L'industrie forestière dans la tourmente:

À son tour, Domtar élimine 950 emplois

Industrie forestière en crise


Après Cascades vendredi dernier et Abitibi-Consolidated avant-hier, c'était au tour de Domtar d'annoncer hier une réduction substantielle de ses activités touchant 959 employés en fermant pour une période indéterminée quatre scieries, dont celle de Lebel-sur-Quévillon, localité déjà fortement affectée par la fermeture de son usine de pâte, laquelle n'est pas du tout sur le point de reprendre ses activités.
Comme une armée en déroute, l'industrie forestière n'en finit plus de se replier. Hier, son porte-parole, Guy Chevrette, a de nouveau insisté auprès du gouvernement Charest sur «l'urgence d'agir en prenant des mesures concrètes pour apporter un appui à l'industrie forestière et diminuer l'ampleur de la crise» qui, depuis avril 2005, a affecté près de 10 000 travailleurs au Québec.
Selon M. Chevrette et le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), dont il est le président-directeur général, parmi les mesures à adopter, il y a une réduction du coût de la fibre. Cela pourrait être fait, a-t-il ajouté, au moyen de programmes de financement pour la construction de chemins de pénétration, par l'établissement de redevances plus basses pour le bois de qualité pâte et par la baisse des coûts de l'industrie pour la protection de la forêt. En somme, le CIFQ estime que le gouvernement doit fournir 350 millions de dollars afin de faire passer le coût du mètre cube de fibre de 13 à 3 $. Pour l'instant, le plan d'urgence promis par le gouvernement Charest demeure sur la table à dessin mais devrait néanmoins être dévoilé d'ici quelques jours. La crise de l'industrie forestière perdurera encore de 18 à 24 mois, a prévenu le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, qui participait avec ses collègues au caucus libéral à l'île Charron. «La crise ne sera pas réglée dans les prochaines semaines. Ça va prendre un certain nombre de mois. On a une période d'incertitude devant nous, c'est clair», a-t-il affirmé.
Le gouvernement du Québec affirme cependant sa volonté de prendre des «mesures énergiques» pour aider les communautés et les travailleurs touchés ainsi que pour réduire le coût de la fibre et diminuer les coûts d'exploitation, tant en forêt qu'en usine. «Le gouvernement sera aussi présent pour participer au financement de restructuration. [...] Il est clair que l'industrie forestière du Québec va demeurer un moteur de notre économie et va ressortir de cette période de 18 à 24 mois plus forte qu'elle ne l'est aujourd'hui», a assuré le ministre Bachand. Pour sa part, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a prévenu que l'industrie devra jouer son rôle et que «les représentants des travailleurs devront adopter une attitude flexible».
Une maladie évolutive
Le premier ministre Jean Charest a quant à lui comparé cette crise à «une maladie qui évolue et qui s'aggrave». Il a cependant dit refuser de voir dans cette cascade d'annonces de fermetures d'usines quelque action concertée que ce soit de la part de l'industrie. Selon lui, cette crise, la plus grave que le Québec ait connue dans ce secteur, découle de plusieurs facteurs, notamment la montée de 40 % du dollar canadien, les problèmes d'approvisionnement, la concurrence étrangère et l'effondrement des prix sur le marché américain.
Enfin, M. Charest a soutenu ne pas craindre le jugement de la population des régions, elles-mêmes au coeur du problème, puisque la priorité de son gouvernement va aux travailleurs affectés. «Ce que nous voulons, ce sont des mesures d'aide pour les former, les aider à se trouver un emploi. Et on a aussi une préoccupation spéciale pour les travailleurs âgés. On travaille là-dessus et on veut que le gouvernement fédéral puisse contribuer à cet effort-là», a mentionné M. Charest. Quant à savoir si la crise a une influence sur l'échéance électorale, il a donné l'assurance qu'il ne cherche pas à concilier les deux dossiers.

Ottawa

Par ailleurs, à Ottawa, le député Paul Crête, porte-parole du Bloc québécois en matière d'industrie, a rappelé que c'est aujourd'hui même que la nouvelle entente sur le commerce du bois d'oeuvre avec les États-Unis entre officiellement en vigueur mais que cette mise en oeuvre ne réglera pas tout. Il a posé la question suivante: «Mais qu'attend Ottawa pour venir à la rescousse de l'industrie?» Il a fait valoir que l'industrie forestière connaît d'énormes difficultés qu'elle n'a pas vraiment pu aborder au cours des quatre dernières années en raison du conflit du bois d'oeuvre, de telle sorte qu'elle doit maintenant mettre les bouchées doubles pour s'adapter à un contexte difficile.
Domtar s'est limitée hier à émettre un communiqué laconique pour annoncer sa décision de stopper la production dans quatre scieries. Celles de Matagami et de Val-d'Or, qui emploient respectivement 100 et 125 employés, seront fermées à compter du 27 octobre. Celle de Lebel-sur-Quévillon, qui employait 125 personnes jusqu'à tout récemment, met fin à ses activités à compter de maintenant, ces nouveaux chômeurs s'ajoutant aux 425 autres qui attendent désespérément la réouverture de l'usine de pâte et le rapport d'un comité d'experts formé par le ministre Corbeil. Enfin, les 140 employés d'une quatrième scierie, située à Nairn Centre, en Ontario, cesseront de travailler demain. Notons par ailleurs que la fermeture de ces scieries entraînera la mise à pied de 450 travailleurs en forêt.
Domtar explique simplement que les coûts d'approvisionnement et de transformation des billes de sciage ont augmenté de façon substantielle au cours des dernières années, ce qui a affecté la position concurrentielle de ces usines. De plus, le ralentissement de la demande a considérablement fait fléchir les prix de vente des produits du bois au cours des derniers mois. «Ces deux principaux facteurs nous ont amenés à prendre ces décisions difficiles», a déclaré Richard Garneau, vice-président exécutif à l'exploitation chez Domtar.

Pour au moins plusieurs mois

En parlant de fermeture de ces scieries pour une période indéterminée, il faut comprendre qu'il s'agit d'une fermeture pour au moins plusieurs mois. Christian Tardif, chef des communications institutionnelles et financières chez Domtar, a précisé qu'il faudra trois conditions pour reprendre les activités: la disponibilité du bois, les coûts à payer pour obtenir ce bois et un rétablissement de la demande aux États-Unis, où il y a eu accumulation des stocks de bois et chute des activités dans le secteur de la construction. À l'heure actuelle, 500 000 maisons attendent d'être vendues.
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et avec la Presse canadienne


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