C'est assez, l'identité; place à l'économie!

«Antoine, si on n'était pas là, tu sais ce que je te dirais, hostie! Deux trimestres consécutifs... C'est niaiseux, c'est comme le prix des pintes de lait, christ, c'est quoi, ce genre de politique-là? Appelons un chat un chat.» En fin d'après-midi, devant toute la presse politique, M. Bachand a cru nécessaire de s'excuser d'avoir utilisé «deux mots d'Église».

C1af213bc49255b03509a9b26f03ef3d

"Prose libérale"...

Jean Charest veut ramener les Québécois à des préoccupations plus prosaïques
Cessons de parler d'identité, car l'économie inquiète: voilà le nouveau discours des libéraux de Jean Charest. Grâce aux politiques libérales, le Québec pourrait éviter une éventuelle récession, a soutenu le premier ministre, hier. Qu'est-ce qu'une récession? La question a mis le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, dans tous ses états.
Sherbrooke -- En parlant de «gestes de souveraineté» et d'identité, la chef péquiste Pauline Marois est à «mille lieues des préoccupations des Québécois», croit Jean Charest. «C'est l'économie, je pense, qui doit occuper nos énergies actuellement», a-t-il déclaré hier.
C'est là le refrain qu'ont entonné hier les ténors libéraux réunis en caucus à Sherbrooke jusqu'à ce midi. Les États-Unis, principal marché d'exportation pour le Québec, se dirigeraient actuellement vers une récession, selon l'avis même d'observateurs de premier plan comme Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine.
Or, cette situation, «on l'a vue venir», a soutenu M. Charest hier avant de mettre en relief deux principaux «moteurs économiques» créés par les politiques libérales: le programme d'infrastructures et le programme énergétique.
Certes, cela ne met pas le Québec à l'abri d'une récession. «On n'est jamais à l'abri», a déclaré M. Charest, en raison de la «forte concentration de nos exportations aux États-Unis». C'est pourquoi il serait temps de diversifier les débouchés pour les produits québécois. En travaillant par exemple à conclure un accord de libre-échange avec l'Europe, mais aussi en éliminant les barrières tarifaires avec l'Ontario et en s'entendant à moyen terme avec la France au sujet d'une reconnaissance réciproque des acquis et des diplômes. Selon M. Charest, il s'agira là d'un troisième moteur économique pour le Québec, et il consacrera d'ailleurs la majeure partie d'un prochain voyage en Europe à ces projets. En France, il rencontrera notamment le premier ministre François Fillon.
M. Charest a toutefois souligné que ce qui se produit aux États-Unis en ce moment est un «ralentissement» économique qui ne dégénérera pas nécessairement en «récession».
Les jurons du ministre
Au fait, qu'est-ce qu'une récession? M. Charest a trouvé la question amusante puisqu'elle rappelait qu'un ministre péquiste de l'Industrie et du Commerce, Gilles Baril, avait été pris de court lorsqu'on la lui avait posée, en septembre 2001: «Ah! ça, c'est la vieille question que vous aviez posée à qui déjà? À M. Baril. Les deux quarts [sic] consécutifs de croissance négative.» Notons qu'à l'époque, en 2001, le Québec n'avait pas été aspiré par la récession qui avait touché l'économie américaine.
Plus tard, la même question simple, posée par Le Devoir, a mis l'actuel ministre de l'Industrie (en fait, du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation), Raymond Bachand... dans un tel état qu'il est subitement passé au tutoiement et aux jurons: «Antoine, si on n'était pas là, tu sais ce que je te dirais, hostie! Deux trimestres consécutifs... C'est niaiseux, c'est comme le prix des pintes de lait, christ, c'est quoi, ce genre de politique-là? Appelons un chat un chat.» En fin d'après-midi, devant toute la presse politique, M. Bachand a cru nécessaire de s'excuser d'avoir utilisé «deux mots d'Église».
Alain Paquet, ancien professeur d'économie et député de Laval-des-Rapide, a pour sa part répondu à la question ainsi: «C'est un ralentissement économique important. La croissance économique devient négative pendant un certain nombre de trimestres. On n'en est pas encore là, ici. Il y a certains signes aux États-Unis.» Mais selon lui, au Québec, «les décisions du gouvernement font en sorte qu'on a réduit de façon significative l'impact éventuel d'une récession» qui aurait lieu au sud.
Par ailleurs, en ne centrant pas leurs discours sur l'économie, «les deux autres partis [PQ et ADQ] ont l'air plutôt sur une autre planète», a opiné Jean-Marc Fournier, leader libéral et ministre du Revenu. Celui-ci estime que le gouvernement commence l'année 2008 avec une satisfaction en hausse et qu'avec l'accent mis sur l'économie, la pente ne peut être qu'ascendante. «Le thème, c'est l'économie. Le "focus" qu'on doit avoir, c'est celui de l'économie», a-t-il répété. Même si le thème de l'identité reviendra à l'ordre du jour lors du dépôt du rapport Bouchard-Taylor, fin mars, la priorité pour le gouvernement restera l'économie. «On ne peut pas avoir 45 priorités», a-t-il insisté. Des décisions sont à venir en matière d'identité, dans la foulée du rapport des deux commissaires, mais «de là à dire que nous allons nous lever à chaque matin en nous disant: "Ce sur quoi nous voulons travailler aujourd'hui, c'est l'identité des Québécois"... L'identité des Québécois, elle se façonne tous les jours par des décisions qui sont prises».
Quant à Jean Charest, il s'est moqué des récents débats au PQ, estimant que ce parti «ne change pas». Il a soutenu que Mme Marois souhaite «radicaliser le parti pour plaire aux purs et durs»: «Elle avait annoncé qu'il y aurait cinq ans de perturbations après un vote pour le OUI. Là, elle nous annonce cinq ans de perturbations avant qu'un référendum ait même lieu.» Il a aussi qualifié le coprésident du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, de «nouveau pape» du PQ.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé