Cette année à Jérusalem...

2005


mardi 11 janvier 2005
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Le Canada a joué un rôle historique dans la création de deux États - l'un arabe, l'autre juif - en Palestine. Il a maintenant la responsabilité de rendre la solution, imaginée par un juge de la Cour suprême du Canada, viable. Paul Martin osera-t-il ?
La plupart des Canadiens ont oublié que c'est le juge canadien Ivan Rand qui écrivit la résolution 181 des Nations unies prévoyant la partition de la Palestine en deux États regroupés dans une union douanière, et un mandat international d'au moins 10 ans sur les agglomérations de Jérusalem et Bethléem - les lieux saints. Le sous-ministre des Affaires étrangères de l'époque, Lester Pearson, futur Prix Nobel de la paix et premier ministre du Canada, assura son adoption le 29 novembre 1947.
"Il faut revenir à l'esprit de la résolution 181", me disait la semaine dernière le sénateur Marcel Prud'homme, le parlementaire le plus versé dans cette question. On en est loin, malheureusement : États arabes voisins d'Israël, et l'État hébreu lui-même, n'ont cessé de nous en éloigner, souvent avec la complicité du gouvernement du Canada.
L'élection du successeur d'Arafat - Mahmoud Abbas - à la tête de l'Autorité palestinienne, quoique par une majorité un peu décevante de 62,3 % des suffrages exprimés puisqu'il n'avait pas d'adversaire sérieux, a été saluée comme un premier pas réussi vers l'établissement de la paix dans la région.
À 69 ans, Abbas risque d'être perçu comme un chef intérimaire. Mais il ne faudrait pas que son échec prépare la venue d'un autre Arafat... "Il y a des milliers d'Arafat parmi les enfants de l'Intifada", dit fort justement Marcel Prud'homme. "Il faut être deux pour danser le tango", disait hier le porte-parole du premier ministre Ariel Sharon. Il ne pensait sûrement pas que, dans l'esprit de bien des observateurs, le mauvais danseur est l'État d'Israël lui-même. On ne reviendra pas sur l'idée, souvent avancée, que cette paix exigera le départ et d'Arafat et de Sharon - il appartient aux Israéliens eux-mêmes de disposer du deuxième terme de l'équation. On peut seulement espérer que l'alliance avec les travaillistes de Shimon Peres, entérinée hier par la Knesset, rapprochera l'État hébreu de l'esprit de la résolution 181.
Si Mahmoud Abbas est désormais chef de "l'Autorité" palestinienne, et non de "l'État" palestinien, c'est qu'il hérite d'une parodie de pays, une sorte de mosaïque dont l'absurdité a été illustrée, ce week-end, par le déroulement des élections. Par exemple, les Palestiniens vivant dans la partie arabe de Jérusalem ne jouissaient pas de leurs droits démocratiques. Pire encore, ils subissaient l'humiliation de voter devant des scrutateurs israéliens. L'occupation de Jérusalem-Est est, bien sûr, en contradiction avec la lettre même de la résolution 181.
Il est possible que les frontières envisagées pour les deux États en 1947 ne correspondent plus tout à fait à la réalité d'aujourd'hui. La frontière actuelle, délimitée par des guerres successives, est peut-être à redessiner. Ce qui compte, c'est que les Nations unies réclament la création de deux États souverains, et non d'un seul État occupant le territoire de l'autre comme c'est le cas actuellement..
Il fut une époque - Pierre Trudeau - où le gouvernement du Canada condamnait, dans les sommets internationaux, les attaques de l'armée israélienne contre les populations civiles palestiniennes. Il fut un autre temps - Brian Mulroney - où le gouvernement du Canada condamnait la destruction des logements et des commerces palestiniens.
Aujourd'hui - et comprendre depuis Jean Chrétien dont les principaux conseillers politiques étaient juifs et dévoués à la cause d'Israël - , le Canada ne proteste même plus contre les colonies de peuplement, pourtant condamnées par les Nations unies. Aujourd'hui encore - et comprendre un Paul Martin très sensible au lobby pro-israélien de ministres influents - le Canada n'ose même plus protester contre la construction de cette sorte de mur de Berlin, condamnée elle aussi par les Nations unies.
Disons-le carrément, pour reprendre le mot du porte-parole du gouvernement israélien, "il faut être deux pour se livrer au terrorisme..." Mahmoud Abbas a autant de responsabilité de mettre fin aux attentats qu'Ariel Sharon de stopper les agressions armées en territoire palestinien.
Quant aux gouvernements du Canada, qui n'ont cessé de trahir les généreuses intentions de Lester Pearson, ils ont progressivement perdu toute crédibilité au Moyen-Orient. Ils n'y jouent plus qu'un rôle d'État satellite des États-Unis. Marcel Prud'homme le dit : "Le Canada ne jouera le rôle que les États-Unis voudront bien qu'il joue..."
Devant ce constat d'impuissance, le sénateur se résout à n'envisager le salut de la région que par les États-Unis. George W. Bush, suggère Marcel Prud'homme, avec l'appui des quatre anciens présidents pour donner plus de poids à sa résolution, devrait favoriser l'établissement d'un véritable État palestinien, et affirmer en même temps que toute agression contre Israël sera considérée comme une attaque contre les États-Unis.
Il ne servirait à rien de reprocher au nouveau leader palestinien de rester fidèle à la résolution 181 que le Canada a proposée et fait adopter aux Nations unies. Abbas se situe dans la logique du juge Ivan Rand et de Lester Pearson en réclamant pour son peuple la Cisjordanie, en plus de la bande de Gaza - et sans ces véritables tumeurs que sont les colonies juives de peuplement - , et en continuant de revendiquer, pour capitale, la partie orientale de Jérusalem. (On dira que ce n'est pas exactement ce qu'envisageait la résolution de 1947. Mais cette même résolution n'a jamais encouragé l'État hébreu à l'annexer !)
L'élection d'un nouveau leader palestinien prouve, si cela était nécessaire, que la page est définitivement tournée sur l'époque de Yasser Arafat. L'événement est assez important pour que George W. Bush ait personnellement félicité le vainqueur et qu'il l'ait immédiatement invité à la Maison-Blanche, une autre preuve que nous entrons dans une nouvelle ère.
Et qu'a dit le Canada ? Il a fallu attendre le milieu de l'après-midi pour que Paul Martin, au milieu d'une conférence de presse sur l'aide aux victimes des tsunamis, et en passant, félicite Mahmoud Abbas. Il en faudra plus que cela pour que le premier ministre soit digne du Parti libéral de son père...
Mvastel@lesoleil.Com


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