Ségolène Royal affiche ses sympathies souverainistes

Le courant passait hier à Paris entre la candidate socialiste et André Boisclair

Boisclair à Paris



Paris - La candidate socialiste à la présidence française, Ségolène Royal, n'a pas caché sa sympathie hier à l'égard de la souveraineté du Québec. Sortant d'un entretien de 15 minutes avec le chef de l'opposition, André Boisclair, elle a déclaré que l'objectif des souverainistes était «conforme aux valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec. Et je pense que le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont dans ce sens».
Faut-il en conclure que Ségolène Royal appuie la souveraineté du Québec ou simplement la démarche du Parti québécois? Personne dans l'entourage d'André Boisclair, qui amorçait hier une visite officielle de quatre jours en France, ne semblait vouloir répondre à la question. «Les Français ont bien saisi notre message. Je disais même qu'il y a de la sympathie. J'ai l'intime conviction que la France sera toujours aux côtés du Québec quels que soient les choix qui seront faits par les Québécois.»
Évitant de se réjouir de cette déclaration, André Boisclair s'est contenté de préciser que le projet souverainiste n'est «pas regardé ici avec une certaine distance», même si la décision se prendra au Québec.
Quelle qu'en soit la portée exacte, selon les observateurs, la déclaration de la candidate socialiste va bien au-delà de la position française traditionnelle de non-ingérence et non-indifférence. Elle rompt aussi avec la distance plus grande que la direction socialiste, contrairement aux gaullistes, avait traditionnellement manifestée à l'égard de l'indépendance du Québec.
Le courant passait visiblement hier entre la candidate et le chef de l'opposition. Ségolène Royal a indiqué que le programme des socialistes français se rapprochait de celui du Parti québécois. Elle a de plus souligné que le Québec était perçu en France comme un modèle en matière d'écologie. L'environnement est «un élément important de la carte de visite du Québec sur le plan international, dit Boisclair. Je pense que le gouvernement français apprécie les positions qui ont été défendues par le Québec sur ces questions».
À Ottawa, les réactions n'ont pas tardé. «L'expérience enseigne qu'il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d'un autre pays», a déclaré Stephen Harper. Le premier ministre dit s'attendre à ce que le prochain président français «comprenne l'histoire que nous partageons et le respect» qu'elle exige à l'égard du Canada et de sa population.
À la sortie du caucus de pré-session, le premier ministre québécois Jean Charest a dit avoir invité Mme Royal à venir au Québec. «Madame Royal n'est jamais venue au Québec. [...] Ce que je sais, c'est que l'avenir du Québec, [...] c'est une chose que les Québécois décideront eux-mêmes.»
André Boisclair, qui dit vouloir présenter «le nouveau visage du Parti québécois», a aussi rencontré le premier ministre français, Dominique de Villepin, pendant 50 minutes. Ce dernier a reconduit son invité après l'entretien, ce qui est une marque de gratitude. Les deux hommes ont discuté de la situation politique française, du débat présidentiel, de la construction de l'Europe et de la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. Dans la matinée, le chef du Parti québécois avait rencontré le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, et dîné avec l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, rallié à Ségolène Royal.
Il y a quelques jours à peine, la visite d'André Boisclair à Paris s'annonçait ardue, faute de pouvoir rencontrer les deux principaux candidats à la présidence. Arrachées à la dernière minute, les rencontres ont finalement été confirmées moins de 48 h avant l'arrivée d'André Boisclair. Selon un de ses proches, c'est Nicolas Sarkozy qui aurait accepté le premier.
André Boisclair trace un parallèle entre la déclaration de la candidate socialiste et celle du responsable des relations internationales du Parti socialiste au dernier congrès du Parti. Pierre Moscovici avait alors ouvertement souhaité l'élection du Parti québécois. «Je ne dirai pas à cette tribune "Vive le Québec libre !", mais je dirai "Vive le Québec québécois !" Et nous espérons le succès du Parti québécois lors des élections au Québec l'année prochaine, pour que ce pays connaisse plus que son autonomie, une forme d'indépendance.» Ancien partisan de Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici est aujourd'hui conseiller de Ségolène Royal en politique internationale.
L'ancienne ministre des Relations internationales Louise Beaudoin, qui était venue en éclaireuse à Paris il y a quelques semaines, ne s'est pas montrée surprise outre mesure. Selon elle, on ne savait pas trop à quoi s'attendre de Ségolène Royal. «Ce qui est bien, c'est que, maintenant, il y a à gauche - on verra à droite - comme un réflexe pro-québécois, dit-elle. C'est 30 ans de travail.»
Aujourd'hui, André Boisclair doit rencontrer une demi-douzaine de sénateurs, le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, et le président du Sénat, Christian Poncelet. Durant la semaine, il donnera une série d'entrevues, notamment au magazine L'Express, à TV5 et au journal Les Échos.
En fin de journée, le chef du Parti québécois a prononcé une conférence sur le projet souverainiste à l'Institut des sciences politiques de Paris devant environ 150 étudiants français et québécois. Interrogé sur l'intégration des immigrants, il s'est refusé à faire des parallèles entre la France et le Québec. «Là cependant où il y a une belle leçon à tirer de la France, dit-il, c'est sur la distance qui y existe entre l'État et la religion.»
Visiblement inspiré par la campagne présidentielle française, André Boisclair dit sentir en France «une volonté de changement et le désir de redonner de l'espoir aux Français. Il y a lieu de s'en inspirer...»
Correspondant du Devoir à Paris
Avec Antoine Robitaille à Québec


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