Écoles privées juives

Charest isolé - la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys fait volte-face

Écoles privées juives

mercredi 19 janvier 2005
--------------------------------------------------------------------------------
La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a isolé encore davantage le gouvernement Charest hier soir en renversant, contre toute attente, sa décision de participer aux échanges interculturels avec cinq écoles juives dans le cadre d'une entente controversée mise en place par Québec.
Et ce, en dépit de l'affirmation faite plus tôt dans la journée par le premier ministre Jean Charest qui a annoncé que Québec n'avait pas l'intention de revenir sur sa décision de financer à 100% les cinq écoles confessionnelles visées par l'entente.
En fin d'après-midi, déjà des sources libérales avaient indiqué à LaPresse qu'après la sortie de M. Charest, le verdict des commissaires de Marguerite-Bourgeoys allait changer la donne. Cette commission avait été partagée au moment de donner le feu vert à cette entente en décembre -trois des cinq écoles juives privées subventionnées à 100% avaient des ententes avec Marguerite-Bourgeoys.
Des sources dans les commissions scolaires confiaient hier qu'une fois l'entente devenue caduque, aucune commission publique n'oserait se porter volontaire, compte tenu de la controverse soulevée. Dans l'autre commission scolaire, LesterB. Pearson, le président de la Commission, Marcus Tabachnick, a soutenu hier soir ne pas voir de raison de se retirer du contrat signé avec deux écoles juives.
En conférence de presse, le premier ministre Charest a non seulement refusé de revenir sur sa décision concernant le financement des écoles juives privées, mais il a aussi balayé du revers de la main les allégations voulant que cette annonce ait un lien avec l'argent remis par la communauté juive pour renflouer les coffres du Parti libéral.
«Il n'y a aucun lien entre le financement politique et la décision qu'a prise le gouvernement du Québec, a assuré Jean Charest hier, lors d'un point de presse à Montréal. Il n'y a jamais eu aucun lien; il n'y en a pas dans aucun dossier du gouvernement.»
Bien que cette annonce ait suscité de vives réactions autant du côté de l'opposition que dans les milieux scolaires, qui exhortent le gouvernement Charest à faire marche arrière tout en l'accusant d'avoir agi sans les consulter, le premier ministre assure qu'elle a été prise conformément à la Loi sur l'instruction publique qui donne tous les pouvoirs nécessaires au ministre de l'Éducation pour trancher dans ce dossier.
Cette décision de hausser le financement des écoles privées juives, annoncée le 7 décembre lors de l'inauguration de la bibliothèque de l'école Talmud Torahs Unis, reconstruite après un incendie criminel, ne relevait que de lui, soulignait hier le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, en entrevue à LaPresse.
Elle a été prise à l'issue d'un processus public, assure-t-on au Parti libéral. En effet, l'automne dernier, la commission scolaire Lester B. Pearson et la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys ont pris la décision d'entériner une entente d'école associée avec les établissements juifs. Pour recevoir 100% de la subvention donnée au public, ces écoles juives doivent s'associer à une commission scolaire. À la suite de cet accord, le ministre Reid a donné son aval et a décidé d'accorder 10 millions à ces écoles.
M. Reid explique que cette décision n'avait pas à être amenée au Conseil des ministres. «Ce statut d'école associée peut être attribué sur décision du ministre. Il n'y a pas besoin d'approbation de quoi que ce soit d'autre, incluant le Conseil du Trésor», a-t-il dit.
Dans ce cas, les 10 millions supplémentaires ont été approuvés par le Conseil du Trésor, a-t-il souligné. «J'en ai parlé à plusieurs de mes collègues et au premier ministre.»
Le ministre Reid a toutefois souligné que cette décision controversée pouvait être revue après une évaluation en juin prochain. «Donnons-nous une chance de voir ce que cela donne, après on verra», a-t-il dit.
L'intégration culturelle
En déliant les cordons de sa bourse pour financer les écoles privées juives, le premier ministre Charest se défend bien d'avoir créé un précédent qui inciterait d'autres établissements privés à demander davantage de subventions. «On va les prendre (les demandes) au cas par cas comme on l'a fait pour la communauté juive et on va examiner les conditions dans lesquelles tout ça se fait, dit-il. On va le faire de façon à ce qu'on puisse agir équitablement.»
Mais pourquoi faire de ces écoles juives des établissements associés? «L'objectif poursuivi, c'est l'intégration de tous les citoyens du Québec à la communauté québécoise, mentionne Jean Charest. Et ce que la loi prévoit, c'est la possibilité de créer un statut d'école associée qui nous permet un contrat d'intégration avec les institutions qui touchent directement la vie des élèves et des communautés.»
Il a par ailleurs précisé que cette intégration se ferait «de façon progressive». «Alors, ça ne veut pas dire qu'on envoie 10 millions demain.»
Le PQ demande la démission de Reid
Malgré tout le vent de protestation suscité par cette annonce, Jean Charest a réitéré tout son appui au ministre Reid en assurant qu'il était fier des décisions prises. Or, le Parti québécois, qui demande au gouvernement d'abandonner son projet, estime que le ministre de l'Éducation devrait être démis de ses fonctions.
«Je crois que le premier ministre devrait lui retirer sa responsabilité comme ministre de l'Éducation», a déclaré la députée péquiste Pauline Marois, lors d'un point de presse hier en compagnie du chef du PQ, Bernard Landry.
Outre sa décision dans le dossier des écoles juives, Mme Marois estime que le ministre multiplie les annonces contestées, notamment en ce qui concerne la transformation de 103 millions de bourses en prêts.
Concernant l'argent consenti aux écoles juives, elle a également ajouté que Pierre Reid se retrouvera dans une position plutôt inconfortable lorsque les écoles publiques demanderont elles aussi leur part du gâteau. «Que répondra-t-il aux écoles publiques qui vivent des difficultés financières majeures, quand celles-ci lui demanderont d'ajouter du financement, alors qu'il aura mis 10 millions pour soutenir des écoles privées, sans leur demander de respecter les règles prévues pour l'école publique?» dit-elle.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé