Un quitte ou double

N'est-ce pas une façon de faire fuir les électeurs fatigués d'entendre parler de référendum?

PQ - stratégie revue et corrigée

La proposition de l'ex-candidat à la direction du Parti québécois, M. Louis Bernard, de ne conserver que la souveraineté au programme lors des prochaines élections a l'avantage de nous ramener aux origines de ce parti créé par René Lévesque. L'accepter pose cependant le risque de la marginalisation de ce grand parti. Peut-on accepter d'une organisation qui a 40 ans d'histoire, dont 18 à gouverner le Québec, qu'elle se transforme en comité restreint du «oui» avant même d'avoir repris le pouvoir?
En entrevue à Radio-Canada, lundi soir, l'ancien chef de cabinet de René Lévesque a soutenu que le projet souverainiste n'aboutira jamais si le PQ continue de consacrer ses énergies à vendre un programme de gouvernement au lieu de promouvoir son option fondamentale. Selon M. Bernard, il faut désormais rassembler tous les souverainistes autour du même objectif, au lieu de les inciter à se diviser sur la base de leurs convictions sociales. S'il n'en tient qu'à lui, le seul mandat du Parti québécois, une fois élu, sera de tenir un référendum. En cas de défaite, le gouvernement démissionnerait, mais dans l'éventualité de la victoire, il négocierait un passage ordonné vers la souveraineté. Ce n'est donc qu'à l'élection suivante qu'on discuterait d'orientations sociales et économiques du nouveau pays.
Voilà une position qui a le mérite de la clarté. En adoptant cette orientation, M. Bernard demande aux membres de renouer avec l'époque où la souveraineté occupait la belle place au parti. Vingt-sept ans et deux défaites référendaires plus tard, le Parti québécois n'a plus à prouver qu'il peut gouverner. En revanche, le voilà en panne d'électeurs prêts à lui confier le pouvoir, du moins pour le moment. Or, sans le pouvoir, pas de référendum, et sans référendum le projet de souveraineté passe du statut de projet mobilisateur à celui d'utopie lointaine, voire de rêve brisé.
Dans un tel contexte, l'idée de Louis Bernard trouvera peut-être un écho chez certains militants, mais elle risque surtout de diviser davantage encore les nationalistes. En effet, comment un Parti québécois qui n'aurait rien d'autre à proposer qu'un référendum arriverait-il à convaincre les adéquistes, les verts et les solidaires de lui confier le Québec pendant quatre ans? Adhérer à un comité du «oui» dans le cadre d'une campagne référendaire est une chose, voter pour un parti qui ne propose qu'une chose en est une autre. D'ailleurs, la tenue d'un référendum ne faisait-elle pas partie de la plate-forme du PQ, le mois dernier?
Le Parti québécois n'a pas perdu deux référendums en 15 ans à cause de ses orientations sociales ou économiques, mais parce qu'il n'a pas su rallier une majorité de Québécois au projet d'indépendance, un point c'est tout. Ce n'est pas une question d'intensité de la propagande, mais une question de conjoncture, de travail dans certains coins du Québec, sans oublier le fait qu'une forte minorité de citoyens refusera toujours la souveraineté. Les réalisations du PQ à titre de bon gouvernement ne lui ont pas nui: au contraire, elles lui ont permis à deux reprises de se faire élire et de tenir des référendums.
En suggérant aujourd'hui de transformer le PQ en organisation vouée exclusivement à la tenue d'une élection suivie d'un référendum, Louis Bernard propose d'en faire un comité restreint du oui avant même d'avoir pris le pouvoir. N'est-ce pas une façon de faire fuir les électeurs fatigués d'entendre parler de référendum? N'y a-t-il donc pas un meilleur moyen de rallier les partisans nationalistes des autres formations lors d'un référendum?
Le Parti québécois traverse une mauvaise passe, c'est vrai. Il n'en serait pas moins suicidaire de jouer à quitte ou double lors de la prochaine campagne électorale. L'option souverainiste n'est pas morte, tant s'en faut, et si la stratégie connaît des ratés, la réflexion, l'engagement, le travail et la patience peuvent y remédier.
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j-rsansfacon@ledevoir.com


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