Déplacer des montagnes

Le «modèle québécois»

À la une de ce journal hier, la manchette disait ceci: [«Lucide ou solidaire? Bay Street entre dans le débat»->5924]. L'étude dont il était question a été réalisée par des économistes de la Banque Toronto Dominion. Son titre, Convertir les atouts du Québec en une prospérité accrue, résume bien le contenu de ce document qui, pour une fois, n'est ni paternaliste ni moraliste. Cela étant, qui, aujourd'hui, est en mesure de porter l'étendard du changement dans ce Québec décapité?
Lorsqu'on y regarde de près, l'analyse que nous proposent les économistes de la Banque TD de la situation du Québec n'est pas très différente du diagnostic souvent posé récemment, que ce soit par des regroupements ad hoc comme celui des «lucides» de Lucien Bouchard ou par des organisations comme les chambres de commerce et l'Association des économistes du Québec. Ce qui étonne cette fois-ci, c'est le ton adopté par les auteurs de l'étude TD, à la fois plus conciliant et surtout moins moralisateur que la plupart des mises en demeure qui nous ont été servies.
Au lieu de parler d'un mur infranchissable, ces économistes prennent le temps de faire ressortir les forces du Québec contemporain. «Malgré une conjoncture difficile, l'économie québécoise démontre une résilience impressionnante, écrivent-ils. [...] L'espérance de vie y est légèrement plus élevée qu'ailleurs, on y trouve le plus bas taux de mortalité pour cause de maladies cardiovasculaires et les plus faibles émissions de gaz à effet de serre.» Et si la fiscalité des particuliers y est trop élevée par rapport à la concurrence, celle des entreprises est avantageuse, reconnaît-on.
En revanche, comme les autres études sur la question, celle-ci met le doigt sur l'urgence d'agir devant les problèmes criants susceptibles de handicaper le développement du Québec. Parmi ces problèmes, aucune surprise, c'est le choc démographique qui vient en tête, pas très loin devant la concurrence des pays asiatiques, voire des États-Unis, où les pressions à la baisse sur les salaires risquent de projeter l'économie québécoise sur une pente descendante menaçante pour notre niveau de vie.
Cette étude propose des changements bien connus, qui sont dans l'air du temps, pourrait-on dire, comme l'investissement en éducation et dans les infrastructures, le recours plus systématique au principe de l'utilisateur payeur dans les services publics (péages autoroutiers, hausse des tarifs d'électricité, des droits de scolarité et des frais de garde, etc.), une fiscalité plus légère et mieux ciblée, l'adoption de programmes favorisant le prolongement de la vie active, l'ouverture des frontières interprovinciales à la libre circulation des biens et de la main-d'oeuvre, etc.
Pour ces économistes, c'est là le prix à payer pour réduire l'écart de 8000 $ par année qui sépare le revenu disponible d'un ménage québécois de celui d'une autre famille canadienne.
Voilà un objectif louable quand on imagine ce que nous pourrions nous payer collectivement et individuellement grâce à cet argent. Le hic, c'est qu'on ne déplace par les montagnes en réduisant la vie à une poignée de dollars!
Ce qui fait défaut à l'heure actuelle, c'est la capacité des partis politiques qui nous font la cour à inscrire les réformes qui s'imposent à l'intérieur d'un plan de match emballant. Personne ne veut payer davantage, encore moins abandonner des acquis à moins d'être convaincu qu'il en va de son bien-être ou de celui des siens. Or, à ce jour, ni les «lucides», ni les «solidaires», ni même les partis politiques, n'ont réussi à convaincre une majorité de Québécois qu'ils avaient, eux, un tel projet stimulant.


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