Une éducation en anglais au bout du fil

Sir-Wilfrid-Laurier vante sa ligne téléphonique pour aider les parents à déterminer si leur enfant est admissible à l'école anglaise

Loi 104 - Les écoles passerelles - réplique à la Cour suprême



Québec - «Moi, j'apprends in english»: tel est le slogan d'une publicité par laquelle la commission scolaire anglophone Sir-Wilfrid-Laurier offre «d'aider les parents à déterminer si leur enfant est admissible» à l'école anglaise publique, selon les critères définis dans la loi 101. Il suffit de composer un numéro 1-800. Un «Vous pourriez être ACCEPTÉ!» coiffe la publicité, qui a été diffusée dans 15 hebdomadaires fin janvier et début février, environ 25 fois. Le Parti québécois a dénoncé hier cette réclame.
Selon la commission scolaire, qui couvre le territoire de Laval, des Laurentides et de Lanaudière, les parents «ne savent souvent pas que leurs enfants sont admissibles» à l'école anglaise. Une employée de la commission qui connaît à fond les critères d'admissibilité de la Charte de la langue française répond aux questions des parents qui composent le 1-800. L'information sur les critères se trouve sur le site Web de la commission, mais il est préférable, explique Maxeen Jolin, coordonnatrice du service des communications à la commission, que les demandes soient «verbalisées» par téléphone. «Lire les critères, c'est bien. Mais il y a tellement de clauses différentes [dans les lois], c'est vraiment du cas par cas», soutient Mme Jolin.
Certains cas sont évidents: par exemple, lorsqu'un parent a fait ses études en anglais, ses enfants ont le droit de faire de même. D'autres cas sont beaucoup plus complexes. Mme Jolin donne l'exemple d'une famille recomposée dans laquelle «le nouveau conjoint de la mère est admissible». À quelles conditions les enfants peuvent-ils alors se faire reconnaître un droit de fréquenter l'école anglaise? «C'est du cas par cas. Alors on dirige tous les appels vers la même personne, qui sait poser les bonnes questions.» Cette personne n'a pas rappelé Le Devoir hier.
Succès
La campagne de publicité, qui n'a pas coûté très cher (7000 $), a eu du succès, indique Mme Jolin. «On a eu plein de bons commentaires.» D'ailleurs, on prévoit pour le 30 septembre 2008 (date à laquelle les chiffres officiels seront divulgués) que le nombre d'inscriptions dans les écoles de la commission sera en augmentation par rapport à l'an dernier. La commission scolaire SWL compte 14 624 élèves qui fréquentent «26 écoles primaires, 12 écoles secondaires, cinq centres d'éducation des adultes et de formation professionnelle et un centre de la nature».
Une campagne similaire, avec le même slogan, a été menée sur le territoire chaque année depuis décembre 2006. Au départ, des dépliants avaient été postés. La publicité dans les journaux est plus efficace, selon Mme Jolin, même si elle a affirmé hier ne pas avoir de chiffres précis sur l'effet de la publicité. Plusieurs commissions scolaires font de la publicité, a soutenu Mme Jolin.
Au Parti québécois, la porte-parole en matière d'éducation, Marie Malavoy, a qualifié la stratégie de la commission scolaire de «racolage» hier. Elle trouve normal que les établissements tentent d'échapper au déclin démographique, mais elle a dit craindre que, pour ce faire, dans le réseau anglophone, on soit tenté de «faire des choses qui ne sont pas dans l'esprit de la loi 101».
Mme Malavoy en a aussi contre le slogan «Moi j'apprends in english», qu'elle juge «irrespectueux pour les deux langues». Mais la chef péquiste Pauline Marois n'a-t-elle pas récemment prôné elle-même l'enseignement de la géographie et de l'histoire au secondaire dans la langue de Shakespeare, afin de rendre les élèves bilingues? Mme Malavoy répond que «J'apprends in english», ce n'est pas «du bilinguisme mais du charabia». Elle y voit la manifestation d'une «tendance inquiétante» selon laquelle, «pour "faire bien", on décide de parler les deux langues en même temps au lieu de parler l'une ou l'autre».
Cette publicité s'ajoute, souligne la députée, à l'affaire, révélée la semaine dernière, des frais juridiques payés par certaines commissions scolaires pour lutter en Cour suprême contre la loi 104. Cette loi visait à colmater une brèche dans la Charte de la langue française par laquelle, jusqu'en 2002, un élève pouvait devenir admissible à l'école anglaise publique après avoir fréquenté pendant un an une école privée anglophone non subventionnée.
Récemment, la commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier a refusé de s'engager dans cette bataille, contrairement à cinq autres des neuf commissions membres de la Quebec English School Boards Association (QESBA). À la commission SWL, on expliquait hier que la brèche d'avant 2002 n'a jamais vraiment permis à ses effectifs étudiants de croître, puisqu'il n'y a pas de collège privé anglophone sur son territoire. «C'était surtout efficace pour les commissions scolaires de l'île», nous a-t-on dit à la SWL.
Dans un fascicule sur les indicateurs de la langue d'enseignement, rendu public ce mois-ci par l'Office québécois de la langue française, on pouvait lire que «sauf entre 1992-93 et 1993-94, où la situation fut quasi stationnaire, le secteur d'enseignement de langue anglaise [pour l'ensemble du Québec] a augmenté continuellement par la suite, à la fois en nombres absolus et en proportions [...]. En 12 ans (1992-2004), le secteur anglophone a gagné plus de 12 200 élèves (gain de 11 %), dont près de 8000 entre 1996-97 et 2001-02 (croissance de 7 %). Son importance relative a régulièrement augmenté, passant de 9,6 % à 11,1% des effectifs scolaires du Québec».


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