Sarkozy corrige le tir sur le Québec

«Le Québec, c'est notre famille. Le Canada, ce sont nos amis.»

E75e524d2d66e7f3d2550b3454708f8c

France-Québec : fin du "ni-ni"?

Paris -- Pour une fois, c'est la politique qui s'était invitée dans le show-business. C'est au moment de décorer Céline Dion de l'ordre de chevalier de la Légion d'honneur sous les lustres de l'Élysée que le président Nicolas Sarkozy a choisi hier de rectifier le tir et de calmer la polémique qui allait en s'amplifiant sur son attitude à l'égard du Québec.
Devant la star émue, en talons aiguilles et jupe noire fendue à l'arrière, le président est sorti de son texte pour revenir sur ses déclarations controversées du 8 mai dernier mettant sur un strict pied d'égalité la relation de la France avec le Québec et le Canada. Devant une Céline qui ne semblait visiblement pas au courant de la controverse, il a déclaré: «Je fais partie de ces Français qui considèrent que le Québec sont nos frères et que le Canada sont nos amis. Je n'oppose pas les deux.» «Jolie formule», a déclaré l'animateur Michel Drucker, ignorant tout de cette polémique.
Devant la presse people et une soixantaine de personnalités québécoises et françaises, dont Luc Plamondon, Denise Bombardier, Jean-Jacques Goldman et l'ancienne ministre Louise Beaudoin, le président a repris mot pour mot la formule utilisée par l'ancien premier ministre Alain Juppé en recevant Jean Charest vendredi dernier à Bordeaux.
«Je sais les liens très forts qu'il y a entre le Québec et la France. J'aurai l'occasion de venir très bientôt dire tout ce que je pense de cette histoire. Le Québec, c'est notre famille. Le Canada, ce sont nos amis. Et moi, je veux plus pour les deux.» En Normandie avec la gouverneure Michaëlle Jean, le président avait semblé s'éloigner de la politique traditionnelle de la France dite de «non-ingérence et non-indifférence» en déclarant simplement: «On aime le Québec, mais on aime le Canada. On aime les deux.»
Plusieurs personnalités politiques influentes sont intervenues depuis trois semaines auprès de Nicolas Sarkozy afin de l'inciter à corriger le tir. Parmi eux, on compte le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, ainsi que les anciens premiers ministres Alain Juppé et Michel Rocard. À Paris, l'ancienne ministre Louise Beaudoin a rencontré depuis un mois plus d'une douzaine de personnalités influentes de gauche comme de droite. Coïncidence, hier, un peu avant la cérémonie, elle rencontrait le conseiller personnel de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.
À sa sortie de l'Élysée, l'ancienne ministre, maintenant chercheur invité au CERIUM de l'Université de Montréal, a salué l'évolution du président. «Il y a du mouvement et ça commence à ressembler à une formule qui peut avoir de l'intérêt. Si on dit qu'on est de la famille, c'est qu'il y a des choses qu'on peut faire ensemble qu'on ne fait pas nécessairement dans un ménage à trois. [...] Il fallait que la France manifeste une préférence. Il y a une porte qui s'est ouverte.»
Interviewé plus tôt par Le Devoir, Michel Rocard, qui est intervenu personnellement auprès de Nicolas Sarkozy, jugeait très improbable «qu'on puisse toucher à cette formule [non-ingérence et non-indifférence] sans que ça fasse hurler. Je serais très surpris que le président Sarkozy veuille toucher à ça.» Selon ce vieil ami des souverainistes québécois, «la formule d'Alain Peyrefitte est une admirable trouvaille sémantique. On n'a pas toujours la chance que les mots collent aussi précisément à une réalité complexe. Elle exprime un sentiment réellement profond et partagé tant par les Français que les Québécois.»
Il constatait par ailleurs que «Nicolas Sarkozy n'a guère voyagé au Canada et au Québec et qu'il ne connaît pas personnellement dans sa tripe le Québec, contrairement à un grand nombre d'élus français. Peut-être n'a-t-il pas cette sensibilité».
Revenant à son texte, le président a estimé que la remise de la Légion d'honneur à une vedette qui connaît un grand succès populaire marquait un changement dans l'attitude de la France face à la réussite. «La France ayant changé, ceux qui réussissent sont bienvenus ici.» Le président oubliait que la Légion d'honneur avait en réalité été attribuée à Céline Dion en 2005 par son prédécesseur, Jacques Chirac. Hier, elle lui était simplement remise en main propre.
Le président a dit compter depuis longtemps parmi les fans de la diva et avoir assisté à son spectacle au Stade de France en 1999. Il a exprimé sa fierté de voir «un artiste qui chante en français porter notre langue sur tous les continents» et évoqué ses propres déboires amoureux en citant la chanson de Jean-Jacques Goldman: S'il suffisait d'aimer. «Le talent sans le travail est peu de chose», a-t-il déclaré, citant Georges Brassens, qui avait refusé la Légion d'honneur et même écrit à ce propos une chanson grivoise et satirique intitulée La Légion d'honneur ça pardonne pas. Le président ne le savait visiblement pas.
La vedette québécoise a longuement évoqué la fierté qu'aurait éprouvée son père décédé «de voir sa petite dernière récompensée par la France». L'attribution de l'ordre de chevalier de la Légion d'honneur à Céline Dion n'est pas une exception. La plupart des grandes vedettes françaises l'ont obtenue. Comme de très nombreuses vedettes internationales, la dernière en date étant le cinéaste Steven Spielberg. «La France fait partie de moi», a déclaré Céline Dion, dont on dit qu'elle chercherait un pied-à-terre à Neuilly, dont Nicolas Sarkozy a longtemps été le maire. L'animateur Michel Drucker a dit retrouver «la reconnaissance du coeur» de celle qu'il avait connue lorsqu'elle avait 15 ans.
La remise de cette décoration survient alors que Céline Dion, en pleine tournée mondiale, donne six spectacles au Palais omnisport de Bercy à Paris, une salle de 15 000 places. Si le stade est presque plein tous les soirs, la vedette a été écorchée par la critique. Même la presse populaire comme Le Parisien a critiqué un spectacle où «la ringardise n'était jamais très loin». Quant au quotidien Le Monde, il a estimé que la chanteuse était «engoncée dans un spectacle à l'américaine» et «inhibiteur d'émotion».
En fin de soirée hier, Céline Dion et René Angélil ont déplacé la horde de journalistes qui était à l'Élysée ainsi que l'autobus qui transporte leurs proches au Musée Grévin, où ils ont inauguré leur nouvelle statue de cire.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé