Une décision courageuse

Université - démocratisation, gouvernance et financement


Résolument en mode électoral, Jean Charest a fait le pari de l'honnêteté et a clairement annoncé son intention de dégeler les droits de scolarité. Calcul méticuleux ou suicide électoral ? Si on en croit le résultat d'une stratégie semblable adoptée par Tony Blair, il y a quelques années, le courage du premier ministre pourrait bien s'avérer fructueux.
Les étudiants, quant à eux, se cantonnent dans leur position traditionnelle comptant sur la sympathie naturelle des électeurs pour leur cause. Une stratégie risquée dont ils pourraient pâtir à terme. Chronique d'un duel de titans qui dure depuis plus d'une décennie
Pour le meilleur
En présentant un plan d'augmentation des droits de scolarité clair et raisonnable - environ 50 $ par semestre, assorti d'un réinvestissement gouvernemental - le Parti libéral adopte l'attitude la plus propice à bien expliquer la nécessité de procéder à un tel virage. La proposition de dégel a même le mérite de se baser sur un principe logique, difficilement contestable : il faut maintenir la part du financement des universités qui provient des étudiants.
Cette approche pragmatique et balisée n'est pas sans rappeler la stratégie qui a permis à Tony Blair de remporter ses deux dernières élections générales ainsi que d'augmenter les droits de scolarité en Grande-Bretagne ! En énonçant ouvertement ses priorités électorales et en les quantifiant, le premier ministre britannique a réussi à passer son message et a fourni aux électeurs les moyens nécessaires pour évaluer le succès du gouvernement. Dans le cas particulier des droits de scolarité, Tony Blair a eu recours à la même stratégie, qui a eu pour effet de rassurer la population sur une éventuelle flambée du coût des études universitaires.
et pour le pire!
Confronté à la volonté du gouvernement anglais de hausser les droits de scolarité, la National Union of Students (NUS) britannique a bien évidemment dénoncé l'augmentation du fardeau financier des étudiants. Elle a toutefois fait le choix de ne pas rompre complètement les canaux de communication avec le gouvernement et est demeurée à la table de négociation, question d'amoindrir l'impact de la nouvelle politique gouvernementale sur ses membres. Le résultat a été probant : les universités ont vu leurs ressources accrues à la faveur d'une hausse critiquée, mais tout de même tolérée par les étudiants. Au bout du compte, la NUS présentait même comme un gain majeur son succès à limiter l'ampleur de la hausse des droits de scolarité.
C'est précisément le contraire de ce que semblent vouloir faire les fédérations étudiantes québécoises. En déclarant la guerre tous azimuts au Parti libéral, les fédérations étudiantes s'enferment dans une logique «jusqu'au-boutiste» qui risque fort de desservir leurs membres au terme des élections. Quel ministre de l'Éducation voudrait traiter avec des syndicats étudiants qui l'ont talonné pendant toute la campagne, pancarte à la main et brandissant le porte-voix ? Advenant un dégel contrôlé, les fédérations étudiantes pourraient même avoir à défendre becs et ongles ce qui est en fait un gain, comme ce fut le cas pour l'issue de la grève des 103 millions $ en aide financière.
Ce que l'expérience britannique nous apprend, c'est que l'électorat récompense généralement la franchise et l'audace de ses politiciens. Sans compter que les étudiants prennent le risque de passer pour des enfants gâtés auprès des électeurs. Bref, on peut croire que le dégel sera bien accueilli par la population qui comprend l'impossibilité de maintenir une politique qui prive les universités de ressources indispensables à l'accomplissement de leur mission. En somme, voici une confrontation pour laquelle le gouvernement part avec une longueur d'avance. On en dira ce qu'on voudra, mais cette fois Jean Charest se tient debout et, visiblement il est prêt à faire face à la musique!
D'accord ou pas ? Participez au débat : www.mathieulaberge.blogspot.com
Mathieu Laberge
L'auteur est professeur au Collège Gérald-Godin et détenteur d'une maîtrise en économie internationale de l'Université de Nottingham, en Angleterre.

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Professeur au Collège Gérald-Godin et détenteur d'une maîtrise en économie internationale de l'Université de Nottingham, en Angleterre.

Mathieu Laberge, Économiste à l'Institut économique de Montréal





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