois au Comité de salut public. 


    Cela signifie qu’il y a des éléments de toutes époques ou tous régimes politiques qu’il faut savoir utiliser comme ressorts pour relever les défis d’aujourd’hui et se projeter dans l’avenir.  Il est infécond de juger totalement obscure ou lumineuse quelque période historique que ce soit.  On peut certes avoir des préférences selon notre sensibilité politique, mais nous devons tirer parti de tout.  D’ailleurs, c’est un beau paradoxe de la vie qu’elle sache rebondir alors qu’on ne l’attendait plus dans une situation apparemment sans issue…

     


  • Guy Huard Répondre

    10 décembre 2021


    Monsieur Labelle, au vu de votre passion contagieuse pour l'action politique, je vais vous faire une suggestion pour augmenter le vote en faveur de l'indépendance, la démographie changeante en faisant une urgence. Pour compenser l'évolution de la carte politique du Grand Montréal du bleu vers le rouge, il faut aller chercher ailleurs, dans le coeur du Québec conservateur, les votes des Québécois de souche réfractaires. Il faut amener ces gens à Montréal et le leur faire visiter. Les retraités -  qui votent -  aiment bien les petits voyages organisés. Une fin de semaine à visiter le centre-ville et les centres d'achat de quartiers anciennement francophones de Montréal devrait les éclairer. Expliquez-moi commenr personne au PQ en 40 ans n'y a pas songé.


  • Marc Labelle Répondre

    9 décembre 2021


    Monsieur Verrier,


    C’est typique : lorsque vous êtes embourbé dans une discussion, vous vous lancez dans un boniment interminable pour essayer de noyer le poisson.  Les lecteurs qui me connaissent par mes articles (près d’une cinquantaine) publiés sur Vigile Québec depuis de nombreuses années auront remarqué que votre propos n’est qu’une enfilade de mauvaises interprétations de mes positions cohérentes.


    Il me suffira de dire ici que vous êtes tombé bien bas pour accuser les Québécois de jalousie concernant les privilèges éhontés de l’Université McGill, lorsque l’on sait que près du tiers des subventions provinciales et fédérales combinées servent à entretenir les universités de la communauté anglaise (9 % de la population au dernier recensement).  Vous en êtes rendu à ce point dans votre haine du Québec ?  Je vous plains.  Allez, encore un petit effort, et vous allez nous traiter de nazis.



  • Gilles Verrier Répondre

    8 décembre 2021


    La conclusion de Marc Labelle ( mes carctères gras ) :



    « Mais voilà que les idéologues protagonistes de l’ineptie nominative au point de sombrer dans la passivité politique — qui ne peuvent donc que chercher à plomber la volonté émancipatrice de notre peuple — sévissent en toute mauvaise foi ici également, sur le site de Vigile Québec.  Surtout ceux qui sont forts, s’imaginent-ils, de leur nouvelle position politique anti-indépendantiste.  


    Je fais remarquer que la politique éditoriale de Vigile Québec admet la différence d’opinions, mais pas le rejet de l’objectif de l’indépendance du Québec.  La liberté collective d’un peuple est intrinsèque ; en cela, les renoncements sont inadmissibles.  Objectivement, les capitulards nominatifs sont des ennemis à l’intérieur de nos murs.



    J'ignore si vous vous êtes bien relu avant d'écrire des propos aussi sévères. En attendant de savoir ce que vos collègues de l'équipe éditoriale feront de votre proposition, je vais essayer de faire passer ce qui sera putativement une dernière intervention (?) sur ce site que je fréquente depuis 1999, et pour lequel j'éprouve un certain attachement, ayant contribué à le tirer d'une mort certaine à ses débuts, alors que son fondateur Bernard Frappier y dépensait toutes ses forces.  


    Votre ferveur indépendantiste est bien palpable. Et votre irritation à l'emploi d'un nom que nos prédécesseurs dans leurs tribulations nationales ont tous utilisé, longtemps et sans exception, comme marque de leur identité ne l'est pas moins. Il semble qu'une certaine répulsion envers notre passé continue de marquer bien des esprits sortis de la révolution tranquille.


    Ce qui frappe dans vos propos, qui, faute d'une fidélité au passé, pourrait être au moins une assumation raisonnée de celui-ci, ce sont les relents d'un nationalisme dont les accents ne sont pas sans rappeler les années 1960 et suivantes. Vous semblez avoir complètement manqué la crise du souverainisme / indépendantisme dans laquelle nous sommes plongés. Vous semblez totalement ignorer un déclin national qui va en s'accélérant et qui met notre existence en péril.


    Il n'y a pas si longtemps, au cours d'une conversation amicale vous m'aviez rappelé le nombre d'électeurs qui avaient voté en votre faveur, vous, candidat indépendantiste aux dernières élections provinciales et, ma foi, leur nombre, de même que celui du Parti indépendantiste au complet, était loin d'être annonciateur d'une indépendance prochaine. En revanche, aux élections de 1966, le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et le Rassemblement national (RN), les deux seuls partis importants à avoir proposé l'indépendance à ce jour, il y a plus de cinquante ans, avaient fait un score combiné de près de 10%. Un résultat qui était de fort bon augure pour l'avenir. Mais que s'est-il donc passé, M. Labelle ? 


    C'est là qu'il manque visiblement des bouts dans une analyse qui tourne les coins ronds et se justifie en rappelant des éléments d'une doctrine générale soutenus par des pétitions de principe. C'est surtout une analyse qui justifie par tous les moyens imaginables d'empêcher la réappropriation de notre identité nationale propre de Canadiens-Français, alors que l'identité québécoise nous a tout simplement glissé entre les mains. 


    Rassurez-vous, je n'ai rien contre votre indépendantisme inconditionnel et militant, mais je trouve qu'il manque une deuxième partie à votre texte pour le rendre parfaitement convainquant. Cette deuxième partie devrait nous livrer une analyse concrète de la situation concrète, nous parler du rapport des forces en présence, idéalement chiffré, qui, selon vous, rend encore l'indépendance accessible et le seul objectif qui vaille pour des lendemains qui chantent. Car vous n'êtes pas loin de suspendre à une future indépendance tout redressement, tout sursaut national, toute possibilité de continuer d'exister... Mais comment comptez-vous l'atteindre ? Quand (des dates !) ? Avec qui ? 


    Si vous pouvez faire ça, vous feriez ce que le PQ a toujours été incapable de faire, un défi auquel il ne s'attaque même pas. Car, semble-t-il, au-delà de réclamer l'indépendance, personne ne semble en mesure d'en prouver la faisabilité par a + b. C'est bien le regretté Richard Le Hir (ministre du gouvernement Parizeau) qui rappelait qu'au cours de la campagne référendaire de 1995, on pouvait compter sur les doigts de la main les minstres et députés qui soutenaient fermement leur chef. Et après la défaite de 1995, personne du PQ n'a voulu lever le petit doigt pour combattre la propagande des commandites orchestrée par le gouvernement fédéral. C'est grâce à une petite initiative qui a pour nom Vigile que les commandites ont commencé à être dénoncées et la scandaleuse passivité du PQ interpelée. Alors, tout ce que je vous demande dans un deuxième volet c'est d'identifier les soldats qui sont avec vous, et ces masses résolues qui rendent toujours l'indépendance imminente et le seul combat qui vaille. 


    En attendant votre réponse, je vais continuer de penser que peu importe les mots d'indignation qui fusent en opposition aux largesses du gouvernement Legault en faveur de l'Université McGill, j'estimerai que cette indignation n'a pas de base politique et qu'elle est uniquement inspirée par une sorte de jalousie. En effet, ceux qui lancent des gros mots à Legault devraient plutôt se rappeler que nous sommes tous Québécois, ( j'ai bon ? ) et que l'Université McGill n'est pas moins québécoise que l'Université de Montréal. En donnant à McGill, Legault donne aux Québécois.







  • Éric F. Bouchard Répondre

    7 décembre 2021


    Vous aurez beau vous choquer tout rouge contre la réalité de la québécitude, rien ne changera. De par ses lois constitutives, l’État du Québec sert un peuple formé de francophones et d’anglophones, ces derniers aux droits consacrés, un peuple où sont soutenues les Premières Nations et les communautés qui enrichissent toujours plus la diversité culturelle québécoise.


    En cela, Québec suit fidèlement, depuis 50 ans, la même ligne qu’Ottawa et avec le même résultat : l’anglicisation rapide des jeunes Canadiens-Français. Et pour cause, la québécitude intériorise en nous la supériorité coloniale et économico-culturelle anglo-saxonne en nous faisant partager avec la « communauté québécoise d’expression anglaise » une même identité. En clair, si autrefois la plus ancienne et la prestigieuse université canadienne-française était Laval, aujourd’hui, la plus ancienne et la plus réputée des universités québécoises est McGill. Ne cherchez pas ailleurs l’attrait qu’exercent l’anglais et les institutions anglophones sur la population québécoise.


    Mais qu’importe une réalité alarmante, puisque qu’être Québécois ce ne fut jamais que de se payer de mots et d’illusions. Et ce qui compte d'abord est de préserver ses illusions, n’est-il pas?


    • Guy Huard Répondre

      10 décembre 2021


      En effet, et on est toujours victime de ses illusions. Parce qu'agir en se basant sur ses illusions c'est ignorer la réalité. et donc gaspiller ses énergies Pour connaître cette réalité, il faut la chercher, un exercice auquel beaucoup répugnent. Trop de choses à remettre en question.


  • Henri Marineau Répondre

    7 décembre 2021


    C'est ce que j'appelle "remettre les deux yeux vis--à-vis des trous".


    Bravo, M. Labelle!


  • Normand Bélair Répondre

    7 décembre 2021


    Je lève mon chapeau, tellement bien expliqué et écrit. La logique et le cœur au centre de ce texte. On ne peut pas tourner le dos à ce nominatif Québécois. Nous en sommes rendus là et il reste la plus grosse bataille à venir face à notre grande chance de devenir minoritaire même ici au Québec, là où tout a commencé.


    Il faut cesser de ressasser le passé à l'infini pour tenter de trouver une gloire fictive quand il y a tant à faire dans les mois et les années à venir. C’est dans cette direction que l’action collective doit compter.


    Merci ,


    Normand Bélair