Un coup de sang

Comprendre notre intérêt national

On me pardonnera ou pas ce coup de sang, mais ce que je vois depuis quelque
temps commence à m'exaspérer sérieusement, et je soupçonne n'être pas seul
à sacrer.
Contrairement à ce qu'on lit trop souvent dans Vigile et ailleurs, il ne
suffit pas de répéter jour après jour: «Vive l'indépendance!» pour que la
chose se fasse. Il n'est pas non plus vrai qu'elle ne s'est pas encore
concrétisée à cause de mauvais bergers ou de traîtres carriéristes. En
dépit de stratégies pas toujours appropriées et de chefs pas toujours ni
tous à la hauteur, la nécessité de l'indépendance a tout de même été
clairement expliquée depuis plus de quarante ans. La mentalité colonisée a
transmis son avatar de génération en génération, mais, malgré tout, l'appui
stable à la cause, même minoritaire encore, a augmenté constamment. Quant
à l'appui conjoncturel, c'est une donnée variable au gré de l'actualité et
de la quantité de poil à gratter de l'émotivité populaire, mais cela se
reproduira jusqu'à ce qu'une majorité stable se dégage; il faut vivre avec
ce phénomène.
Il ne suffit surtout pas que continuent à se créer des mouvements, des
partis ou des particules se prétendant davantage pur jus ou plus pressés
les uns que les autres; si la solution se trouvait là, l'indépendance
serait faite depuis longtemps: comptez le nombre de sites, d'organisations
et maintenant de partis promouvant la cause... En réalité, qu'a créé toute
cette agitation? Nous nous "sur-convainquons" entre nous, nous nous
anathémisons réciproquement, lorsque nous ne nous méprisons pas carrément.
«Ma conviction est plus forte que la tienne!» «Ma pureté sent meilleur que
la tienne!» «Ma foi est plus radicale que la tienne!» On suppose que son
père est plus fort que celui de l'autre, tant qu'à y être?
Et nous croyons que le peuple va se décoloniser plus rapidement et en plus
grand nombre parce que nous déchirons davantage notre chemise sur la place
publique ou que nous rivalisons d'audace dans notre manière de prétendre
rompre avec le Canada? Nous pensons que le citoyen moyen va pleurer
d'attendrissement parce que nous prêchons et reprêchons un agir pour soi
collectif nanti de normes, un catéchisme "approuvé Québec" et une chaire de
l'indépendance? Nous sommes convaincus que le quidam normal va embarquer
en sautant à pieds joints dans notre train parce que nous cassons du sucre
sur le dos du Parti québécois et du Bloc jusqu'à ce qu'il ne reste plus de
sucre ni de dos? Je l'ai moi-même fait, je sais, et je conclus à l'erreur.
On peut et on doit pointer les errements flagrants et les faiblesses, mais
il y a une limite à faire porter toute la responsabilité du piétinement
actuel à la seule organisation, aussi imparfaite fût-elle, qui a fait
davantage que parler par deux fois, même si nous prétendons, après coup,
qu'elle n'a rien dit. Voilà des années qu'existent des mouvements
marginaux indépendantistes, et aucun n'a réalisé quoi que ce soit de plus
ou de mieux, quand ils ne se sont pas contentés de nuire. Je veux bien, si
besoin est, qu'on change de véhicule, mais alors qu'on en construise un
seul, pas un pour chaque jour de l'année ou pour chaque indépendantiste qui
fait des boutons. Sommes-nous si certains que la foule trouve crédible ce
crêpage de chignon entre mordus de la cause? Au fond, avons-nous vraiment
besoin de ces médias vendus à la fédérastie pour assassiner notre idéal?
Nous sommes parfaitement capables de le tuer tout seuls, à petit feu.
Qu'il y ait discussion sur les moyens de parvenir au but va de soi. Mais,
le plus souvent, il ne s'agit pas d'une discussion, il s'agit d'un combat
entre idées arrêtées, sans souci du réel. Or le réel inclut, par exemple,
la géopolitique, la diplomatie internationale, l'état actuel des pratiques
possibles, le rapport de force Canada / Québec selon le contexte de
réalisation, les moyens dont dispose ou plutôt devrait disposer le Québec
pour se défendre advenant qu'on veuille le contenir par la force, la
mobilisation préventive et coordonnée des sources financières disponibles
propres à empêcher toute tentative de déstabilisation, et bien d'autres
sujets encore. Parmi les leaders indépendantistes, jusqu'à maintenant, un
seul avait au moins envisagé beaucoup de ces questions avant de plonger et
s'était raisonnablement préparé: Jacques Parizeau.
Parmi ceux qui
réfléchissent publiquement aux questions importantes présentement, très
rares sont ceux qui, sur le plan concret, savent d'expérience de quoi ils
parlent, ce qui, pour prendre un seul exemple, en amène plusieurs à ne pas
prendre au sérieux un spécialiste aussi respectable que René Marcel Sauvé,
alors que les stratèges fédéraux s'en méfient comme de la peste, qu'il est
cordialement haï depuis 35 ans par l'état-major de l'armée canadienne, et
pour cause! Cela s'explique: sur certains sujets sensibles, comme la
nécessité absolue du renseignement (militaire, économique, politique et
diplomatique), la société québécoise, même chez ses politiciens chevronnés,
est en général naïve et le plus souvent inconsciente, négligeant presque
toujours la guerre de l'ombre, ce qui la condamne plus souvent qu'autrement
à se faire manipuler là où ça compte vraiment. La désinformation que subit
l'ensemble des Québécois porte beaucoup plus loin que les coups tordus des
médias fédéralistes ou à la solde de l'establishment financier canadian.
Oui, les Québécois sont, depuis très longtemps, annexés, colonisés,
trompés, manipulés. Même les meilleurs en ont subi et en subissent encore
les conséquences. Et l'on s'étonne que cette nation dont nous sommes,
autant dans ses carences que dans ses qualités, n'agisse pas rapidement,
dans l'unanimité et en bon ordre de bataille, en direction de la liberté,
alors que les plus conscients, dont nous ne doutons jamais d'être, passent
leur temps à se chamailler sur la meilleure manière de militer et sur les
couleurs de leur drapeau!
Ne te méprends pas, lecteur: j'admire tous ceux qui travaillent en vue de
notre objectif, je ne mets pas en cause leurs motifs, je sais que nous
sommes tous d'une terrible sincérité, qui a d'ailleurs coûté cher à
certains. Je prétends cependant que nous voyons trop souvent l'arbre qui
cache la forêt, que parfois nous compliquons tout à force de vouloir
simplifier, que nous rendons le chemin tortueux à force de vouloir trouver
des raccourcis.
Lorsque je réalise à quel point mes étudiants, après douze ou treize
années d'école, ont été décervelés, "décitoyennisés", "déshistoricisés",
"déculturisés", tenus dans l'insignifiance intellectuelle, formés à la
rectitude politique, aux idées reçues et aux sentiments simplistes, je suis
presque saisi d'effroi. Ce sont après tout les générations d'un peuple qui
n'a jamais réglé la question de son existence, ce qui les rend d'autant
plus vulnérables parce que malléables.
Je soupçonne bien que je rêve tout éveillé, en tout cas on ne me l'enverra
pas dire et je l'accepte volontiers, mais je me demande comment en sortir
autrement qu'en commençant par abandonner, tous, sans exclusive, nos
prétentions à la "vérité" sur l'indépendance. La première chose à faire,
peut-être: développer une dynamique de la prise en charge de la nation par
elle-même sans viser à l'embrigader dans des théories toutes garnies ou des
chapelles, refuser le moule des appartenances doctrinaires. Proposer, au
fur et à mesure des occasions et des besoins concrets, des solutions à la
pièce sur des problèmes précis en lien avec l'indépendance, provoquer
chaque fois le mouvement d'une opinion publique éclairée en vue d'une
action de masse, d'une pression solide sur le parti le mieux placé, quel
qu'il soit, pour faire bouger les choses à ce moment. En bref, décoloniser
progressivement, couche par couche, ce qui n'exclut absolument pas une
"éducation" populaire continue sur les raisons et les nécessités de
l'indépendance. On apprend à marcher en marchant, pas en lisant le petit
manuel du parfait marcheur.
Je sais: le travail à la pièce ne rencontre pas l'assentiment des docteurs
ès indépendance, qui veulent un peuple réveillé d'un coup ou pas du tout,
comme si mes étudiants devaient obtenir une moyenne générale de 90% dès le
premier mois de la session ou quitter le cégep. J'ai abandonné ma
concession au cimetière de la pureté absolue, rempli de combattants
foudroyés par les conséquences de leurs bonnes intentions.
Je crains que les indépendantistes de longue date aient en général vieilli
trop vite: parce que l'objectif ne s'est pas encore concrétisé et qu'ils
sont, tout comme moi, plus près de la fin de leur vie que de leurs vingt
ans, ils sont convaincus qu'il est presque trop tard. Trop tard pour eux,
pour nous, peut-être, mais la vie d'une nation ne s'arrêtera pas avec celle
d'une génération dépitée ou aux abois. Allons-nous nier pour les autres la
possibilité — en fait, la probabilité — de l'indépendance à cause de notre
ressentiment à l'idée de ne pas atteindre la Terre Promise? Allons-nous
continuer de les précipiter dans toutes les directions sous prétexte
d'extrême urgence? Voilà plus de quarante ans que j'entends la
ritournelle; si aucun espoir n'était plus possible, cela se saurait, et
nous ne serions pas en train de lire Vigile ou de concocter un papier pour
l'y publier.
Mon désir le plus ardent: que les plus jeunes cessent de broyer du noir à
cause des gâteux que nous risquons de devenir, qu'ils n'épousent pas nos
querelles et dialoguent vraiment, au plus sacrant, afin de forcer un
regroupement au sein d'une seule structure le moins contraignante possible,
dont le seul objectif final sera l'indépendance; et, surtout, qu'ils
cessent de théoriser dans le vide comme nous le faisons et se forment
plutôt aux disciplines qui leur permettront de travailler effectivement,
tout en s'exerçant au coup par coup jusqu'au moment où ils seront prêts
pour le raz-de-marée.
Bon! J'ai suffisamment scandalisé les âmes sensibles et fait ricaner les
autres pour aujourd'hui. Veuillez m'excuser: un coup de sang, moi, ça me
donne faim... et soif. Un impur, ce n'est pas très porté sur la
frugalité.
Raymond Poulin


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31 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    24 octobre 2007

    Mercredi, 24 octobre 2007 Bruno deshaies (suite)
    J’apporterais une correction et une précision sur mon cinquième point :
    • Mon cinquième point révisé : on peut croire à l’indépendance même si on ne connaît pas les notions fondamentales qui se trouvent dans Les Normes. Les Québécois-Français ont tellement été emmêlés par le processus de leur annexion depuis 1760 que “leur pensée est complètement troublée par le principe indépendantiste et obscurcie par le principe fédéraliste.”

  • Archives de Vigile Répondre

    24 octobre 2007

    Monsieur Poulin :
    Je ferais d’abord une remarque générale :
    Vous semblez être un peu piqué. C'est ce qui arrive parfois à ceux qui ont "un coup de sang" ! Soit dit amicalement. Les réalistes et les lucides peuvent tirer dans toutes les directions, il n'y a pas de problème. Leur logique est pragmatique. Or, on constate que, dans notre histoire, le nombre d'historiens fédéralistes et autonomistes ou provincialistes est majoritaire. Le problème, c'est que le passé les rattrape toujours. Le Canada-Anglais est un partenaire redoutable. Il jouit majoritairement d'un État fédéral dans lequel il détient la majorité. Oublier cette donne, c'est se mettre la table dans le sable.
    Pour éclairer votre lanterne, il faudrait probablement que vous vous occupiez de donner, par exemple, un peu d'aide à Robert Laplante. Comme observateur de notre situation nationale, il est certainement bien placé pour entreprendre vraiment cette lutte nationale qui transcende toutes nos luttes politico-parlementaires et sociales. Ces luttes, la revue de L'Action nationale en a mené autant comme autant dans le passé. Désormais, il semble que le combat va se déplacer vers les fondements mêmes de l'indépendance. Cela dit, il serait bon d'en prendre acte et de continuer à se mobiliser dans ce sens. Il me semble que les tactiques et les stratégies devraient plutôt faire l'objet de discussions privées.

    Il n'en demeure pas moins que la nature et l'essence de l'indépendance doivent faire l'objet d'une dissémination d'idées pour inviter les Québécois à comprendre l'ultime bien de se gouverner eux-mêmes et selon leurs propres moyens avec tous les avantages de la reconnaissance internationale d'un État souverain entre leurs mains comme collectivité nationale.
    Ma deuxième remarque concerne Maurice Séguin :
    Mon premier point : il n’y a jamais d’indépendance facile.
    Mon deuxième point : les fédéralistes fédéralisent et ils savent très bien que c’est une union (une annexion), sauf qu’ils ne disent pas les choses comme ça (par ex. : ils insistent sur le vivre ensemble ; on est plus fort à plusieurs ; il faut s’entendre ; vivre en société, c’est une condition sine qua non, etc.).
    Mon troisième point : le fédéralisme peut emprunter la voie de la formule unitaire, c'est-à-dire très centralisé ou peu centralisé, mais un État fédéral existe sous une forme ou sous une autre.
    Mon quatrième point : quant à l’hermétisme de la pensée de Maurice Séguin, c’est tout bonnement un ragot d’universitaires comme l’humanité en a connus au moment du développement de la science moderne.
    Mon cinquième point : on peut croire à l’indépendance même si on ne connaît pas les notions fondamentales qui se trouvent dans Les Normes. Les Québécois-Français ont tellement été emmêlés par le processus de leur annexion depuis 1760 que leur pensée est complètement orbsurcie par le principe indépendantiste.
    Mon sixième point : l’indépendance d’un individu ou d’une société se compare jusqu’à un certain point. L’agir par soi sans se faire remplacer est capital ; collaborer mais dans l’autonomie est aussi important ; et savoir être « Together but on our own feet » montre sa capacité d’être sans être annexé.
    Mon septième point : chacun peut apprendre à penser dans l’optique indépendantiste en ne passant pas son temps à dire qu’il est pour l'indépendance mais qu’elle n’est pas possible ou de croire que l’indépendance à deux est une option indépendantiste crédible. Une fumisterie.
    Mon huitième point : vous demandez pourquoi un centre ou une chaire n’existe pas encore aujourd’hui, c’est parce que vous m’avez vous-même donné la réponse. Cependant, pour toute institution, comme le CÉRIUM, des organismes aussi puissants que le fédéral donnent des centaines de milliers de dollars au neveu de Jean Chrétien, Raymond Chrétien, ex-ambassadeur du Canada à Paris, comme président du CÉRIUM, avec des sous-fifres, comme Jean-François Lisée et beaucoup d’autres, telle Louise Beaudouin, qui pensent dans l’optique fédéraliste tout en se disant de grands souverainistes. Leur pensée sur l’État indépendant est tronquée. Ils vivent tous du provincialisme qu’ils souhaitent à outrance, mais se rangent au premier coup dur. Vous appelez ça des indépendantistes !
    Mon neuvième point : soyons clair. Dites-moi ça ce que c’est que l’indépendance quand une population distincte souhaite assumer collectivement son avenir et veut obtenir son indépendance ?
    Mon dernier point : pouvez-vous me dire pourquoi un tel centre ne peut pas avoir le financement voulu pour faire ce travail ?
    Nous arrivons au point critique :
    Je viens de lire votre dernier commentaire. Je pense que vous n’avez pas eu seulement un « coup de sang », mais en ce moment, je m’excuse, vous délirez. Je vous demanderais, si je le peux, de vous calmer. Vous nous dites : « Voilà tout de même quelques années que l’idée de ce centre d’opinion est promue, notamment par Bruno Deshaies. Or, à ma connaissance, ce centre, nommé parfois Chaire ou Institut de l’indépendance du Québec, n’est toujours pas en activité et ne semble même pas encore exister. Pourquoi ? » Il me semble que j’entends des voix et peut-être même que je pourrais mettre des noms sur ces censeurs nationalistes qui ont très bien vécu DANS le régime, dans le genre Hector Fabre et bien d’autres comme lui jusqu’à Lucien Bouchard qui n’est peut-être pas le pire des visages à deux faces. Des « virages », bien sûr, on connaît ça au Québec.
    Finalement : revenons sur terre. Vous vous dites indépendantiste. Vous voulez faire un combat. Vous cherchez. J’en suis fort aise. Si vous voulez, prenez le temps de réfléchir et demandez-vous si vous connaissez vraiment l’histoire de l’annexion des Canadiens-Français et de l’acceptation de leur annexion. Demandez-vous pourquoi nous sommes fédérés ? Cherchez à comprendre les conséquences de l’annexion pour un groupe minoritaire qui le devient encore plus ? Après quoi, probablement, vous aurez besoin de lire le Chapitre deuxième du cours sur Les Normes intitulé : « Dynamique intégrale (interne) de la société ». Ne vous en faites pas, cette lecture ne vous fera aucun tort physique ou moral.
    Mes salutations sincères.
    Bruno Deshaies

  • Archives de Vigile Répondre

    24 octobre 2007

    Monsieur Poulin,
    Je ne suis pas ici pour vous tordre le bras ou forcer votre adhésion. Vous lisez qui vous voulez, vous étudiez si vous le voulez et vous tirez vos conclusions. Nous avons échangé sur l'avenir du Québec que nous aimons, j'ai répondu à quelques questions en vous donnant mon opinion.
    Salutations
    GV

  • Raymond Poulin Répondre

    24 octobre 2007

    Cela répond en partie à ma question, en effet. On ne peut que déduire de votre réponse, M. ?, que ce centre n'est pas près d'exister, puisque «fait défaut tout ce qu'il y a derrière le cas de Fernand Séguin». Alors, la solution présente serait l'étude de l'oeuvre de Maurice Séguin ainsi que des Federalist Papers par tous les indépendantistes? En attendant la création hypothétique de ce «centre d'opinion de haut niveau», que devraient, selon vous, faire tous les indépendantistes québécois de tous les horizons? Démanteler tous leurs organismes de toute nature et cesser le combat, puisque, d'après vous, ils ne font que de la bouillie pour les chats? Retour à la case zéro??? Sinon quoi?
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    24 octobre 2007

    Maurice Séguin a mis à nu mieux que quiconque la mécanique des rapports entre nation majoritaire et nation minoritaire dans un régime fédéral. Nommez-moi cinq auteurs et dix livres de haut niveau qui peuvent être classés comme fondateurs de la pensée indépendantiste au Québec? C'est trop, trois auteurs et cinq livres. Est-ce encore trop?
    Dans le cas de l'autre Séguin, Fernand, il a pu exceller dans la vulgarisation parce qu'il y avait du contenu derrière lui. Une masse critique de savants, de chercheurs, de penseurs, de gens qui réfléchissent ont produit tant d'idées fécondes que les vulgarisateurs sont devenus indispensables et ils le sont toujours. Le problème avec l'idée de l'indépendance au Québec c'est qu'elle est promue par une foule de vulgarisateurs et de gens sympathiques, notre élite politique nationaliste au grand complet (entre autres), qui se préoccupent d'abord que les idées demeurent au niveau de la vulgarisation, accessibles à tous et monayables à la prochaine campagne électorale. Pour la vulgarisation souverainiste-indépendantiste, que d'aucuns chérissent tant, fait défaut ce qu'il y avait derrière dans le cas de Fernand Séguin. Ceci répond peut-être en partie à votre question "...ce centre (...) n'est toujours pas en activité et ne semble même pas exister. Pourquoi?"

  • Raymond Poulin Répondre

    24 octobre 2007

    Cher monsieur Verrier,
    Je n'éprouve que respect pour Maurice Séguin, là n'est pas la question. En revanche, comme beaucoup d'autres sans doute, je ne crois pas qu'il faille définir la lutte nationale dans un langage qui, pour la plupart des gens, demeurera plutôt hermétique à moins qu'ils ne se tapent l'oeuvre de Séguin avant d'avoir le "droit" de se croire indépendantistes. Si vous voulez décoloniser les esprits et susciter l'adhésion populaire à la cause, il y a certainement moyen de le faire dans une langue qui, bien que correcte et précise, n'exige pas au préalable l'apprentissage d'un jargon (sans connotation péjorative) propre à une élite, universitaire ou pas. Si cela est possible pour la vulgarisation des sciences naturelles, ce qu'a pratiqué sa vie durant un Fernand Seguin, par exemple, ce doit l'être aussi dans le domaine de l'"indépendantologie".
    Voilà tout de même quelques années que l'idée de ce centre d'opinion est promue, notamment par Bruno Deshaies. Or, à ma connaissance, ce centre, nommé parfois Chaire ou Institut de l'indépendance du Québec, n'est toujours pas en activité et ne semble même pas encore exister. Pourquoi?
    Ce que vous développez dans votre commentaire soulève plusieurs interrogations. J'y reviendrai probablement dans quelque temps.
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    24 octobre 2007

    Monsieur Verier,
    Dans la série de textes qui suivent "Quelques leçons de la crise
    d'octobre" vous nous aviez dit, à monsieur Deshaies et moi, que
    nos interventions traitaient des manifestations du fédéralisme
    "canadian", mais que c'était du "fond du problème" qu'il fallait
    s'occuper. Et si je comprends le sens d'une de vos interventions ici, plus haut, je cite: "La présence de la pensée fédéraliste s’est infiltrée dans tous les aspects de notre vie. Elle passe même inaperçue, essentiellement parce qu’elle est peu combattue." Cette pensée fédéraliste serait donc la source de tous nos maux, en ce qu'elle a inflitré et
    pollué notre élite indépendantiste. Si nous voulons avancer,
    il nous faut donc prendre les grands moyens.
    Selon moi, monsieur Deshaies propose le remède qui s'impose:
    lui aussi dans cette enfilade-ci, il nous dit:
    "Je réécris ce que j’ai écrit ailleurs en réponse à « Quelques leçons de la crise d’octobre » (par Marcel Sauvé):
    Les Pères de l’UNION américaine ont écrit une Déclaration d’indépendance et ont aussi rédigé un document fondamental en science politique, les Federalist Papers. http://www.yale.edu/lawweb/avalon/federal/fed01.htm C’est curieux, il a fallu quelques bonnes idées pour finalement faire naître la constitution américaine (la deuxième, celle de 1787) et surtout les raisons de l’UNION, mais plus encore, – c’est le point le plus important –, le besoin d’affirmer que les États divisés gagneraient à s’UNIR selon cette idée très globale du E pluribus Unum, de liberté et d’égalité (cf. http://www.fondation-res-publica.org/E-Pluribus-Unum_a216.html ). Ils ont créé un régime présidentiel et du même coup un système fédéraliste fondé sur la théorie du contrepoids des pouvoirs (« check and balance »). Avant tout, ils ont affirmé et défendu leur indépendance qui a été consacrée au traité de Paris de 1783. Cet exemple pourrait peut-être inspirer les Québécois."
    Habitant aux É.-U. depuis belle lurette, j'ai une certaine
    familiarité avec ces documents. Je crois fermement que monsieur
    Deshaies vient de proposer LE remède. En effet, plutôt que de
    toujours manifester plaintes-Z-complaintes au sujet des documents de base du système canadian, ne serait-il pas mieux de
    se pencher sur d'autres documents (ceux cités ci-dessus) qui nous proposent des idées constructives pour la réussite du
    projet indépendantiste.
    Claude Jodoin, Boca Raton, É.-U.

  • Archives de Vigile Répondre

    23 octobre 2007

    Je ne sais pas ce que vous avez contre Maurice Séguin ou pourquoi vous redoutez qu'on le cite (!?) Voici tout de même ma réponse à votre question.
    1- Former un centre d’opinion de haut niveau qui aura pour tâche de nommer et de définir la lutte nationale en ses propres termes, depuis son propre terrain.
    2- Les indépendantistes devraient s'organiser indépendamment des institutions du fédéralisme. Développer une organisation nationale pouvant servir de modèle, ferment d'institutions nationales libres et indépendantes.
    3- Ce sont les indépendantistes qui devraient exercer le leadership sur la question nationale au sein de la plupart, sinon de tous les partis politiques (et non l'inverse!) jusqu'à ce que l'influence indépendantiste domine et l'emporte.
    Salutations
    GV

  • Raymond Poulin Répondre

    23 octobre 2007

    M. Verrier,
    Ironie acceptée. Maintenant, pourriez-vous proposer, clairement, des «formes de lutte inédites»? Depuis l'été dernier, j'ai lu, il me semble, quelques textes de vous où vous semblez toujours avoir la réponse mais où vous ne l'exprimez jamais jusqu'au bout. Si vous estimez que tout le monde se trompe, alors éclairez notre lanterne, si possible sans citer des pages de Maurice Séguin avant d'en venir au fait.
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    23 octobre 2007

    L’histoire de la lutte nationale du Québec n’a été jusqu’ici que l’histoire de l’échec de la lutte nationale. L’histoire envisagée dans une perspective indépendantiste sera utile si elle nous permet de comprendre la cause des échecs successifs, la constance dans notre incapacité d’en finir avec la subordination politique. L’histoire plus récente, à cet égard, ne nous donne pas vraiment un enseignement différent de l’histoire plus ancienne.
    S’ils veulent sortir de l’échec politique et inscrire leur victoire dans l’histoire, les indépendantistes devront possiblement s’arracher à des traditions politiques profondément ancrées. Jusqu’ici ils ont été largement incapables de le faire. Il faudra bien expliquer que notre passé soit jalonné de périodes d’enthousiasme largement partagé auxquelles succède la déprime générale. Quelle différence entre la profonde déprime qui a suivi les troubles de 1837-1838 et celle qui a suivi les deux référendums? Y a-t-il vraiment une différence essentielle? Qui étudie ces questions dans leur substance et nous fournit des réponses? Qui? Pourtant ces questions à elles seules mériteraient une chaire de recherche majeure.
    Les formes de lutte qu’a prévu pour nous le régime fédéral conviennent-elles au combat qui vise à mettre fin à ce régime? Le respect soumis que voue les indépendantistes à la pratique exclusive de ces formes de lutte parlementaires doit-il être défendu avec tant d’énergie? Par ceux-là même qui visent l’indépendance? Dans notre histoire jalonnée d’échecs, n’y aurait-il pas une forme de sagesse à considérer des formes de lutte inédites, des formes de lutte qui débordent justement l’endiguement fédéraliste de la lutte pour l’indépendance? Jusqu’ici, les indépendantistes ont répondu non à cette question et refusent en général de s’aventurer hors des sentiers battus. Mais refusent-ils aussi d’étudier? Or l’impasse historique de notre lutte nous oblige à élargir les perspectives. Il faut sortir du discours appris qui nous maintient dans le sur-place politique. Il faut cesser de se contenter de l’insuffisant. Il faut notamment dépasser ce discours largement popularisé par de puissants faiseurs d’opinion (et éditorialistes) de la partie adverse, qui nous nomment et nous définissent dans leurs termes, nous maintenant dans des catégories dignes des bandes dessinées, ou les réalistes-jovialistes font face à des purs et durs. Il est temps de former un centre d’opinion qui aura pour tâche de nommer et de définir la lutte nationale en ses propres termes, depuis son propre terrain.
    L’article de M. Poulin oppose les réalistes aux trop pressés. Les uns et les autres prennent la plume, normal. On a lu ça mille fois. Invariablement, poser la question en termes d’attitudes et de bons sentiments nous éloigne du contenu politique. Mais la substance politique nécessaire à cet immense combat, je le dis avec ironie, nous sommes tous convaincus d’en avoir à revendre, n’est-ce-pas?
    Gilles Verrier

  • Archives de Vigile Répondre

    23 octobre 2007

    Combat politique vs lutte nationale
    • Mardi 23 octobre 2007 Bruno Deshaies
    M. Gendron : La monumentale Histoire de la Province de Québec de Robert Rumilly (http://www.rond-point.qc.ca/histoire/rumilly.html#pere ) en 41 volumes regorge de renseignements et d’enseignement sur l’histoire des Canadiens-Français ou des Québécois-Français. Beaucoup d’historiens ont puisé dans ces ouvrages de Rumilly la matière de leurs écrits. Personnellement, cette histoire du Québec m’a inspiré l’importance du concept de l’État au moment de mes recherches concernant l’étude des gouvernements du Québec et de l’Ontario entre 1867 et 1871 (http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/constitution.html#haut ).
    VOIR : Vigile.net

    Priorités des États provinciaux et impératifs du fédéralisme.
    Jeudi 30 septembre 2004 - Les événements récents au sujet de la conférence fédérale-provinciale sur la santé ont des racines aussi lointaines que les premières années de fonctionnement de la fédération canadienne. http://www.vigile.net/archives/ds-deshaies/docs4/187.doc
    Les souverainistes-péquistes ne referont pas l’histoire du DEUXIÈME Canada aussi facilement qu’ils le croient s’ils se limitent à des « combats politiques », c'est-à-dire électoraux et parlementaires. La présence du Bloc à Ottawa nous démontre que ce combat ne dépassera jamais cette lutte traditionnelle de l’AUTONOMIE PROVINCIALE de Duplessis en 1954-1955. De l’époque de la « Querelle des subsides » au XIXe siècle à la bataille sur « le déséquilibre fiscal au Canada », c’est toujours cette lutte politico-parlementaire qui s’enlise dans le passé. La réaction du Canada-Anglais reste toujours la même ; la consolidation de l’UNITÉ canadienne par un ensemble de mesures qui confortent l’UNION CANADIENNE pour tout l’ensemble canadien/canadian. Tel est la loi du fédéralisme dans son essence même.
    Si l’on quitte le plancher de la lutte DANS le régime et que les indépendantistes s’orientent vers cette lutte SUR le régime, là tous les égos s’animent. C’est le rejet de l’indépendance, car cette solution est trop radicale. Comme Trudeau, les fédéralistes répondent en cœur, « ce Canada, c’est aussi à nous autres » ! Il se trouve une majorité de souverainistes qui pensent comme cela. C’est l’indépendance sans l’indépendance ! Même l’indépendance à DEUX ! D’où tous ces replis dans des combats politiques ou des manifestations sur des questions particulières et souvent circonstancielles. Par exemple, la lutte politique pour l’identité québécoise est une autre de ces manifestations qui se confine DANS le régime. Que pensez-vous qu’il arrivera ? L’histoire de la confédération canadienne nous donne la réponse depuis 140 ans.
    On crée des OBSERVATOIRES ou des CENTRES sur toutes sortes de questions, mais on rejette l’idée même d’une Chaire de l’indépendance du Québec qui saurait équilibrer à tout le moins la pesanteur de l’idéologie fédéraliste au Canada et surtout au Québec. Analyser attentivement les émissions d’information à la SRC et surtout celles animées par Bernard Derome pour vous convaincre de l’énormité des messages subliminaux sans compter l’organisation de la programmation de RadioCAN. Voilà ce que fait un État indépendant quand il se sent menacé et qu’il veut se défendre pour affirmer sa supériorité. (Ce n’est pas une question raciale, c’est une question de prépondérance de la plus grande force.)
    Si vous parlez du PQ, je crois qu’il aurait intérêt à sortir lui-même du schème fédéraliste ouvert comme si le Québec pouvait traiter d’égal à égal avec le Canada-Anglais DANS le régime d’union fédérale actuel qui a ses assises dans la Loi constitutionnelle de 1867 avec cet enchâssement de la Charte des droits et libertés de 1982 suivi par La loi de clarification en 2000. Vous connaissez l’histoire récente du Québec. Les faits parlent d’eux-mêmes. L’étau se resserre continuellement. Jusques à quand allez-vous vivre sous cette chape de plomb en vous imaginant que l’étau fédéraliste lâchera bientôt le morceau ?
    Reprenez vos manuels d’histoire dans l’optique indépendantiste et vous constaterez qu’il ne s’agit pas d’une lutte entre purs et durs contre les réalistes souverainistes optimistes ou vice versa, c’est une lutte nationale qui dépasse les procédures strictement d’élection, de référendum et de lutte parlementaire. Il faut d’abord faire l’unité québécoise sur l’indépendance du Québec. En ce moment, la proposition de madame Marois ne fait que nous diviser même si elle a l’appui de Jean-François Lisée. C’est un travail de sape au plan des idées. Voulons-nous entreprendre ce MOUVEMENT sans se limiter à un parti politique, mais en regroupant l’élite québécoise et la société civile dans cette lutte nationale qui soulève une question claire aux Québécois : Qui gouverne ? Nous ou l’autre ? Si nous voulons nous gouverner nous-mêmes, il va bien falloir concentrer nos énergies à la bonne place.

  • Archives de Vigile Répondre

    22 octobre 2007

    Chaire d'indépendance du Québec
    23 octobre 2007, par Bruno Deshaies
    Bonjour Monsieur Poulin,
    Je peux facilement comprendre que vous demeuriez dubitatif. Dans le doute, dit-on, il faut s’abstenir. Bien ! Mais il y a aussi devant le doute, cette énergie qui nous dit, pourquoi je doute ? Qu’est-ce qui m’empêche de comprendre ? Pourquoi j’accepterais de rejeter tout ce qui a jamais été tenu pour vrai qui me permettrait d’exercer mon sens critique ? Pour ce faire, il serait bon de faire ses devoirs. Pourquoi n’entreprendriez-vous pas la lecture de Maurice Séguin (cf. Le Rond-point des sciences humaines – http://www.rond-point.qc.ca/ ), si cela n’est pas déjà fait, comme amorce à votre réflexion pour résoudre votre doute ?
    La Chaire ou l’Observatoire ou le Centre d’études ou l’Institut Maurice Séguin ne seraient pas des termes utilisés capricieusement. Il existe bien une Chaire Hector-Fabre d’histoire du Québec, comment pensez-vous que les responsables ont choisi ce nom ? Influence des bailleurs de fonds, un point à la ligne. Et qui est Hector Fabre (cf. Dictionnaire biographique du Canada en ligne http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=40824&query= ). La biographie a été rédigée par Sylvain Simard et Denis Vaugeois. Vous lirez :
    « Pour financer son journal, Fabre cherche des alliances politiques. Il prend part aux élections municipales à Québec et obtient les contrats de publicité de la ville à partir de 1869. Fabre est candidat dans Québec à une élection fédérale partielle le 28 mars 1873. Battu « par un gosse de riche », du nom d’Adolphe-Philippe CARON, il se console bientôt avec une nomination au Sénat canadien, par le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie, le 5 février 1875. Il confie alors son journal à Nazaire Levasseur. En janvier 1877, il est à Paris, avec sa femme et son fils. Il y avait déjà séjourné en 1857 et 1860. De toute évidence, il ne tient plus en place ! Il rentre seul au Canada pour quelques semaines et retrouve les siens en mai de la même année. Deux ans plus tard, il est à nouveau en Europe : Angleterre, Suisse et France. »
    « En septembre 1880, Fabre repart pour Paris. À son retour, en mai, il revoit son ami Joseph-Adolphe Chapleau. Ce dernier, qui est alors premier ministre, quitte Québec dès la fin de la session avec sa femme et Louis-Adélard Senécal, également accompagné de sa femme. Sans qu’on sache très bien le rôle qu’il a joué, il est certain que Fabre a été mêlé aux négociations qui ont donné naissance au Crédit foncier franco-canadien. Il est également évident que le trio Chapleau, Senécal et Fabre conçoit alors le projet d’ouvrir à Paris un poste permanent de représentant de la province de Québec. »
    Cette histoire de la vie de la famille Fabre est très instructive. Du déjà vu de notre histoire québécoise et canadienne.
    Revenons à cette Chaire d’indépendance du Québec. Une idée que j’ai émise à plusieurs reprises sous différents noms dans mes chroniques. Pour des détails plus précis sur cette « choses », j’aimerais plutôt que nous nous rencontrions personnellement. Faites-moi le savoir.

  • Michel Gendron Répondre

    22 octobre 2007

    Monsieur Poulin,
    Votre brûlot aura certainement contribué à allumer quelques mèches. À mon avis, votre pamphlet mérite d’être qualifié de majeur. À mes yeux, vos propos sont l’expression d’une certaine maturité de la conscience politique. Vous êtes conscient que la lutte pour l’indépendance n’est pas un jeu, et que pour l’instant les stratégies fédéralistes, dont les plus efficaces sont loin de faire la une des journaux, contrôlent à leur avantage l’agenda souverainiste. Bref, il ne suffit pas de s’autoproclamer libérateur du peuple pour espérer venir à bout de la partie adverse, qui, rappelons-le, est la digne descendante de l’ancien Empire britannique, la plus puissante puissance coloniale qui ait jamais existé. Ces gens – et nous le répèterons jamais assez - savent conserver ce qui a été conquis.
    Les purs et durs ont tous ce ci en commun : leur témérité et la pauvreté de leur stratégie politique. Querelles, divisions, anathèmes, lignes justes, auto proclamations, condamnations publiques, dogmatismes et multiplication de partis oeuvrant pour la même cause, tout cela démontre que notre mouvement n’a pas su s’adapter aux dures réalités du combat politique. Nous n’avons pas encore dépassé le niveau 1 de la stratégie. Nous en sommes encore aux luttes de clan, qui sont et seront toujours fratricides. L’ennemi le voit, il n’a qu’à bouger un pion de temps à autres pour faire dérailler notre train, tellement nos leaders sont déboussolés face aux tâches politiques à accomplir.
    Pour ma part, tous ces QS, PIQ, PRQ et autres UDIQ ne représentent aucunement l’amorce d’une solution à notre difficulté à maintenir une constance et une cohésion dans notre combat. Ils sont davantage le symptôme d’un mal que son remède. Cet éparpillement nous nuit autant que cette mécompréhension de l’action politique qui l’a généré. La fuite en avant a toujours été la pire des tactiques, puisqu’elle ne tient pas compte de la réalité concrète du moment présent. Idem pour l’immobilisme des tenants du statu quo (toujours très puissants au sein de notre mouvement). Serait-il possible que le projet de constitution québécoise de Mme Marois et de M. Turp soit un des éléments qui nous permettront de reconquérir nos positions perdues sur le champ de la bataille politique? Je le souhaite ardemment, en autant que les puristes ne tentent pas de les frapper dans le dos sous prétexte qu’ils sont des crypto-étapistes à la solde de tous les Claude Morin de ce monde.
    Michel Gendron

  • Archives de Vigile Répondre

    22 octobre 2007

    Lundi 22 octobre 2007 Bruno Deshaies
    M. Bousquet : Laissons de côté les immigrés et la mondialisation qui constituent une diversion. Ce que vous me dites, c’est que vous ne voulez ni de l’indépendance ni de la souveraineté, mais que vous êtes pour des conditions gagnantes et que vous ne voulez pas perdre vos conditions économiques. Bref, vous voulez le beurre et l’assiette au beurre ! Vous seriez un indépendantiste (?) qui refuse son indépendance qui consiste à maîtriser son agir par soi collectif pour un plat de lentilles fédéraliste. Est-ce que je me trompe :

    OUI ( ) ou NON ( ).
    Quant aux définitions, vous nous dites : « C’est ce que comprennent les Québécois francophones qui, en grosse majorité, n’auraient pas de problèmes à ce que le Québec devienne indépendant… ». Ils comprennent, mais ils demeurent associationnistes ou annexionnistes. Personnellement, je pense que lorsque l’indépendance est expliquée avec des termes moins livresques, les Québécois-Français sont capables de faire le PAS de plus, c'est-à-dire d’adhérer à l’optique indépendantiste. Ils découvrent l’énorme capacité et les potentialités dont le Québec est doté qui lui assurent cette possibilité de faire le choix de l’indépendance. Malheureusement, nos élites sont toujours à la croisée des chemins, – soit dans la position de l’âne de Buridan. C’est l’agir par soi collectif qu’ils ne comprennent pas.

  • Raymond Poulin Répondre

    22 octobre 2007

    Cher monsieur Deshaies,
    Merci de votre réponse.
    En ce qui concerne la création d'une Chaire de l'indépendance du Québec, s'agit-il d'un projet ou existe-t-il un début de réalisation? Je n'en connais rien. En dépit du nom que vous lui donnez, je n'imagine pas la création d'une véritable chaire universitaire. Par ailleurs, il ne fait aucun doute que vous seul pouvez créer et alimenter (avec qui? existe-t-il déjà des collaborateurs?) une telle organisation. Quelle forme prendrait-elle? À qui, où ou par quel moyen de communication serait-elle accessible? S'il s'agit en somme de mettre au point un argumentaire indépendantiste complet sur tous les plans, c'est une chose. Si vous entendez par là (peut-être est-ce simplement un effet du langage que vous employez) une "centrale" qui définira une orthodoxie de l'indépendance, à partir de la grille et du vocabulaire séguinien en plus, alors je vous souhaite sincèrement bonne chance, mais je demeure dubitatif.
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    22 octobre 2007

    Indépendant veut dire, selon le dictionnaire : Qui n'a aucun rapport avec autre chose : qui n'est pas solidaire de qqqch : qui ne dépend d'aucune autorité : libre : qui refuse toute contrainte, toute soumission.
    Et , souveraineté : Pouvoir surpême reconnu à l'État, qui implique l'exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance internationale où il n'est limité que par ses propres engagements.
    C'est ce que comprennent les Québécois francophones qui, en grosse majorité, n'auraient pas de problèmes à ce que le Québec devienne indépendant s'ils étaient assez assurés les conditions économiques du Québec-pays demeuraient aussi bonnes. 40 % d'eux se disent probablement : Nos immigrés perdent leur pays pour gagner leurs conditions économiques et je ne veux pas risquer mes conditions économiques pour gagner un pays ou se sentent carrément Canadiens comme nos ancètres se sentaient auprès des Anglais.
    La mondialisation change un peu la notion de souveraineté avec l'Europe dont tous les pays siègent à l'ONU où il contrôlent peu de choses mais ont perdu le contrôle sur leur monnaie nationale avec l'Euro avant, probablement, de finir avec une politique commune internationale. Nos importantes exportations aux États-Unis et la force de ce pays nous enlèvent un grande indépendance envers eux.

  • Archives de Vigile Répondre

    22 octobre 2007

    Ce que c'est que l'indépendance ?
    Monsieur Bousquet, on pourrait finasser longtemps sur l'éventail du fédéralisme. Cependant, quant à l'indépendance nationale, la nation-État, les pays savent ce que ça signifie. Sauf que les Québécois s'amusent depuis plusieurs générations à vouloir inventer une nouvelle pieuvre politique qui ne serait pas ceci, mais cela ou bien encore... etc. etc. etc.
    Je vous pose la question : pouvez-vous nous dire ce que c'est que l'indépendance ? Après cela, on pourra commencer à discuter sérieusement. Au fond, un Québec qu'on dirait indépendant, ce serait quoi au juste pour vous ? S.v.p. évitez les propos hypothétiques.

  • Archives de Vigile Répondre

    22 octobre 2007

    M. Deshaies écrit : «Les indépendantistes devraient cesser de s’excuser ou de penser continuellement que la vérité est peut-être quelque part entre les deux, par exemple, dans le fédéralisme très décentralisé.»
    Ma réponse à ça : Faut pas généraliser l'idée des indépendantistes, il y en a de toutes les sortes comme les plus ou moins mous, les plus ou moins durs durs de l'option. On a aussi les plus ou moins autonomistes et fédéralistes "tout le spectre imaginable". La grande majorité de ces Québécois sont intelligents mais ne voient pas la solution au même endroit. Bien malin qui sait qui a plus raison.
    Si la raison première de faire la souveraineté est de préserver la langue française en Amérique, faudrait peut-être commencer par le mieux enseigner à l'école et dans les familles en insistant sur sa beauté et von vocabulaire étendu "mal connu par le Québécois moyen", en général, ce que nous pouvons bien faire, même à l'intérieur du Canada, puisque c'est le Québec qui a les pouvoirs en cette matière. Si on pense qu'il faudrait faire plus pour protéger le français, faudrait avoir recours à la claude "nonobstant" de la charte et autres actions que nos législateurs pourraient trouver en attendant que le Québec se décide sur son orientation conatitutionnelle qui, comme la vie, est toujours en mouvement.
    Si on parlait tous anglais au Québec, est-ce qu'on voudrait encore devenir souverain du Canada ? Poser cette simple question c'est y répondre.
    Si on veut être pratique, les souverainistes devraient mettre de l'avant, les dédoublements de pouvoirs entre le fédéral et le provincial avec trop de députés et de fonctionaires aux 2 niveaux, ce qui est un poids sur nos finances. Ce genre d'arguments parle aussi fort aux Québécois que l'idée que nous sommes "exploité(e)s"
    Le fait de mettre de l'avant notre domination par les anglophones ne "poignera" pas trop tant qu'on ne nous martyrisera pas plus que ça.
    Enfin, l'idée, pour protéger le français, de retarder l'apprentissage de l'anglais au primaire pour finir bilingue come Mme Marois, est assez bête. Plus on est jeune, mieux on apprend et on retient.
    Soyons donc plus optimistes et détendus, l'intelligence collective des Québécois va continuer à faire ce qu'il faut notre survie.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 octobre 2007

    Lundi, 22 octobre 2007, Bruno Deshaies
    Bonjour Monsieur Poulin,
    Je prends note de votre réponse et je l’apprécie. Je comprends que vous cherchez comme beaucoup d’autres indépendantistes une voie, un chemin ou une façon de faire qui pourrait mettre en branle un processus de persuasion qui finirait par atteindre la population qui adhérerait au message. Ce travail fondamental nécessite l’existence d’une élite indépendantiste que nous aimions l’expression ou non.
    Vous écrivez : « si les intellectuels sont précieux et même essentiels dans ce combat, c’est tout de même la foule anonyme qui fera (ou non) l’indépendance ». Concedo. Toutefois, l’idée de transformer une situation d’annexion pour un peuple qui est soumis à un tel statut depuis près de deux siècles et demi n’est pas une mince tâche. Vigile et les Vigilistes ont du pain sur la planche. Accéder au statut d’indépendance pour les Québécois exige une préparation mentale et certaines connaissances historiques.
    La création d’une Chaire de l’indépendance du Québec ne fait pas injure à l’intelligence des Québécois. Elle démontre tout simplement que nous avons assez de maturité pour croire que le phénomène d’indépendance des nations n’est pas un mal en soi pour l’humanité. En revanche, l’histoire des fédérations et des empires a laissé beaucoup de goût amer pour les peuples qui ont été subjugués durant des décennies et mêmes des siècles. La défense de l’indépendance d’une nation n’accrédite pas le phénomène de nations indépendantes qui pratiquent un nationalisme excessif ou outrancier. Toutefois, pour reprendre une norme de Maurice Séguin :
    « Indépendance ne saurait vouloir signifier – d’une manière absolue –
    « ne pas dépendre »,
    ne pas avoir à tenir compte des autres,
    ne pas subir d’influences,
    de ne pas être limité par les autres. »
    Par contre, la nation distincte vise à affirmer (son indépendance si elle la possède) et à défendre (si elle la croit menacée) la maîtrise de sa vie politique, économique et culturelle. Elle cherche donc à agir par soi collectivement tant à l’interne qu’à l’externe. Cette nation reconnaît que le fait d’agir (par soi) constitue une richesse d’être et son remplacement, une oppression essentielle. La tutelle dans une union fédérale constitue une limitation de richesse d’être collectif en termes d’agir par soi collectif. Prendre conscience de ce fait pour une population, un peuple ou une nation peut faire naître un sentiment national susceptible de rendre possible l’affirmation et la défense de l’indépendance.
    C’est par l’affirmation et la défense de l’indépendance que les autres aspects de la vie en société au Québec prendront finalement une tournure différente (par ex. : la langue officielle, les choix sociopolitiques, les questions environnementales, la gouverne de l’État, etc.).
    LE combat doit porter prioritairement sur l’indépendance autour duquel graviteront les exigences des Québécois-Français pour un Québec libre et souverain. S’unir dans cette perspective ouvrirait la porte -- à tout le moins dans la pensée -- à une petite révolution au Québec. Or, l’inverse n’ayant pas réussi jusqu’à ce jour, il faut bien se rendre à l’évidence et procéder autrement. Bien sûr, les fédéralistes nous dirons toujours le contraire. Ce courant d’idées conventionnelles devra être combattu systématiquement dans la perspective de l’optique indépendantiste. Si le combat se veut celui d’une collectivité majoritaire au Québec de Québécois-Français, y faudra y mettre le paquet.
    Croire à l’indépendance n’est pas pire que croire au fédéralisme. Les indépendantistes devraient cesser de s’excuser, de se culpabiliser ou de passer leur temps à imaginer l’indépendance d’une nation comme un phénomène de pureté ou de penser continuellement que la vérité est peut-être quelque part entre les deux, par exemple, dans le fédéralisme très décentralisé. Finalement, toujours ce discours pour sauver la chèvre et le chou qui nous conduit inlassablement dans l’impasse. Il faut maintenant chasser cette morbidité politique qui accable les Québécois-Français par rapport à l’indépendance du Québec. La foule, pour reprendre votre mot, monsieur Poulin, a besoin de savoir où loge son élite. Si elle sait où celle-ci veut véritablement aller, il est fort probable que les indépendantistes commenceront à marquer des points en dehors des cercles restreints de souverainistes. Pour cela, il faut une certaine cohérence ou une cohérence certaine pour faire adhérer la population au discours indépendantrite.

  • Jean Pierre Bouchard Répondre

    21 octobre 2007

    C'est nécessaire qu'une base de souverainistes convaincus se manifestent dans la seule fin de maintenir une vigilance à même d'empêcher que l'entropie
    (la fatalité) nous engourdissent pour très longtemps sur notre avenir national.
    En général, Il en faut des personnes de conviction et acharnés sur toutes les questions. Il ne faut pas qu'existe seulement un état de méditation intellectuelle de longue durée, il est plus que souhaitable qu'il existe également un état où la conscience rencontre à la fois l'instinct et les réflexes.
    Dans la réalité, les deux états cohabitent et parfois se rencontrent, n'aurait été par exemple du grand activisme du R.I.N et de ses militants pour l'indépendance, le caractère intellectuel et engagé du premier gouvernement Lévesque n'aurait pu être possible.
    Dit autrement.
    Grosso modo sur le sujet de ce qu'on pourrait appeler "l'énervement politique qui tire plus vite que son ombre", La civilisation occidentale dans lequel le Québec se trouve, ce qui y domine c'est une forme de nihilisme existentiel qui se nourrit d'une bonne dose de scepticisme à travers la littérature, la musique populaire, le cinéma et l'humour qui encourage de facto le tranquille nihilisme de consommation individualiste. "L'agitation politique" n'a plus cours ou si peu que c'est la moindre des choses qu'elle essai de se faire entendre avec énergie afin de faire taire le bruit régulier fait par ces lecteurs et lectrices de nouvelles monocordes (terne) qui est celui souvent de la normalisation sociale.
    Que nous apporte en tant que Québécois, une émission comme les Coulisses du pouvoir avec son suivi prioritaire de la politique fédérale privilégiant conservateurs, libéraux comme si on était presque en 1958 jouant d'une alternance à sens unique négatrice du Québec et ce en ignorant autant que possible le travail du Bloc! Que nous apporte profondément le réseau RDI avec sa couverture de l'actualité québécoise à l'intérieur d'une prétendue globalité canadienne?
    Dans cette situation concrète de notre rapport aux médias qui plus que jamais produisent le MESSAGE diversifié dans sa forme mais toujours à sens unique. Comment c'est juste ne pas trouver dans le web en partie un exutoire contre cette information sur tous les sujets en bonne mesure formaté.
    Ceci dit, en terminant sur le sujet (pureté des intentions)
    du purisme, du côté de l'espace stratégique québécois, c'est évident que la fragmentation des courants et groupes souverainistes non seulement ne permet pas d'atteindre l'indépendance mais garantit aussi une nouvelle alternance provinciale entre deux partis fédéraux tout comme il
    y a 40 ans.
    Le PQ au gouvernement a tout de même organisé deux référendums malgré l'échec et s'est aventuré un an après sa première élection contre les normes canadiennes avec la loi 101, rien n'indique donc en toute certitude que l'intention de l'équipe Marois sur l'identité québécoise ne soit que du bluff électoral. À travers l'engagement global pour la souveraineté ou n'importe quel autre cause, le travail coup par coup, étape par étape est inévitable surtout dans une civilisation qui après l'effervescence de la fin des années 60 s'est enfoncé dans la léthargie de banlieue. Du temps il en faut beaucoup pour que ça change.
    Ma réaction à l'article du coup de sang est une façon de dire que tout le monde à la fois est dans la vérité et l'erreur. Que tout les individus qui s'expriment ici font ressortir des éléments de vérité à défaut de la Vérité avec une majuscule.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 octobre 2007

    Le PQ priorise la crise forestière - Louis Bernard - Le territoire du Québec indépendant - Les Amérindiens - la voix du peuple Québécois - Bruno Deshaies - Vigile et les Vigilistes:
    Elles servent à quelque chose, les archives de Vigile:
    http://www.vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-9-12.html

  • Raymond Poulin Répondre

    21 octobre 2007

    Cher monsieur Deshaies,
    1) Ce que j'entends par «nos prétentions à la "vérité de l'indépendance"»? Les certitudes absolues de ceux, par exemple, qui affirment comme vérité incontournable tel ou tel moyen de la rendre effective une fois au pouvoir, considérant comme hérétique tout autre moyen. Voir à ce sujet la déclaration du P.I.: proclamation de l'indépendance après une élection à la majorité simple des sièges, ce qui, dans la situation actuelle, autant canadienne qu'internationale, constitue un casse-gueule. J'attends toujours qu'on me prouve le contraire ou qu'on précise ce qu'on a voulu dire. J'avais adhéré à ce parti cet été et joint ma signature à la demande de sa reconnaissance par le DGE, en me disant que, lors de son congrès de fondation, ce "détail" de son programme provisoire pourrait se modifier, mais les choses ne semblent pas aller dans ce sens. J'apprends la fondation d'un autre parti qui semble, en gros, une copie carbone du PI, soit l'UDIQ, dont on sait peu pour le moment. J'y reviens plus loin.
    2) En ce qui concerne le Parti québécois, je n'ai sans doute pas été clair. Je n'en suis plus membre depuis 1981 ni partisan inconditionnel. Je trouve cependant ingrat le traitement que lui font subir plusieurs militants, dans Vigile ou ailleurs. Le ressentiment de n'avoir pas gagné, la suffisance et le mépris ne mènent pas loin. Je ne crois pas que la multiplication des chapelles et des partis, chacun avec son programme, constitue une solution. S'il faut remplacer le PQ, soit, mais, comme vous le dites justement, par l'union de tous les indépendantistes dans une seule formation, ce qui correspond aussi à l'idée exprimée par monsieur Verrier et, peut-être (?), à ce qui est proposé par l'UDIQ. Quelle est la force d'attraction de son groupe fondateur, je n'en sais rien sinon que s'il ne convainc pas très rapidement de "grosses pointures" d'y adhérer, ça n'ira pas bien loin ou alors ce sera très long. Même problème pour le P.I. Il faut tout de même tenir compte de la capacité d'un parti à rallier un grand nombre de voteurs, ce qui signifie, à toutes fins utiles, au moins quelques figures connues (et crédibles) du public en ce qui concerne l'indépendance. Ce n'est pas le cas de toutes les têtes d'affiche ni de tous les députés du PQ, mais ce n'est pas vraiment ailleurs qu'on les trouvera en nombre non plus. Ira-t-on les débaucher? Les "gens ordinaires" (à défaut d'autre terme) votent d'abord pour ceux à qui ils font confiance. Lorsqu'on part de zéro sur ce plan, on se condamne à la marginalité pour longtemps ou on surfe sur la vague, ce qui finit toujours par la démagogie et le populisme.
    3) Les «défenseurs d'une politique maroisienne»? Je ne me fais aucune illusion sur le fédéralisme canadien et je n'ai jamais cru à la thèse des deux nations, qui n'a existé que dans la tête de Canadiens français, jamais ailleurs. Je suis bien conscient qu'une politique des petits pas se butera au mur fédéral pratiquement à tout coup. Chaque fois que cela arrivera, ce sera, comme par le passé, un aiguillon de plus pour réveiller des Québécois. Tout est bon à prendre. Je n'en fais pas un credo, mais j'ai constaté depuis longtemps comment ces "tapes sur la gueule" ont éloigné beaucoup de gens de la "foi" canadienne et facilité leur "conversion". Les indépendantistes engagés, ceux qui militent activement d'une manière ou d'une autre, représentent une fraction minime de ceux qui votent ou voteront pour l'indépendance. Le plus souvent, le citoyen moyen n'arrive pas à l'évidence de la nécessité de l'indépendance par l'étude approfondie de l'Histoire, par la propagande et par sa seule raison mais surtout par son expérience existentielle. Avant d'agir en vue d'un but positif, il lui faut d'abord se découvrir des ennemis ou un danger menaçant, d'où la politique des petits pas, peu importe qui la pratique. Ayant grandi dans ce qu'on peut appeler sans mépris le petit peuple et n'ayant accédé au monde intellectuel (expression malhabile et vague, mais je n'en trouve pas d'autre pour le moment) que dans la quarantaine, j'ai pu constater à quel point l'approche purement formelle et théorique des grandes questions produit peu de résultats chez la majorité des gens. Si j'avais tenu ce langage dans mon milieu, je n'aurais pas contribué à "convertir" grand-monde à l'indépendance. C'est ce qui m'a rendu un peu sceptique envers des expressions comme une "chaire de l'indépendance", quoique les concepts que vous développez en vous appuyant sur l'oeuvre de Séguin ont certainement leur utilité dans la formation des militants. J'insiste tout de même sur ce point: si les intellectuels sont précieux et même essentiels dans ce combat, c'est tout de même la foule anonyme qui fera (ou non) l'indépendance.
    4) «... on laisse les fédéralistes étaler leur propagande sans interruption.» C'est vrai, mais comment l'arrêter? Se battre sur leur propre terrain que sont les grands médias? Entreprise presque impossible à moins que notre signature représente quelque chose, et encore! Le seul journal connu où cela est encore possible, quoique pas toujours et bien qu'il n'atteigne même pas 30.000 lecteurs, c'est Le Devoir. Leur répondre du tac au tac dans Vigile? Cela se fait couramment et bravo, mais il s'agit au fond davantage d'un exutoire que d'un combat: combien de visiteurs quotidiens? 2.500 convaincus? On en revient à l'idée d'une seule formation politique consacrée exclusivement à l'indépendance et assez nombreuse pour financer un journal papier comptant autant sur l'information véritable que sur la seule propagande, et pour faire de Vigile un site très fréquenté. Restent les hebdomadaires locaux, dont plusieurs sont effectivement contrôlés par les grands groupes de presse. On n'est pas sorti du bois.
    5) Comme vous le dites: «Le leitmotiv consiste surtout à s'unir», et c'est bien ce sur quoi j'insiste dans ma chronique, que j'ai voulu provocatrice et "baveuse". Vos interventions vigoureuses — et souhaitées, ce n'est pas pour rien que je vous ai délibérément "attaqué" — ne seront sans doute pas les seules; tant mieux.
    Pour le moment, je dois me contenter de ce moyen restreint qu'est la communication par internet. Ce n'est certes pas le plus approprié.
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    21 octobre 2007

    Nous tournons en rond !
    Dimanche, 21 octobre 2007 Bruno Deshaies
    Nous tournons en rond. Le même débat a eu lieu avec l’article de Gilbert Paquette publié dans Le Devoir le 12 mai dernier (cf. Des États Généraux pour refonder un parti indépendantiste. Suite à ce refus récurrent d’assumer les exigences du combat indépendantiste, un grand nombre de souverainistes ne voient plus le parti québécois comme un véhicule de leurs aspirations. »)
    Je me contenterai aujourd’hui de publier un des commentaires de Gilles Verrier à la proposition de Gilbert Paquette.

    Dans ce commentaire de Gilles Verrier, il y a quelques bonnes idées pour tous ceux et toutes celles qui s’emballent un peu trop vite et qui se dégonflent comme Guy A. Lepage à l’antenne de TLMP à faire avec « le fou du roi » les pitres de leur propre annexion consumée ou de Michel Gauthier, ex-député bloquiste, qui s’est lui-même enrubanné à TQS dans la position d’un « gars » neutre ou des « ex » députés à une autre émission de télévision qui devisent sur la société québécoise dans un esprit de camaraderie à faire rire (pour ne pas dire à faire mourir).
    12 mai 2007 Gilles Verrier ( http://www.vigile.net/Des-Etats-Generaux-pour-refonder )
    « Des États Généraux pour refonder un parti indépendantiste » (Gilbert Paquette)
    La question est loin d’être vidée, M. Paquette. Voici quelques points qui demandent des éclaircissements.
    Si le parti ne veut pas gouverner une province, il doit être logique et fin stratège. Il devrait alors reconnaître que ses membres peuvent adhérer également à un autre parti. Ce double membership leur permettra d’abord de défendre les idées de l’indépendance dans les deux partis, cela va de soi. Mais dans la seconde formation politique ils pourront également agir sur le plan de la politique provinciale dans le sens de leur affinité économique et sociale. Ils seront Solidaire, Vert, ADQ mais ils donneront toutefois leur vote au parti indépendantiste, jusqu’à ce que l’indépendance soit déclarée. Cela est possible et souhaitable si le parti indépendantiste n’existe que pour réaliser l’indépendance. Dans ce cas, il doit renoncer à vouloir faire l’unanimité dans ses rangs sur ce que sera la politique X, Y, Z du Québec indépendant. D’ailleurs, pour faire vivre la politique du Québec indépendant, qui pourrait être la politique de tous les Québécois de demain, il faut lui donner de l’espace. Il me semble que l’on arrive à un point où les gens comprennent (enfin !) qu’on peut être plus à l’aise avec les idées socio-économiques de l’ADQ ou des Verts et être indépendantiste.
    Compte tenu de la forte tradition de collaboration avec les institutions du fédéralisme qui est un fait marquant de notre histoire, disons au moins depuis Lafontaine, il faut prévenir le glissement. La présence de la pensée fédéraliste s’est infiltrée dans tous les aspects de notre vie. Elle passe même inaperçue, essentiellement parce qu’elle est peu combattue. À ce phénomène s’ajoute le désir légitime des politiciens de faire de brillantes carrières. Remarquons que les souverainistes constitueront bientôt (si ce n’est déjà fait) un corps de retraités du fédéralisme plus nombreux que les politiciens « souverainistes » actifs. On peut même légitimement se poser la question : À quand le premier retraité du Bloc à siéger au sénat pour y défendre les intérêts du Québec ? Une fois le doigt dans l’engrenage, le reste suit et la crédibilité s’envole. Dans ce contexte, un parti politique indépendantiste demeure très vulnérable car il ne peut se rattacher à aucune tradition, à aucun modèle québécois (ou si peu) d’organisation politique indépendante du fédéralisme. Je demande comment ce parti politique que vous voulez fonder ou refonder se prémunira contre le retour naturel ? Comment ce parti évitera-t-il de former des politiciens professionnels plus attachés à leur carrière qu’à la cause ?
    Il me semble que la façon d’y arriver serait de mettre un éventuel parti politique, dont l’utilité à ce moment-ci ne m’apparaît pas bien fondée, sous la gouverne d’un état major indépendantiste arc-en-ciel, absolument indépendant des institutions fédérales et financé exclusivement par ses membres. Il importe d’abord de se libérer mentalement et matériellement de l’emprise du fédéralisme par la formation d’une institution puissante, tout à fait indépendante, et qui ferait de cette indépendance son fonds de commerce. Peut-on songer à prendre exemple sur Vigile ou sur l’Action nationale et en multiplier la taille par dix ou vingt ? Une des tâches qui incombe au mouvement souverainiste est de favoriser le développement de la production intellectuelle indépendantiste pour donner du souffle à notre mouvement. On remarquera que bon nombre d’essais produits par nos intellectuels traitent de la part de fédéralisme qu’il faut mettre dans le souverainisme, alors que d’autres se contentent de critiquer le fédéralisme mais d’un point de vue ambigüe qui ne fait pas à l’indépendance la place qu’elle devrait avoir. Finalement, les contributions des intellectuels sur le concept d’indépendance, sa valeur, sa signification, les analyses du PQ d’un point de vue indépendantiste, etc. se font rares dans le paysage littéraire. Toute refondation solide ne peut faire l’économie d’un examen en profondeur de l’échec historique du Parti québécois en commençant par le RIN et en remontant plus loin. Si c’est ce que vous souhaitez initier avec votre appel aux États-généraux, je suis d’accord. Mais il faudra se donner du temps car il y a beaucoup de pain sur la planche.
    (Fin de la citation)

  • Fernand Lachaine Répondre

    21 octobre 2007

    Vous avez tout à fait raison monsieur Poulin.
    Je lisais hier qu'une des premières choses que la droite canadienne a fait pour prendre le pouvoir a été de mettre fin à la division des votes en fusionnant le Reform Party et le Parti progressiste-conservateur. Dix ans après cette décision, Stephen Harper prenait le pouvoir.
    C'est malheureusement la même logique pour le mouvement indépendantiste: Divisés comme nous le sommes, il est impossible que nous arrivions au Grand Soir.
    Pourrions-nous avoir cette volonté qu'ont les anglo-saxons de s'unir pour réussir et finallement se fusionner pour fonder notre pays.
    Fernand Lachaine

  • Archives de Vigile Répondre

    21 octobre 2007

    Au cours des dernières années, j'ai été avisé par courriel de la fondation du Parti Républicain, du Parti de la République, du Parti de la République du Québec, du Rassemblement pour l'Indépendance opus 2. J'ai même eu droit à l'envoi des extraits les plus significatifs des colloques présidant la naissance de quelques partis. Des pages et des pages portaient sur la différence entre souverainisme et indépendantisme et sur la nécessité de revenir à l'indépendantisme, unique moyen de parvenir à la soudaineté de la rupture intégrale! Ils partent tous de l'idée qu'il y a eu trop de temps perdu et qu'il faut brusquer le temps à tout prix! Pour cela quoi de mieux que d'armer les Québécois avec les bonnes catégories mentales, de leur offrir la pureté de vision... et ils repartent de plus belle sur les meilleurs moyens de ne pas perdre son temps. Ils retournent dans les savantes altitudes pour théoriser sur la façon ultime d'éradiquer les résidus souverainistes qui entachent la pureté indépendantiste! Je commence à comprendre qu'un chroniqueur ait un coup de sang!

  • Georges-Étienne Cartier Répondre

    20 octobre 2007

    Bravo !
    "Sans phrases"!...
    J`ai déjà assez dit et écrit l`équivalent de toutes les façons...

  • Archives de Vigile Répondre

    20 octobre 2007

    « Abandonner nos prétentions à la « vérité » de l’indépendance » !
    « … comment en sortir autrement qu’en commençant par abandonner, tous, sans exclusive, nos prétentions à la "vérité" sur l’indépendance ». (Raymond Poulin)
    Samedi 20 octobre 2007 Bruno Deshaies
    Bon sang ! Qu’est-ce que cette idée de « nos prétentions à la "vérité" sur l’indépendance » ? Devrions-nous maintenant ne pas avoir de prétentions ? Quel discours indépendantiste ! Vous voulez aller où avec votre traineau, sans prétention ? Le mot même veut dire « aspiration (à quelque chose). Synonymes : visée, ambition. » C’est assez le « niaisage » ! Fin de la récréation des dissertations que l’on nous présente comme des exposés.
    Je vous invite à m’écrire personnellement à l’adresse Internet bd@rond-point.qc.ca . Nous aurons alors l’occasion de discuter de l’intergénérationnel et de tout le reste. On pourrait aussi se donner rendez-vous, ce qui nous permettra de se voir et de parler entre quatre yeux. L’Internet, c’est bien beau, mais une rencontre a aussi sa place dans notre vie « informatisatisée » qui prétend remplacer le vis-à-vis. De toute façon, les politiciens en savent quelque chose à ce sujet, n’est-ce pas ?
    Nous apprenons, en ce moment, que sur la citoyenneté québécoise madame Marois va avoir quelques maux de tête sur cette question. Elle aura besoin de travailler très fort pour appliquer sa théorie des petits pas en vue de faire un grand pas ou le grand saut.
    Je réécris ce que j’ai écrit ailleurs en réponse à « Quelques leçons de la crise d’octobre » (par Marcel Sauvé) http://www.vigile.net/Quelques-lecons-de-la-crise-d :
    Les Pères de l’UNION américaine ont écrit une Déclaration d’indépendance et ont aussi rédigé un document fondamental en science politique, les Federalist Papers. http://www.yale.edu/lawweb/avalon/federal/fed01.htm C’est curieux, il a fallu quelques bonnes idées pour finalement faire naître la constitution américaine (la deuxième, celle de 1787) et surtout les raisons de l’UNION, mais plus encore, – c’est le point le plus important –, le besoin d’affirmer que les États divisés gagneraient à s’UNIR selon cette idée très globale du E pluribus Unum, de liberté et d’égalité (cf. http://www.fondation-res-publica.org/E-Pluribus-Unum_a216.html ). Ils ont créé un régime présidentiel et du même coup un système fédéraliste fondé sur la théorie du contrepoids des pouvoirs (« check and balance »). Avant tout, ils ont affirmé et défendu leur indépendance qui a été consacrée au traité de Paris de 1783. Cet exemple pourrait peut-être inspirer les Québécois.
    Les Québécois ont un très gros problème avec le fédéralisme. Ils s’imaginent bien des choses, mais elles n’arrivent jamais. Disons clairement que l’indépendance d’une nation ne fait jamais bon ménage avec la subordination fédéraliste. « Nous » avons été majoritaires, même dans le deuxième Canada durant deux générations ; cependant « nous » avons été mis en minorité en 1840 et confirmés dans notre subordination et minorisation en 1867. En plus, « nous » avons accepté notre subordination comme normale en supposant que « nous » vivions d’égal à égal. Il y a eu le rapatriement de la constitution par l’un des citoyens le plus adulés des Québécois comme premier ministre du Canada. « Nous » sommes aujourd’hui une minorité au Canada – vu sous l’angle politique (et tout autant économique que culturel). N’est-ce pas que Gilles Duceppe en sait quelque chose ?

    Une Chaire de l’indépendance du Québec n’empêchera pas les Québécois-Français de cesser de vivre ni aux défenseurs des politiques maroisiennes de s’enivrer d’une victoire souverainiste un de ces quatre jeudis. En attendant…, on laisse les fédéralistes étaler leur propagande sans interruption. Qui, récemment, a osé faire taire le site Vigile.net ? Des opérations dans ce style-là vont se multiplier au fur et à mesure que l’indépendance pénétrera dans la conscience de la population québécoise. Le leitmotiv consiste surtout à s'unir.

  • Raymond Poulin Répondre

    20 octobre 2007

    J'éprouve l'impression que chacun comprend ce qu'il veut bien comprendre, pas nécessairement ce qui est écrit...
    Raymond Poulin

  • Archives de Vigile Répondre

    20 octobre 2007

    Bravo Raymond Poulin ! Je n'en pense pas moins.
    Ceux qui prétendent que de créer de nouveaux partis indépendantistes ne divisera pas le vote et ne nuira pas au PQ se ferment les yeux ou ne voient pas clair les yeux ouverts, ce qui n'est pas mieux.
    Que le PQ ait été, à l'occasion confédérationiste, associationiste avec ou sans partenariat avec ou sans beau risque n'enlève pas qu'il est le seul moyen solide qui devrait être soutenu par les souverainistes/indépendantistes de bonne foi qui ne "poignent pas les nerfs à la moindre chose" parce qu'une de leurs idées n'a pas été retenue.
    En attendant que l'intelligence collective des Québécois nationalistes continue à leur indiquer la vitesse et la direction du chemin à suivre le plus intéressant, constitutionnellement parlant, respectons nous en plus de le faire pour nos adversaires qui sont aussi des compatriotes...me semble...genre.

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    20 octobre 2007

    Avec M. Gébé, je viens proclamer mon optimisme: Quel bouillon fertile!
    Mais Mme David, pas de félicitation pour votre nationalisme: On n'est pas en train de retirer des droits à des citoyens, on les diffère jusqu'à l'obtention des conditions nécessaires à leur citoyenneté! Aurions-nous inventé le principe de conditions à la citoyenneté? Surtout qu'on y joint l'obligation de l'État de procurer des cours de français... Seriez-vous sous influence? A moins que vous deveniez libérale?
    Pour le pays, tous sous un même commandement. La plomberie, après!

  • Archives de Vigile Répondre

    20 octobre 2007

    Moi, au contraire, je crois que les choses n'ont jamais aussi bien allées pour la cause de l'indépendance du peuple Québécois.
    Malgré et indépendamment du PQ ou autre parti, le mouvement indépendantiste a réussi à terrasser le parti Libéral et à instaurer la panique chez l'establishment fédéraliste Anglais ainsi que chez leurs collaborateurs. L'identité, l'histoire, la culture, québécoises, ont repris leur place au centre du discours national et reprennent forme et vie dans le coeur du peuple. Ce n'est pas rien.
    L'étape suivante est aussi capitale pour poursuivre plus loin vers l'indépendance et légitimera le parti indépendantiste qui aura le courage de l'adresser ouvertement et avec toute la transparence qu'elle se doit d'avoir.
    Il sagit des droits sur la propriété du territoire du Québec indépendant et la structure du partage et gestion de ses ressources. Du "qui", il faudra passer au "quoi".