En exclusivité sur Vigile

Portrait d'un chef : Mario Dumont (1)

Chronique de Normand Perry

[PREMIÈRE PARTIE->4043]


Née d’une simple fascination à l’endroit du leader politique qu’est Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec, une véritable curiosité à son égard m’a poussé depuis quelques semaines à l’observation et l’analyse de l’homme, du politicien, de ses valeurs, de ses idées et de sa vision du Québec.
Étant de la même génération que cet ancien président des jeunes du PLQ, qui a tourné le dos à Robert Bourassa au début des années 1990, dans la foulée de l’échec de l’Accord du Lac Meech, j’ai été témoin, comme tous mes compatriotes, de la naissance de l’ADQ, qui, au fil des ans, a de plus en plus développé des idées conservatrices au plan social et néo-libérales au plan économique.
J’ai été frappé en observant Mario Dumont au cours des derniers mois, par sa maturité d’esprit qui se manifeste par une assurance déconcertante dans sa façon de dire les choses. Sa manière de parler est directe, franche et sans faux-fuyant. Cet homme fait preuve d’un courage politique qui frise parfois la témérité. Dans notre paysage politique québécois actuel, n’est-ce pas là une façon de faire et de dire les choses qui semble quelque peu inusitée ? Il y aurait lieu de penser que oui.
J’ai donc voulu vérifier par moi-même toutes ces impressions, et j’ai demandé à rencontrer Mario Dumont en entrevue pour ma chronique paraissant sur Vigile.
Avant mon entretien avec Monsieur Dumont, je m’étais imposé le devoir de le questionner sur la plate-forme électorale de son parti lancée avant les fêtes de Noël, et plus particulièrement sur trois projets étonnants. Ces trois propositions à saveur « souverainistes » soulèvent beaucoup de curiosité au Québec, et je croyais impératif de demander au chef de l’ADQ de préciser sa pensée à leur sujet.
Monsieur Dumont m’a reçu à ses bureaux de Montréal jeudi dernier le 18 janvier. C’est donc en exclusivité sur Vigile que je vous livre le contenu intégral de cette rencontre avec le chef adéquiste. Cette entrevue sera divisée en trois volets. Par la suite, à l’intérieur d’une dernière chronique à ce propos, je livrerai mon analyse critique du programme de l’ADQ et mon appréciation à l’égard de son chef, de ses idées et de son expérience. Voici le premier volet de l’entrevue.
***
NP : [Dans un éditorial l’automne dernier->3444], le directeur du journal Le Devoir, Bernard Descôteaux, qualifiait la prochaine élection au Québec comme étant celle de votre dernière chance. Que pensez-vous des propos du directeur du Devoir à votre endroit ?
MD : A peu près à tous les scrutins, peu importe le niveau, on dit de telles choses à propos de tous les chefs des partis. Vous savez, on voit à peu près tous les scénarios aux élections. On a vu le PQ de Lévesque partir de six sièges et prendre le pouvoir. Inversement, on a vu les conservateurs avec une forte majorité au Parlement finir avec deux députés dans l’opposition. Je me dis qu’il faut juste avoir l’humilité d’accepter qu’il peut arriver du meilleur comme du pire et y être préparé. C’est un peu dans ce sens que j’ai compris les propos du directeur du Devoir. Il n’y a qu’une certitude que nous pouvons avoir en politique, c’est que la seule constante est l’imprévu.
NP : Curieusement depuis, on retrouve le nom de Mario Dumont plus souvent qu’autrement à l’avant-scène de l’actualité québécoise et ce, pour plus d’une raison.
D’ailleurs, c’est ce qui m’a incité à ce que vous m’accordiez aujourd’hui cette entrevue, question de faire préciser votre pensée sur les sujets que vous avez soulevés plus ou moins récemment, et qui font couler beaucoup d’encre dans nos journaux et provoquent de nombreux débats dans les médias électroniques.
Le but de cet entretien aujourd’hui est de permettre aux lecteurs de Vigile de mieux saisir l’essence même de votre pensée politique et celle de votre parti, de saisir le fondement des valeurs qui vous animent comme chef d’un parti politique et potentiellement comme premier ministre du Québec.
NP : Commençons si vous le voulez Monsieur Dumont par certaines propositions que nous retrouvons au cœur de la plate-forme électorale de l’ADQ. Il y en a trois qui soulèvent beaucoup de curiosité chez les souverainistes du Québec. Il s’agit de l’élaboration d’une constitution québécoise, de la citoyenneté québécoise, de même que le prélèvement des impôts à l’endroit du contribuable québécois, qui sous un gouvernement adéquiste, serait de la responsabilité exclusive du Gouvernement du Québec. Ai-je bien saisi l’essence de ces trois propositions Monsieur Dumont ?
MD : Tout à fait. En ce qui concerne l’idée d’une constitution québécoise, elle n’est pas nouvelle dans le programme du parti. Nous l’avons amenée dans la plate-forme électorale et cette proposition prend un sens nouveau dans le cadre du débat actuel sur les accommodements raisonnables, car c’est une occasion offerte dans ce contexte pour ramener nos valeurs communes au centre de nos préoccupations au Québec et de bien les établir. Pour moi, dans une constitution québécoise, il y aurait entre autres, la charte de la langue française, nos lois démocratiques, une décentralisation des pouvoirs vers les régions, car, dans l’optique autonomiste de l’ADQ, il faut bien établir le partage des pouvoirs entre nos régions et le Gouvernement du Québec, et évidemment la charte québécoise des droits et libertés.
En ce qui concerne à la proposition d’une citoyenneté québécoise, il ne faut pas l’entendre au sens légal du terme, où par exemple chacun aurait un passeport. Non. Il faut plutôt comprendre cette proposition dans le sens d’une intégration et de l’appartenance à la communauté politique qu’est le Québec. On dit qu’une constitution québécoise doit bien établir les valeurs communes du Québec. Il faut dire aux gens qui viennent construire le Québec avec nous : « bien voici, ici c’est l’égalité de droit entre hommes et femmes, la liberté d’expression, bref, des choses que l’on ne peut pas entraver, même au nom de préceptes religieux, on ne pourra pas aller à l’encontre des grands principes établis par le Québec sur son territoire. » Alors le principe de la citoyenneté québécoise est un peu une formule d’adhésion à nos valeurs et à cette constitution.
En ce qui concerne la question des prélèvements des impôts effectués uniquement par le Gouvernement du Québec au nom de Québec et d’Ottawa, il faut rappeler qu’une formule de perception d’impôt unique existe déjà au niveau de la TPS et de la TVQ. C’est le Gouvernement du Québec qui collecte tout et qui remet à Ottawa les sommes provenant de la TPS.
Pour les deux premières propositions, ce sont des choses que l’on peut faire sans demander la permission de qui que ce soit. Quant à la dernière proposition sur l’impôt, il faudra évidemment négocier. L’idée d’opérer dans l’illégalité est inacceptable.
NP : J’aimerais vous entendre davantage sur l’idée de l’instauration du mode de prélèvement d’impôt unique qui serait de la responsabilité entière du Gouvernement du Québec. J’ai l’impression que cela aura peu d’opposition chez électeurs, qu’ils seraient même d’accord avec l’idée de payer tous leurs impôts à un seul palier de gouvernement, celui du Québec. J’ai deux questions à ce propos :
1) Est-ce que ce nouveau régime qu’un gouvernement de l’ADQ instaurerait en matière de fiscalité signifie également que les contribuables du Québec n’auront à l’avenir qu’un seul rapport d’impôt à produire annuellement ?
Sans l’ombre d’un doute, oui. Le fardeau de se démêler dans la paperasse des impôts n’incombera plus au citoyen. Ce sera au gouvernement de se casser la tête avec la paperasse. L’idée est de simplifier la vie du citoyen en ne demandant qu’un seul et unique rapport d’impôt annuel. Comme c’est le cas dans les autres provinces canadiennes. Pour eux cependant, le rapport est rédigé pour et dirigé vers Ottawa. D’un point de vue québécois, une telle chose est inacceptable.
NP : 2) Je pense que la plupart d’entre nous entrevoyons avec optimisme le jour où nous n’aurons qu’un seul impôt à payer. Mais d’autre part, la résistance risque d’être forte de la part du Gouvernement canadien. De quelle manière et avec quels arguments allez-vous défendre cette manière de faire, qui me semble à la fois inusitée et novatrice dans le cadre fédéral canadien ? Comment allez-vous vous y prendre pour convaincre vos homologues d’Ottawa que cette idée est défendable et viable ? Quels sont les devoirs de l’ADQ au plan juridique en cette matière ?
MD : Tout d’abord, je dirais que la viabilité d’un tel projet n’est même pas questionnable au plan pratique. Nous avons une histoire de quinze années en ce qui concerne la TPS que nous évoquions tantôt, et tout fonctionne à merveille. Je n’ai jamais lu dans le journal que Québec n’avait pas été diligent à payer ces affaires à l’endroit du gouvernement fédéral. En ce qui regarde la viabilité politique, on est conscient que ce combat à faire n’est pas nécessairement facile.
Mais voyez-vous, sur un ensemble de volets, on est convaincu que l’ADQ peut obtenir des gains pour le Québec en termes d’autonomie. La citoyenneté et la constitution québécoise, il n’y a personne à consulter dans le reste du Canada à ce propos, on le fait et ça s’arrête là ! Sur d’autres questions, on ne s’en cache point, il y aura des choses à négocier. Mais on fait le pari qu’à la fin d’un mandat d’un gouvernement de l’ADQ, le Québec sera plus autonome qu’au début. Et même si nous n’avons pas atteint tous les objectifs que nous nous fixons, nous avons la certitude que nous aurons fait des progrès importants et significatifs. Et dans le cas de la question de la collecte unique de l’impôt, si cela ne semble pas nécessairement facile, ce n’est certainement pas impossible.
Je suis animé par la conviction qu’il est plus bénéfique de s’unir au Québec autour d’un projet autonomiste que de se lancer dans un autre référendum. Voyez-vous, le PQ n’a ni le projet, ni le leadership, ni le chef à la fin pour réussir ce qu’il prétend vouloir accomplir. Et n’oublions-pas que les Québécois ont été questionnés à deux reprises sur une assez courte période de temps sur la même question. Trente ans c’est peut-être long dans la vie d’une personne, mais dans l’histoire d’une nation, trente ans c’est une poussière de temps.
NP : Il me vient spontanément une question à l’esprit en regard de la collecte unique d’impôt et de la négociation que ce système va demander au préalable avec Ottawa : dans la perspective de l’élection d’un gouvernement du PLC sous la direction de Stéphane Dion, n’entrevoyez-vous pas une partie de bras de fer ?
MD : Cela risque d’être plus difficile, je dois l’admettre, mais certainement pas impossible. Mais j’aime mieux avoir à l’esprit que l’on doit dépersonnaliser les choses. Et si on regarde dans l’histoire, les gouvernements conservateurs ont été en général, beaucoup plus respectueux des champs de compétences des provinces, beaucoup plus décentralisateurs, plus respectueux des pouvoirs du Québec. On doit bien se rendre à l’évidence par contre que Stéphane Dion s’inscrit dans la lignée des Trudeau et Chrétien. Mais on ne doit pas lui prêter de mauvaises intentions avant qu’il n’ait accompli quoi que ce soit.
Ce qui m’importe d’abord, et c’est pour moi le facteur fondamental de réussite dans un dossier comme celui-là, c’est d’unir le peuple québécois autour d’un projet rassembleur comme cette idée que nous discutons ensemble, et avec un appui très ferme et fort du peuple, cela nous place en très bonne posture dans des négociations éventuelles, et ce, sur n’importe quelle question.
NP : J’aimerais vous entendre Monsieur Dumont sur l’apparente nécessité d’instaurer la citoyenneté québécoise. Quels sont les bénéfices que les citoyens du Québec en tireront ? Et également qu’est-ce que cela changerait concrètement dans la vie quotidienne de monsieur et madame « tout-le-monde » ? Quelles nouveautés devons-nous attendre de l’adoption d’une citoyenneté québécoise ?
MD : Comme nous l’avons effleuré tantôt, la citoyenneté québécoise s’inscrit plutôt dans la perspective du sentiment d’appartenance.
En regard des bénéfices ? Prenez l’exemple de l’année que nous venons de vivre collectivement. Il y a des valeurs communes importantes pour les Québécois. Importantes dans nos têtes certes, mais également importantes dans notre histoire. Si le Québec est ce qu’il est devenu, c’est qu’il y a des gens qui se sont battus pour cela, l’égalité entre les hommes et les femmes, puis d’autres valeurs… tout cela est la résultante d’actions, de militantisme, de changements sociologiques. Le Québec est devenu ce qu’il est grâce à tout cela. Et je crois fondamental que nous devons être clairs concernant nos messages à l’endroit des personnes qui viennent bâtir le Québec de demain avec nous, c’est de nous assurer que ces gens-là adhèrent à ces valeurs, à cette citoyenneté-là avec tout ce qu’elle sous-entend et ce qu’elle engage. Évidemment, nous devons préserver notre visage pluraliste avec des valeurs qui unissent. Le laisser-aller dont nous avons été témoins depuis quelques années, nous nous en rendons compte aujourd’hui, ne mène nulle part, sinon qu’à des situations conflictuelles et cela est contraire à ce que nous voulons voir pour l’avenir du Québec. La volonté des Québecois de préserver notre patrimoine de valeurs, et nous le constatons dans les débats actuels autour des accommodements raisonnables, est une volonté très ferme dans la population.
NP : Quels sont les exemples ailleurs dans le monde où cela existe ?
Il y a dans le monde des pays où il existe ce genre de choses. Prenez l’exemple très récent de la Catalogne qui a maintenant un statut d’autonomie. Et plusieurs éléments de la spécificité de la Catalogne sont très intéressants pour le Québec. Il y a des Länder allemands avec des dénominations différentes et des citoyennetés d’appartenance respectives.
Dans le cas du Québec, en matière d’immigration, il faut avoir en tête que le continent nord-américain est d’abord et avant tout une terre d’accueil pour les immigrants, cela a toujours été, depuis les premiers temps de la colonisation des Amériques, et le Québec n’y échappe pas, nous sommes une terre d’accueil privilégiée. Et sur cette problématique de l’immigration, ce n’est pas d’hier que le Québec revendique une autonomie en cette matière, quant à la sélection et l’intégration. Il y a eu des gains dans le passé et nous devons continuer. Et on doit reconnaître du même souffle, qu’il y a eu relâchement en cette matière par le gouvernement libéral au cours de son mandat.
Donc à terme, les gens qui viennent se joindre à la société du Québec, qui font la cérémonie d’allégeance à la Reine au niveau fédéral, il devrait y avoir également une symbolique d’adhésion et d’appartenance à la citoyenneté québécoise avec les valeurs qui s’y rattachent.
NP : Est-ce que cette cérémonie s’additionnerait à la première ou est-ce qu’elle la remplacerait tout simplement ?
MD : On n’est pas rendu là ! (dit avec un sourire narquois).
Fin de la première partie
***
La semaine prochaine, nous allons notamment aborder en profondeur avec Monsieur Dumont la question de la constitution québécoise et la définition du mot « autonomie », non pas selon le Petit Larousse ou le Petit Robert, mais bel et bien selon le petit Mario…

Squared

Normand Perry126 articles

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On pourrait le décrire comme un grand passionné de communication, de philosophie, de politique, d'histoire, d'astronomie, de sciences, de marketing, de musique classique et d'opéra. Normand Perry mène une vie publique bien remplie, toujours avec des projets plein la tête et des rêves à réaliser.

Après avoir obtenu un premier diplôme universitaire en philosophie au milieu des années ’90, Normand Perry débute sa vie publique comme pamphlétaire, exprimant ses opinions librement, ces dernières étant publiées régulièrement dans les journaux régionaux, les quotidiens et divers sites Web.

Depuis avril 2004, il travaille chez [Soleil communication de marque->http://www.soleilcom.com/], agence de publicité montréalaise, où il est au développement des affaires, en veille stratégique et aux relations publiques.

Depuis juillet 2010, il s’est vu confié un projet radiophonique à [l’antenne de Radio Ville-Marie->http://www.radiovm.com/index.aspx] où il conçoit, réalise, anime et supervise le montage d’une émission portant sur l’orthodoxie chrétienne au Québec : [Voix Orthodoxes->http://www.voixorthodoxes.org/].

Sa plume va le conduire en politique active.

Après s’être fait connaître comme pamphlétaire à partir du début des années 2000 dans sa région du Suroît, il se fait remarquer, et on lui propose la présidence de circonscription au Parti Québecois dans Soulanges au début 2005. Suite à la démission inattendue de Bernard Landry en juin 2005 comme chef de cette formation politique, Normand Perry appuie d’emblée la candidature de Louis Bernard tout en s’opposant farouchement à l’élection d’André Boisclair. Lorsque ce dernier remporte la chefferie du PQ en novembre 2005, Normand Perry démissionne de sa présidence et quitte le PQ sur-le-champ.

A l’automne de la même année il se fait élire au conseil municipal à Les Coteaux dans la circonscription de Soulanges au Québec. Il se voit confier notamment les responsabilités du comité des loisirs, où conçoit et implante un programme de subvention à l’activité sportive pour les jeunes; il occupe la vice-présidence du HLM, il aussi responsable de la sécurité publique et participe activement à la fondation de la Régie inter municipale des Pompiers du Lac-St-François (fusion des services des incendies de Les Coteaux et St-Zotique).

Lors de la création du nouveau parti politique Québec solidaire en février 2006, il en devient membre et participe au congrès de fondation à Montréal. Il se porte candidat aux élections provinciales de mars 2007 pour cette formation politique dans la circonscription de Beauharnois.

Après ces quelques années en politique active, il poursuit son œuvre de réflexion pamphlétaire, notamment sur le [Blogue de Normand Perry->http://normandperry.blogspot.com/] tout comme sur Vigile et bien d’autres médias québécois





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4 commentaires

  • Normand Perry Répondre

    22 janvier 2007

    Une petite mise au point devient une nécessité : comme je l'ai annoncé dans l'introduction de mon sujet, je vais apporter mon analyse et ma critique qu'à la toute fin de l'entrevue, qui je le rappel, sera diffusée sur trois volets. La partie analyse et critique sera publiée de manière distincte sur un quatrième et dernier volet à propos de ce dossier « Portrait d’un chef : Mario Dumont ».
    D'ici là je garde en réserve mes commentaires sur le contenu des réponses de monsieur Dumont.
    Merci.
    Normand PERRY

  • Luc Bertrand Répondre

    22 janvier 2007

    Quel débit de beaux mots pour à peu près rien dire! Monsieur Perry, il faut voir l'impact RÉEL des changements proposés par l'ADQ dans leur plate-forme électorale et comparer la situation avec celle que nous donnerait un pays souverain.
    Une constitution québécoise, c'est bien beau, je suis 100% avec l'objectif de sentiment d'appartenance. Cependant, l'impasse de la constitution canadian de 1982 reste toujours entière. Mario Dumont a clairement démontré dans cette entrevue qu'il n'avait pas l'intention de remettre en question l'ordre constitutionnel canadian. En effet, s'il y avait contradiction entre les deux constitutions, ce serait la canadian qui continuerait de primer.
    Même chose pour la nationalité québécoise. Vous l'avez constaté, Mario Dumont esquive la question lorsqu'on lui demande LAQUELLE des allégeances aura priorité. Soumettre les immigrant(e)s québécois(e)s à cette obligation de prêter DEUX serments de fidélité est à la fois aberrant et incohérent. Aberrant, car on leur demande de prêter serment à deux États qui sont en opposition lorsqu'on parle de la majorité nationale. Incohérent, car la subordination du serment québécois à celui canadian revient à annuler le premier, ce qui revient à reconnaître la totale futilité de l'exercice.
    Super Mario peut bien jouer au "brave" en affirmant ne pas avoir à obtenir le consentement du Canada pour les deux premières initiatives de son programme! Il agit essentiellement comme un "défonçeur de porte ouverte", ou, pour rester dans le ton à la mode ces temps-ci, ce n'est même pas un "accomodement raisonnable" puisque cette constitution et cette nationalité québécoises n'ont aucun impact sur la constitution ou la nationalité canadians!
    Enfin, je concède que seule la perception des impôts par Québec (impôt unique) serait vraiment une avancée, puisque cette initiative faciliterait les négociations de passation des pouvoirs fédéraux à l'Assemblée nationale après une proclamation de souveraineté. Effectivement, le gouvernement du Québec disposerait d'un rapport de force en ayant la possibilité de "couper les vivres" à Ottawa et les citoyen(ne)s et entreprises québécois(e)s n'auraient pas à assumer la responsabilité de "désobéir" au gouvernement fédéral ou ne pourraient choisir de "collaborer" avec lui. Vous voyez bien qu'il s'agit davantage d'un écran de fumée de la part de l'ADQ, puisque Mario Dumont ne fait qu'énoncer la nécessité de négocier avec le fédéral pour ce troisième volet de son programme. Lorsque vous le mettez en face de la dure réalité que son interlocuteur pourrait être le très centralisateur Stéphane Dion, sa réponse qui cherchait à minimiser les possibilités d'échec en prétendant qu'il fallait "laisser la chance au courreur" avec Dion, il s'agit à nouveau d'une esquive très politicienne.
    Malheureusement, je dois convenir avec Mario Dumont qu'André Boisclair et le Parti Québécois actuel sont inadéquats pour faire le pays du Québec, mais sa perception de la cause de la baisse de popularité de l'option souverainiste (si baisse il y avait!) est fausse. Si les Québécois(e)s semblent moins "chaud(e)s" à l'idée de faire la souveraineté, ce n'est pas à cause du manque de mérite de la chose, mais à cause du discrédit que le PQ a fait souffrir à cette idée depuis l'arrivée de son nouveau chef.
    Bref, entre l'ADQ et le PQ comme alternatives pour battre le gouvernement libéral de Jean Charest (le plus impopulaire de l'histoire du Québec, faut-il le rappeler!), ça se résumera en quelque sorte à un choix de chef. Autant l'ADQ se servira de ses "appâts souverainistes" pour voler la clientèle péquiste et former un AUTRE gouvernement PROVINCIAL qui aura les coudées franches pour y mettre en oeuvre son programme de droite, autant le PQ de Boisclair cherchera à courtiser les adéquistes avec ses vues de droite et son référendum remis aux calendes grecques. Donc, que ce soit l'un ou l'autre, nous sommes convié(e)s à élire un AUTRE gouvernement provincial qui continuera à nier son impuissance vis-à-vis des décisions du gouvernement fédéral qui iront dans le sens contraire aux aspirations du Québec.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 janvier 2007

    M Perry.
    Mario Dumont compte t'il déclarer unilatéralement l'autonomie du Québec au sein d'un canada uni advenant l'échec d'un amendement de la constitution canadian?
    L'autonomisme n'a rien d'une troisième voie, j'espère que vous le soulignerez en gras à votre prochaine chronique.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 janvier 2007

    Il y a d'autres confédérations ou la citoyenneté _légale_, pas seulement symbolique, est du ressort des États confédérés et non du fédéral. La Suisse est un très bon exemple. Qui immigre dans la République du Canton de Genève devient Suisse seulement en étant naturalisé citoyen du Canton de Genève par el gouvernement de cette République.
    On peut dire que l'intégration de l'immigration est un enjeu encore plus grand au Québec, étant donné sa situation, qu'à Genève.
    Pourquoi ne pas instituer une citoyenneté légale ? C'est ce qu'il faut pour que la mesure soit sérieuse et porte à conséquence : plus personne ne pourrait se tromper d'adresse en immigrant au Québec !