Une société d'État pour les chantiers du Québec?

PPP sous surveillance


Avec des projets de 100 milliards de dollars en infrastructures de toutes sortes à effectuer sur une période de 10 ans, il faudrait créer une société publique ou une régie spéciale qui aurait un mandat de surveillance et de contrôle, au-delà des responsabilités de tous les ministères concernés et même de celles d'Hydro-Québec. Cette proposition, qui ne devrait pas manquer de susciter certaines réactions, est celle de Richard Payette, président et chef de la direction de Raymond Chabot Grant Thornton.
«Je dis que l'ampleur et l'urgence de cet immense nouveau chantier de 100 milliards justifient amplement la création d'une telle organisation», a déclaré hier M. Payette, conférencier invité de l'Association des MBA du Québec. Celui-ci en arrive à ce montant de 100 milliards en additionnant les projets suivants: 30 milliards pour l'entretien des infrastructures du gouvernement du Québec pendant les cinq prochaines années et probablement autant pour les cinq années suivantes; huit milliards réservés pour le Québec qui proviendront du budget fédéral d'infrastructures; 30 milliards d'Hydro-Québec pour le développement de ses filières hydroélectrique et éolienne; et finalement trois milliard pour trois centres hospitaliers à Montréal, en incluant celui de Sainte-Justine.
«Les années à venir vont représenter le plus formidable effort de développement économique dans le secteur public québécois», a fait valoir le conférencier, selon qui le Québec doit en profiter «pour faire les choses différemment». C'est-à-dire? D'abord bien planifier, organiser et contrôler le travail. Puis, assouplir «le red tape», à savoir la procédure bureaucratique. Enfin, bien analyser la possibilité de financer plusieurs de ces projets par des partenariats public-privé (PPP), parce que le gouvernement n'a pas les 100 milliards pour financer ce vaste chantier.
Quand il parle de planification, M. Payette pense non seulement à la planification de chaque projet pris individuellement, mais surtout à l'ensemble des chantiers, afin d'établir des priorités dans la réalisation. Bien entendu, cette entité ferait appel à l'expertise des spécialistes des ministères concernés. Selon Payette, il serait logique, par exemple, de compléter les voies de contournement de la métropole et d'améliorer les services des transports en commun avant de démolir l'échangeur Turcot et de commencer la réfection de l'autoroute Métropolitaine. La création d'une société d'État pour chapeauter toute cette démarche devrait être en fait la première chose à faire, précise M. Payette. De toute évidence, l'idée de M. Payette n'a pas encore convaincu le gouvernement Charest, puisque les grands travaux routiers vont démarrer cet été.
En ce qui concerne l'adoucissement des règles bureaucratiques et administratives, le conférencier n'hésite pas à soutenir que le critère du plus bas soumissionnaire n'est pas nécessairement le meilleur. «Cette formule est souvent considérée comme biaisée en faveur de la moindre qualité et ne favorise pas nécessairement le choix de la meilleure solution. Si un fournisseur de services dispose d'une technologie innovatrice ou d'une solution nouvelle qui n'apparaît pas au cahier de charge, l'attribution du contrat selon la règle du plus bas soumissionnaire ne sera pas optimale», soutient-il.
Enfin, M. Payette suggère de bien analyser l'opportunité de financer plusieurs projets par la formule des PPP. «L'autoroute 407 qui relie Burlington à Pickering, en Ontario, a été conçue, financée et construite par l'entreprise privée, et c'est un grand succès», fait-il valoir. Pour lui, il y a trois règles de base à respecter: transférer le risque financier du public au privé; laisser au privé une bonne marge de manoeuvre dans le choix de son «mix» d'expertise, de compétence et d'innovation; le partage des bénéfices doit permettre aux deux parties, publique et privée, d'y trouver leur compte. Et au bout, il y a l'utilisateur-payeur. M. Payette reconnaît qu'il reste un travail de «familiarisation» à faire pour convaincre le public d'accepter cette formule, bien que les sondages montrent déjà un taux d'approbation de 76 % au Québec et que près de 80 % des gens seraient d'accord pour des autoroutes à péage à la condition que l'argent serve à l'entretien et à la réfection des routes.
Si le Québec parvenait à se donner un tel plan d'ensemble et à le réaliser selon toutes les règles de l'art, en impliquant tout le monde, constructeurs, comptables, ingénieurs, paysagistes, etc., on acquerrait une grande expertise qui pourrait par la suite être exportée ailleurs dans le monde, pense M. Payette, en se rappelant le modèle des firmes de génie-conseil qui se sont épanouies à partir des grands travaux hydroélectriques.


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