Changement de décor

Les Nicaraguayens, on le voit, n’ont pas tant à nous envier

Tribune libre 2009

Accueillie dans un excellent français à l’aéroport, en espagnol à l’hôtel,
il fallait bien que le premier crétin venu à lancer un jovial «Good
morning!» soit québécois…
Le Nicaragua est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. Occupé
par les Américains, meurtri par une guerre civile et un tremblement de
terre ayant causé la mort de milliers de personnes, il se distingue par
ses paysages de cannes à sucre, ses volcans, ses lagunes, ses montagnes et
ses cordes où sèche le linge lavé à la main avec l’eau tirée des puits. La
machine à laver est un luxe que jusqu’au médecin du village de pêcheurs de
Masachapa ne peut s’offrir. Pas de poussettes, de poubelles à couches, de
tables à langer, de BMW, de bidets, de pitous et de minous de compagnie,
pas même parfois de chaussures pour aller à l’école.
Bien que l’anglais soit enseigné au Nicaragua comme langue seconde, le
taux élevé d’analphabétisme et le fait que peu de jeunes gens entreprennent
des études supérieures font en sorte que rares sont les Nicaraguayens qui
le parlent. Mais, puisque la majorité des Québécois qui choisissent le
Nicaragua comme destination voyage ne se donnent pas la peine d’apprendre
quelques rudiments d’espagnol et s’adressent à leurs hôtes en anglais,
ceux-ci persuadés qu’ils sont que l’anglais est la langue du Québec, se
plient à la gymnastique de la mémorisation de mots-clés pour un fort
discordant échange d’espanglais.
Lorsque, cependant, on aborde les Nicaraguayens dans leur langue, ils en
sont émus et reconnaissants. Ils nous ouvrent leurs bras, leur cœur, leur
maison.
Étant donné qu’ils ne sentent pas leur langue menacée, ils ne voient pas
d’inconvénient à ce que les dépanneurs ON THE RUN conservent leur nom. De
toute manière, à part l’élite, qui a les moyens d’y mettre les pieds? Une
femme de chambre gagne $5 par jour et en travaille six par semaine. Un
professeur reçoit entre $150 et $200 par mois, soit l’équivalent d’un
salaire de jardinier. Pour avoir de l’argent et le dépenser, autant que
possible avec ostentation, il faut être avocat, député, ou dirigeant
d’entreprise.
Les villas ne sont pas légion. Près de la moitié de la population vit dans
des bidonvilles. Les maisons y sont construites à partir de matériaux
trouvés ou procurés au fil des ans: tôle, tôle rouillée, bois, branches,
bâches en plastique, journaux. Des ordures partout, triées par les cochons,
les recycleurs par défaut, ou par les éboueurs qui les transportent en
charrette d’un lieu à un autre. On imagine, pour ces familles, le bonheur
d’un 1er juillet québécois avec ses divans, fauteuils, chaises, lampes,
frigos, laveuses, sécheuses, télés, matelas, tables, livrés aux trottoirs.
Au Nicaragua, «gaspiller» n’est pas un verbe conjugué.
Qu’est-que qui rend les Nicaraguayens si attachants qu’il nous coûte de
les quitter?
Leur fierté, leur ingéniosité, leur gentillesse, l’absence d’agressivité
même chez les chauffeurs ralentis par un troupeau de vaches, leur sourire,
leur simplicité, l’entraide qu’ils manifestent les uns envers les autres.
Les Nicaraguayens, on le voit, n’ont pas tant à nous envier.
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Caroline Moreno476 articles

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Château de banlieue

Mieux vaut en rire que d'en pleurer !


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