Afghanistan - Rester et se battre

Le Canada en Afghanistan

Le pacifisme et le neutralisme ne constituent pas toujours des attitudes vertueuses et humanistes. Il arrive qu'ils soient aussi une forme de démission et de repli sur soi, une sorte d'égoïsme sophistiqué. Pensons à la neutralité suisse durant la Deuxième Guerre mondiale. Pensons aussi à ce que serait le monde si les pacifistes européens et américains avaient remporté la donne et qu'on avait laissé les nazis faire à leur guise. Il y a un peu de tout cela dans l'attitude de ceux qui réclament aujourd'hui dans les rues du Québec le retrait des troupes canadiennes en Afghanistan.
On nous dit qu'il faut se retirer parce que l'instabilité et l'insécurité s'accroissent et que de plus en plus de civils afghans sont victimes du terrorisme. On répète que seule la capitale Kaboul jouit d'une certaine normalité. C'est déjà un énorme progrès. Et soyons francs: la situation sécuritaire dans le pays est amplement meilleure que celle qui règne en Irak. Si on croit que la stabilité du pays et que la sécurité des civils constituent une bonne chose pour le monde entier, ce que je crois, voilà plutôt une raison d'y rester et d'y intensifier la lutte contre les talibans.
On rejette du revers de la main le processus électoral et le Parlement qui en a résulté. Je ne doute pas une seconde que les dix millions d'électeurs qui se sont inscrits aient fait souvent l'objet de pressions et de menaces et, effectivement, des seigneurs de guerre et des barons de l'opium se sont fait élire. On oublie de dire cependant que 28 % des députés sont des femmes et que ce Parlement a adopté des lois qui préparent un avenir meilleur pour les Afghans.
On nous dit que seule la guerre est à l'ordre du jour et que la mission de reconstruction est un prétexte. Le Canada s'est engagé à fournir un milliard de dollars à l'Afghanistan sur une période de dix ans, ce qui en fait le plus grand bénéficiaire au monde d'aide bilatérale canadienne. Depuis la défaite des talibans et malgré l'insécurité actuelle, 4,8 millions d'enfants ont retrouvé l'école. Ce n'est pas rien. Mais cette avancée sérieuse est en péril. Les écoles et les enseignants sont parmi les cibles préférées des talibans et récemment le président Karzaï rappelait que deux cent mille enfants avaient perdu leur école depuis la résurgence de l'insurrection des mollahs. Cette année, les talibans ont détruit trois cents écoles. Lutter les armes à la main contre les talibans, c'est aussi se battre pour l'éducation. La reconstruction de l'Afghanistan, c'est aussi procéder au déminage du pays. Environs cinq millions de mines ont été retirées depuis 2001. C'est aussi créer des emplois ou assurer la survivance des veuves de guerre. L'année dernière, 150 000 personnes, dont 78 % de femmes, ont profité du programme canadien de microcrédit et ont reçu ainsi 15 millions de dollars. Rien de cela ne serait possible sans une forte présence militaire étrangère dans le pays.
Ceux qui veulent que le Canada se retire du pays nous font aussi le coup de l'épouvantail Bush. Nous ne serions dans ce pays que pour contribuer à la poursuite des «intérêts stratégiques et économiques» de Washington. En portant cette accusation, on tente de faire l'amalgame avec la guerre en Irak. L'invasion américaine de l'Irak fut un mensonge tragique et un crime contre l'humanité au nom des «intérêts stratégiques et économiques» américains. C'est d'ailleurs pour cela que le Canada, la France, l'Allemagne s'y sont opposés, pour cela aussi que l'Espagne y a retiré son contingent. Or ces pays européens, qu'on ne peut taxer de valets et d'alliés inconditionnels des États-Unis, participent tous comme le Canada à la force de l'OTAN qui mène la guerre aux talibans et aucun d'entre eux ne remet en question la justesse et la légitimité de leur engagement militaire.
La Force internationale d'intervention mène trois guerres justes en Afghanistan et ces trois guerres sont indissociables.
La guerre contre al-Qaïda qui fut à l'origine de l'intervention. Les victimes espagnoles, italiennes, anglaises, indonésiennes, saoudiennes de la mouvance incarnée par Ben Laden nous rappellent que cette lutte n'est pas un combat américain, mais un affrontement entre ceux qui croient à une théocratie médiévale et ceux qui croient à la liberté et aux droits de la personne. C'est un combat dont le Canada ne peut décemment se dissocier.
Nous menons aussi une guerre pour empêcher les talibans de replonger ce pays dans l'enfer de l'extrémisme islamiste. C'est une guerre pour les femmes et les enfants, une guerre pour plus de justice et de droits, pour plus d'égalité et d'équité. Se battre pour la liberté d'un pays et surtout de ses citoyens relève de la générosité et de la solidarité. Chaque avancée de la liberté constitue un progrès collectif pour l'humanité. Il ne faut pas prendre prétexte des erreurs, des bavures ou de la lenteur et du prix humain du combat pour échapper à nos responsabilités de solidarité.
Enfin, nous tentons de mener en même temps le combat pour la construction d'un État viable, d'un État de droit et d'un État plus juste pour l'ensemble de ses citoyens. C'est seulement quand ces conditions seront réunies que les Afghans pourront se défaire des chefs de guerre et des barons de l'opium. Tout cela passe par la défaite de la rébellion talibane et, seuls, les Afghans ne peuvent y parvenir.
Le pacifisme est une attitude foncièrement généreuse quand son seul objectif est la lutte pour la paix, mais celle-ci parfois ne peut être atteinte que par la lutte armée. Il existe bien des guerres qu'on pourrait qualifier d'humanitaires.
Collaborateur du Devoir


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