Un gâteau sans glaçage...

Chronique de Normand Perry


LE GÂTEAU

Audace, courage et leadership
Le parquet du salon bleu de l'Assemblée nationale du Québec a beau être divisé en deux : d'un côté le Gouvernement, de l'autre les partis de l'Opposition officielle. Mais quand on observe d'un peu plus près les orientations politiques d'ordre économique des trois partis qui y siègent, à des degrés divers, je veux bien l'admettre, il n'y a que la droite qui a droit de parole.
La gauche économique est totalement absente de la colline parlementaire depuis l'avènement de Lucien Bouchard comme premier ministre du Québec.
Ce nihilisme de gauche a forcé le jeu des alliances du côté de formations politiques et ou sociales au cours des dernières années, la dernière en date étant la création de Québec solidaire en février 2006, né de la fusion entre l'Union des forces progressistes et Option citoyenne.
Cette naissance avait suscité beaucoup d'espoir en plusieurs milieux, tant et si bien que QS en quelques occasions d'élections partielles depuis, a fait figure plus que respectable pour une formation politique qui balbutiait à peine son programme électoral.
Mais le portrait de QS depuis le week-end des 24, 25 et 26 novembre 2006 est on peut plus clair et consistant.
Contrairement au chef du Parti québécois, Françoise David a non seulement accepté le verdict des membres de son parti en ce qui concerne la nationalisation de la filière de l'énergie éolienne, mais elle s'est fait un devoir de démontrer en quoi et comment cette chose est une nécessité au Québec. Tous les lecteurs de cette chronique auront en mémoire ma propre position sur cette question, évidemment je ne peux qu'applaudir l'initiative de QS en cette matière tout en soulignant le leadership inspirant de Françoise David.
L'attitude de Françoise David d'être à la fois instigatrice d'une idée, d'alimenter un débat et à terme susciter l'adhésion enthousiaste par un vote majoritaire, c'est ce que je nomme un leadership inspirant. Cela dénote une forte propension d'être à l'écoute de la majorité qui signifie sans aucun doute un énorme respect de la démocratie. Contrairement à une autorité écrasante qui fait la sourde oreille aux souhaits de la population ou aux propres membres de son parti, la personnalité de Françoise David a tout le potentiel pour recevoir une très grande affection du peuple. J'ai tendance à croire que nous avons beaucoup de belles choses à découvrir chez cette femme et que nos médias auraient tout intérêt à s'intéresser à elle, évidemment pour le plus grand bénéfice de l'électorat.
Dans notre paysage politique actuel au Québec, la figure de Françoise David fait grandement contraste à Jean Charest et André Boisclair. Ce sont ces deux figures que j'avais à l'esprit en parlant d'autorité écrasante qui ne sait point être à l'écoute de la démocratie. Et plus nous nous rapprocherons de la prochaine échéance électorale, plus ce contraste apparaîtra évident aux yeux des citoyenEs qui auront à se choisir la personne qui occupera le fauteuil du premier ministre. En tout cas, si j'étais proche conseiller pour Françoise David, je crois avoir une bonne idée des recommandations que je lui soumettrais pour qu'elle se démarque encore davantage en matière de communications. Il s'agit à mon avis tout simplement d'assaisonner quelque peu une recette possédant déjà des ingrédients d'une belle réussite.
Dans un autre ordre d'idées, la création de Pharma-Québec suscite pour ma part une très grande curiosité. Depuis plusieurs années les médias ne cessent de rapporter qu'une grande partie des augmentations faramineuses des coûts du système de santé au Québec est attribuable aux prix élevés des médicaments achetés par les centres hospitaliers.
L'un des objectifs de QS en créant cette nouvelle société d'État est justement de freiner cette explosion des coûts des médicaments. Cela pourrait être comparable à un groupement d'achat, dont l'un des buts est faire baisser les prix des fournitures pour les membres de ce groupe. La garantie d'achat de masse étant acquise pour le ou les fournisseurs, l'acheteur obtient ainsi un certain pouvoir de négociation sur le prix de vente. L'idée de la création de Pharma-Québec me paraît très judicieuse, dans le contexte présent d'un système de santé dont les budgets équivaudront dans quelques années à la moitié du budget du Gouvernement du Québec. Ce qui fait craindre le pire pour les autres missions de l'État.
Si la création d'une société d'État comme Pharma-Québec est certainement très courageuse dans un contexte du libre marché nord-américain, il est nécessaire à QS de recruter des experts économiques pour élaborer un argumentaire inébranlable en campagne électorale. Il y a de l'autre côté, à droite de l'échiquier politique, des gens dont la doctrine économique néo-libérale est fort bien garnie d'arguments fortement crédibles dans l'opinion publique, et la joute promet d'être féroce.
Il y a beaucoup d'autres résolutions qui furent adoptées durant ce week-end d'orientation politique, certaines sont réalistes, d'autres moins. Cependant je préfère et de loin cet élan audacieux et enthousiaste pour le Québec, comparativement à la droite québécoise qui nous assure, peu importe le parti qui sera élu aux prochaines élections, une période encore plus morose de celle que nous vivons au plan politique depuis 2003. Que ce soit au PLQ, à l'ADQ ou au PQ, ces trois formations ont toutes chanté à des degrés divers les supposées vertus d'un Québec lucide et du discours économique carrément ultra conservateur de Lucien Bouchard, et je crois que les Québécois ont suffisamment souffert depuis une décennie de cette pensée économique qui ne favorise qu'une seule et unique classe : la plus aisée. Le temps est venu, je crois, que nous nous inspirions d'une grande majorité des pays d'Amérique latine et peut-être bientôt en France, et que nous revenions à des valeurs humanistes au Gouvernement du Québec en donnant un coup de barre vers la gauche.
* * *
SANS GLAÇAGE

Rien de nouveau sous le soleil
Quelques langues ont reproché à QS et Françoise David de ne pas être « assez souverainiste »; c'est du moins ce que l'on peut constater sur plusieurs tribunes et forums de discussions politiques, notamment sur Internet.
Il est pourtant très clair dans les principes fondateurs de QS que cette formation est souverainiste. Mais depuis le congrès d'orientation de la fin de semaine dernière, plus personne ne pourra prétendre que QS n'est pas souverainiste ou ne l'est pas de manière convaincante.
Le reproche que l'on pourrait faire à QS est de ne pas savoir se démarquer dans la forme d'accession à la souveraineté du Québec par rapport au PQ. Il aurait été nettement avantageux pour cette formation politique d'élaborer quelque chose de neuf en cette matière. Pourtant Françoise David a soulevé de très grandes attentes en ce sens chez beaucoup de souverainistes. Mon collègue ici à Vigile, Patrice Boileau, en parlait récemment dans sa chronique du mercredi, et j'abonde exactement dans le même sens.
Les très grandes attentes dont je viens de parler sont subséquentes à un discours que livra Françoise David, le soir de son investiture dans la circonscription de Gouin, en vue de la prochaine élection au Québec : « Bientôt, QS mettra sur la table ses engagements électoraux. Il y aura dedans, une démarche vers la souveraineté. Une démarche fondée sur les principes les plus élevés de démocratie participative, permettant à chacune et chacun de s'exprimer » disait-elle dans son discours.
Avec un tel aperçu, beaucoup de souverainistes désillusionnés du PQ à réaliser le projet de pays s'attendaient vraiment à ce que QS arrive avec une proposition innovatrice, sortant des sentiers battus référendaires. De ces souverainistes détournés du PQ, déjà un grand nombre empruntent présentement les propositions élaborées par le RIQ (Rassemblement pour l'Indépendance du Québec). Patrice Boileau en a parlé et il s'agit de l'élection décisive. En gros cela consiste à ce que, au préalable, les partis souverainistes s'entendent sur pacte d'alliance qui stipule qu'un vote accordé à l'un ou l'autre des partis souverainistes lors d'une élection générale, s'additionnant au suffrage universel. Dès que la barre des 50%+1 est franchie, à condition que l'une ou l'autre de ces formations soit élue au Gouvernement, le verdict du peuple pour l'accession du Québec à sa souveraineté politique est ainsi entériné.
Cette démarche proposée par le RIQ est largement et pleinement démocratique et elle nous permet de sortir du mode référendaire, qui selon plusieurs, a été vicié dans sa forme et sa substance par la loi sur la clarté référendaire de Stéphane Dion.
Quel fut le choix des membres de QS ?
D'après le site Internet de la SRC :
Les membres du parti de gauche se penchent aussi sur la démarche proposée en vue de tenir un référendum sur la souveraineté dans les 1000 premiers jours d'un gouvernement de Québec solidaire.
Cette démarche se déroulerait en trois temps:
• l'élection d'une assemblée constituante composée à parité d'hommes et de femmes;

• la consultation de la population par cette assemblée;

• la tenue d'un référendum sur des propositions élaborées par l'assemblée.
Quoique je respecte au plus haut point les membres de QS, je crois cette démarche très ardue, pénible et à la fin elle risque de soulever, dans l'électorat, beaucoup plus de lassitude que d'enthousiasme, en plus de nous enfermer dans la logique de la loi sur la clarté référendaire. La nation québécoise est entièrement et absolument libre de ses choix politiques. En ce sens je crois que les partis souverainistes doivent impérativement proposer une voie d'accès à la souveraineté du Québec s'appuyant sur le mode de la démocratie participative (souhait de QS) et qui n'aurait nul besoin d'être soumise aux quatre volontés de la loi Dion. C'est exactement ce que propose le RIQ. Et je tiens à préciser que cette proposition du RIQ est à des années lumières d'un raccourci démocratique, comme je l'ai déjà entendu de la bouche d'un ancien ministre péquiste tout récemment.
Par surcroît, depuis 1973 le PQ a un pied sur l'accélérateur en ayant l'autre sur le frein. Le mode référendaire a montré toute sa vulnérabilité en 1995 avec tout ce que nous en savons aujourd'hui. Lorsque j'évoquais le vice dans la forme référendaire. c'en est le meilleur exemple. Le vice dans la substance étant la loi sur la clarté référendaire. En somme, nous devons trouver un moyen démocratique autre que le référendum pour proposer aux citoyens du Québec le projet de pays souverain. L'élection décisionnelle telle que proposée par le RIQ le permet. Si la majorité du 50%+1 n'est pas atteinte au prochain scrutin général, les risques de répercussions sont beaucoup moins graves qu'un troisième échec référendaire où le Québec sortirait plus que jamais affaibli, et c'est le cas de le dire : à plat ventre.
Une chose est au moins certaine : QS est totalement résolu de faire de la nation québécoise un pays pleinement et entièrement souverain dans le mandat suivant une élection qui le porterait au pouvoir.
Peut-on en dire autant des péquistes d'André Boisclair ? André Pratte a déjà répondu à cette question le 11 octobre dernier, alors qu'il avait bien lu dans les intentions du chef du PQ de biffer tout le chapitre 1 de son programme de parti. J'imagine bien que si une telle affirmation de l'éditorialiste en chef de La Presse était sans fondement et totalement fausse, André Boisclair se serait précipité aux micros des médias ou à son clavier pour le démentir. Or je ne rien vu ou entendu de tel. « Qui ne dit mot, consent » selon la formule consacrée.
Alors si vous demandez si je préfère confier le mode d'accession à la souveraineté du Québec à un chef qui est visiblement timoré sur la question ou à une formation politique qui s'engage trop lentement vers cet objectif, mais que tous deux en sont à croire que le référendum est l'unique voie d'accès au statut d'État souverain pour le Québec, alors je vais devoir me résoudre à établir mes critères de choix d'un prochain gouvernement du Québec vers les autres aspects des programmes respectifs des partis.
Mais la prochaine élection n'est pas nécessairement à nos portes, il n'est certainement pas trop tard pour les membres de QS de poursuivre leur réflexion à propos du mode d'accession à la souveraineté du Québec, de se réunir à nouveau durant un week-end pour revoir certains aspects. Si QS veut vraiment se démarquer du PQ en matière de souveraineté du Québec, les propositions du RIQ seraient à mon sens une occasion en or de marquer des points énormes dans l'électorat souverainiste.
C'est un pensez-y bien...

Squared

Normand Perry126 articles

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On pourrait le décrire comme un grand passionné de communication, de philosophie, de politique, d'histoire, d'astronomie, de sciences, de marketing, de musique classique et d'opéra. Normand Perry mène une vie publique bien remplie, toujours avec des projets plein la tête et des rêves à réaliser.

Après avoir obtenu un premier diplôme universitaire en philosophie au milieu des années ’90, Normand Perry débute sa vie publique comme pamphlétaire, exprimant ses opinions librement, ces dernières étant publiées régulièrement dans les journaux régionaux, les quotidiens et divers sites Web.

Depuis avril 2004, il travaille chez [Soleil communication de marque->http://www.soleilcom.com/], agence de publicité montréalaise, où il est au développement des affaires, en veille stratégique et aux relations publiques.

Depuis juillet 2010, il s’est vu confié un projet radiophonique à [l’antenne de Radio Ville-Marie->http://www.radiovm.com/index.aspx] où il conçoit, réalise, anime et supervise le montage d’une émission portant sur l’orthodoxie chrétienne au Québec : [Voix Orthodoxes->http://www.voixorthodoxes.org/].

Sa plume va le conduire en politique active.

Après s’être fait connaître comme pamphlétaire à partir du début des années 2000 dans sa région du Suroît, il se fait remarquer, et on lui propose la présidence de circonscription au Parti Québecois dans Soulanges au début 2005. Suite à la démission inattendue de Bernard Landry en juin 2005 comme chef de cette formation politique, Normand Perry appuie d’emblée la candidature de Louis Bernard tout en s’opposant farouchement à l’élection d’André Boisclair. Lorsque ce dernier remporte la chefferie du PQ en novembre 2005, Normand Perry démissionne de sa présidence et quitte le PQ sur-le-champ.

A l’automne de la même année il se fait élire au conseil municipal à Les Coteaux dans la circonscription de Soulanges au Québec. Il se voit confier notamment les responsabilités du comité des loisirs, où conçoit et implante un programme de subvention à l’activité sportive pour les jeunes; il occupe la vice-présidence du HLM, il aussi responsable de la sécurité publique et participe activement à la fondation de la Régie inter municipale des Pompiers du Lac-St-François (fusion des services des incendies de Les Coteaux et St-Zotique).

Lors de la création du nouveau parti politique Québec solidaire en février 2006, il en devient membre et participe au congrès de fondation à Montréal. Il se porte candidat aux élections provinciales de mars 2007 pour cette formation politique dans la circonscription de Beauharnois.

Après ces quelques années en politique active, il poursuit son œuvre de réflexion pamphlétaire, notamment sur le [Blogue de Normand Perry->http://normandperry.blogspot.com/] tout comme sur Vigile et bien d’autres médias québécois





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