Avec la mondialisation, l'accroissement du niveau de vie passe par la création de richesse

Le «modèle québécois»



(En réponse au texte de Mathieu Dufour [«Produire avant de redistribuer. Combien de temps?»->7966] publié dans Le Devoir du 1er août 2007)
Dans un texte publié récemment dans ces pages, un chercheur du Centre canadien de politiques alternatives a remis en question la thèse de plus en plus admise qu'il est nécessaire de créer de la richesse collective avant de pouvoir la redistribuer vers les moins nantis de la société. Allant jusqu'à prétendre que les tenants de la création de richesse veulent que «les travailleurs redoublent d'ardeur sans qu'on leur donne rien en retour», il s'insurge contre le manque de volonté politique de redistribuer la richesse. Dans le contexte de mondialisation actuel, adopter une telle attitude est socialement et économiquement irresponsable. Elle mènerait le Québec dans une impasse.
S'il est vrai que la croissance du salaire horaire réel moyen au Canada n'a pas été aussi soutenue que celle de la productivité de la main-d'oeuvre, on ne peut pas se baser sur cet écart pour conclure que les travailleurs n'ont pas reçu les «fruits de la création de richesse des 30 dernières années».
À cet effet, deux chercheurs du ministère des Finances du Canada ont relevé que cet écart ne s'est réellement accentué qu'à partir du milieu des années 1990. Lorsque la période de 1957 à 2001 est considérée, la croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d'oeuvre est de 1,85 % alors que celle des salaires horaires réels est de 1,8 %. Qui plus est, le Centre for the Study of Living Standards attribue 54 % de l'écart constaté par M. Dufour à la méthode utilisée pour standardiser ces deux mesures. Ainsi, plus de la moitié du phénomène sur lequel se base cet argumentaire serait dû à des méthodes statistiques différentes.
Autres sources de revenu
Il est par ailleurs réducteur de négliger l'ensemble des autres sources de revenus dont disposent les ménages. Une part du revenu des ménages provient des dividendes et de l'intérêt reçu à même leur fonds de retraite, leurs REER et leurs autres placements ainsi que des contributions de leur employeur à ceux-ci. Parce que ces placements sont notamment composés d'actions, les travailleurs sont propriétaires des entreprises et les profits de celles-ci constituent donc une source de revenu pour eux. Ainsi, le salaire horaire ne constitue qu'une partie du revenu des ménages et ne capte donc pas l'ensemble des sources de l'accroissement du niveau de vie des travailleurs.
Avec la mondialisation, le Québec a tout à perdre à adopter une attitude défensive uniquement axée sur la redistribution de la richesse. Il est illusoire de croire que les travailleurs qui oeuvrent dans les industries faisant face à la concurrence des entreprises chinoises et indiennes pourront encaisser le coup sans voir leurs conditions de travail affectées. Et si c'était justement l'accroissement de la productivité des travailleurs qui avait permis de maintenir les emplois québécois dans ces industries au prix d'un salaire moindre?
Au contraire, les Québécois ont tout à gagner à continuer de jouer le jeu de la mondialisation, c'est-à-dire à miser sur les secteurs de l'économie qui requièrent une main-d'oeuvre hautement qualifiée et productive où la rémunération horaire dépasse largement le salaire minimum. Des travailleurs mieux formés et compétents sont le gage d'un accroissement généralisé du niveau de vie. Pourquoi se borner à redistribuer à un grand nombre une petite part de notre richesse collective alors que nous avons la capacité d'accroître cette richesse pour en faire profiter ceux qui en ont le plus besoin? Le défi de la redistribution réside dans notre capacité de faire en sorte que de moins en moins de nos concitoyens aient besoin du soutien public. Ce ne sera possible que s'ils ont accès à une formation et à des emplois de qualité.
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Mathieu Laberge, Économiste à l'Institut économique de Montréal

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Professeur au Collège Gérald-Godin et détenteur d'une maîtrise en économie internationale de l'Université de Nottingham, en Angleterre.

Mathieu Laberge, Économiste à l'Institut économique de Montréal





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