Qui en veut aux produits du terroir?

Le Québec économique



Les articles de Fabien Deglise dans Le Devoir au sujet du traitement accordé aux produits du terroir québécois (jeudi 15 et vendredi 16 janvier) mettent en évidence les conséquences désastreuses de la façon d'agir du ministère de l'Agriculture concernant la sécurité.
Permettez-moi de faire remarquer que cette opération de zèle intempestif envers les produits du terroir en émergence fait étrangement l'affaire des monopoles de produits industriels gérés par l'Union des producteurs agricoles (dont la Fédération des producteurs de lait) et ses coopératives (Agropur, Olymel) qui, en dépit de leurs protestations hypocrites, n'ont jamais accepté de faire une véritable place à ces produits dans les structures de financement, de mise en marché et d'encadrement sanitaire.
Comme ex-président-fondateur de l'Union paysanne, j'ai eu maintes fois l'occasion d'entendre les hauts fonctionnaires et les ministres avouer leur impuissance devant les exigences de l'UPA et des industriels. Le ministre Lessard et ses fonctionnaires ne brillent pas particulièrement par leur compétence et leur courage politique dans ce dossier, mais le véritable ennemi des produits du terroir et des fromages au lait cru, dont parle M. Lehmann, ce ne sont pas eux mais la grosse machine de l'UPA et de la Coop fédérée qui commande le jeu. Ce sont eux qui emprisonnent le ministère dans leur système industriel corporatif de financement, de mise en marché et d'encadrement sanitaire.
Vous aurez noté qu'ils n'ont pas pleuré ni protesté très fort lors du «massacre» des fromages, qui faisait bien leur affaire au fond et dont ils rêvaient depuis des années, tout en faisant semblant publiquement de se réjouir du développement des produits du terroir. En arrière-plan, ils n'ont jamais cessé de maintenir l'exclusion de ces produits des programmes de financement et l'obligation de se plier à toutes les règles de mise en marché de plans conjoints, de quotas et de normes sanitaires conçus sur mesure pour des producteurs et transformateurs industriels.
Le procédé est classique: la meilleure façon d'éliminer les petits et les compétiteurs en agriculture et en agroalimentaire, c'est de hausser les exigences soi-disant sanitaires ou de qualité. Quelle qualité! Celle de nos supermarchés et de leurs milliers de produits artificiels, insipides et de plus en plus toxiques!
L'attitude de l'UPA, de la Coopérative fédérée et des gros transformateurs dans ce dossier est déterminante et d'une hypocrisie révoltante. La lâcheté et l'incompétence de nos dirigeants politiques aussi, bien sûr, incapables qu'ils sont de prendre leurs distances par rapport au lobby de l'UPA. Mais il ne faut pas être dupes en réduisant le problème au ministre Lessard, ni même au MAPAQ. Le coeur de la partie se joue présentement dans la guerre sans merci que livre l'UPA contre les réformes proposées par le rapport Pronovost concernant le financement agricole, la mise en marché des produits de la ferme et la protection du territoire agricole.
L'UPA en fait une maladie: il suffit de lire La Terre de chez nous pour s'en rendre compte. Les milliers de producteurs en détresse, aussi bien conventionnels qu'artisans, n'existent même plus pour eux: la seule chose qui compte, c'est de sauver le statu quo qui garantit leur monopole et leur pouvoir.
Si le gouvernement ne reprend pas le volant, la prochaine crise qui va lui péter au visage sera la crise agricole, pire encore que la crise forestière.
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Roméo Bouchard, Ex-président-fondateur de l'Union paysanne Saint-Germain-de-Kamouraska


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