Après le «tsunami adéquiste»

Québec 2007 - réalignement politique

Le premier ministre Jean Charest sera placé devant un dilemme quasi cornélien lorsque viendra le temps de trouver les appuis nécessaires qui lui permettront d'assurer la stabilité de son gouvernement. Si l'Action démocratique paraît devoir être son allié naturel en raison d'une certaine proximité idéologique, tout les oppose sur le plan électoral. Sur ce terrain, l'ADQ est un rival auquel il ne doit laisser aucune chance.
Composer avec le nouvel échiquier politique issu du scrutin du 26 mars sera un vaste casse-tête pour le Parti libéral du Québec. La poussière retombant, ses militants prennent peu à peu la mesure du choc créé par le «tsunami adéquiste» qui a dévasté leur parti. Leurs premiers commentaires montrent à quel point aucun d'eux n'avait senti venir cette vague.
Désorienté, le gouvernement Charest l'est beaucoup plus que ce qu'il voudra laisser voir au cours des prochaines semaines. Composer un nouveau conseil des ministres sera relativement facile pour le premier ministre, qui affichera même une certaine sérénité. Plusieurs ministres ont été défaits, mais grâce aux nouveaux venus, il aura un cabinet solide. Quant au discours inaugural qu'il présentera à la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, début mai, il devrait obtenir l'appui des deux partis d'opposition d'autant plus aisément que personne ne veut se retrouver rapidement sur le terrain électoral.
Le moment de vérité surviendra lorsque sera épuisée la chance au coureur que le PQ et l'ADQ lui laisseront. Rapidement, ils voudront tester la volonté de changement qui animera ce gouvernement. Jean Charest devra alors choisir la place qu'il entend occuper sur l'échiquier politique. D'un point de vue rhétorique, il prétendra être au centre. La réalité, celle qui se lit dans les résultats électoraux de lundi, le forcera toutefois à se déplacer vers la droite. Pour l'essentiel, les suffrages perdus par le PLQ (13 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2003) sont allés à l'ADQ. Avec les 30 % de suffrages qu'elle a obtenus, la formation de Mario Dumont n'est qu'à trois points derrière celle de Jean Charest. La défaite attend ce dernier aux prochaines élections s'il ne réagit pas.
Pour espérer ramener au bercail les électeurs perdus aux mains de l'ADQ, Jean Charest devra d'abord faire la démonstration qu'il peut incarner le changement. Aux élections de 2003, il avait beaucoup promis mais peu livré par la suite. L'accès aux soins de santé, tant aux urgences des hôpitaux qu'aux soins prolongés, aux chirurgies et à des médecins de famille, demeure le grand échec du premier mandat libéral. Rapidement, des signes tangibles d'amélioration devront apparaître pour lui redonner sa crédibilité.
Les priorités du gouvernement Charest devront par ailleurs rejoindre les préoccupations manifestées par les électeurs adéquistes. En principe, ce ne devrait pas être difficile dans la mesure où les programmes libéral et adéquiste se rejoignent. Les deux partis partagent une même vision en ce qui concerne le rôle de l'État et la place à donner au secteur privé. Ils prônent tous deux l'équilibre des finances publiques et veulent réduire la taille de l'État. En matière de soutien aux familles, on retrouve une certaine parenté des approches. Les différences se trouvent plutôt dans le ton. À l'ADQ, on veut en faire plus et plus rapidement. Le défi pour Jean Charest sera de reprendre à son compte une partie du programme adéquiste et d'obtenir l'appui des députés adéquistes pour le mettre en oeuvre tout en se gardant tout le mérite.
Le terrain sur lequel le gouvernement Charest évoluera sera glissant. La question sera toujours de savoir jusqu'où il pourra se permettre d'aller sans se renier. Tout particulièrement délicate sera la gestion du dossier des relations fédérales-provinciales. La position autonomiste de Mario Dumont a été un facteur d'attraction déterminant pour cette catégorie d'électeurs nationalistes qui, d'un scrutin à l'autre, désignent le vainqueur selon qu'ils se rangent derrière le PQ ou le PLQ. Cette fois-ci, ils se sont réfugiés à l'ADQ, jugeant Jean Charest pas assez vigoureux dans sa défense des intérêts du Québec.
Sur cette question, le premier ministre ne pourra pas jouer l'homme du juste milieu. Il lui faudra au contraire se faire plus revendicateur envers Ottawa, revenir en quelque sorte à l'esprit qui animait son parti avant que Mario Dumont et Jean Allaire ne le quittent, en 1994, pour fonder l'ADQ. À la faveur du fédéralisme d'ouverture que prétend pratiquer le gouvernement conservateur de Stephen Harper, le premier ministre aura la possibilité de faire des gains devant renforcer l'autonomie du Québec. Parmi plusieurs, ce sera l'épreuve la plus importante qu'il devra remporter dans le processus de reconstruction de la maison libérale après le passage du «tsunami adéquiste».
bdescoteaux@ledevoir.ca


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