Communautés culturelles

Résoudre la crise de la sous-représentation

Québec - pluralité et intégration


Claudel Toussaint
_ Politologue et ex-candidat du Parti québécois dans Mercier en 2001

La démission de deux membres du comité exécutif du Parti québécois réveille de vieilles querelles intestines et met de nouveau à l'avant-plan la question du reflet de la diversité ethnoculturelle dans les formations politiques et dans nos institutions communes. Ce débat, soulevé de manière récurrente, particulièrement à l'approche d'élections générales, est relancé dans une certaine confusion conceptuelle qu'il est essentiel de clarifier. [...]



Comment détermine-t-on la sous-représentation ? De qui parle-t-on ? Quand cesse-t-on d'être un immigrant ? Il n'existe qu'une seule minorité linguistique officielle au Québec : les anglophones. Or ces derniers ne sont pas sous-représentés à l'Assemblée nationale, étant donné leur poids démographique dans la population. Toutefois, les autres minorités sociologiques le sont. À cet égard, on ne devrait pas établir de distinction à partir du lieu de naissance. Par exemple, la communauté d'origine asiatique, que ses membres soient nés à l'étranger ou au Québec, vit un déficit de participation dans l'espace public.
Dans notre société, l'ouverture des partis politiques est évaluée à la composition ethnoculturelle de leurs équipes de candidates et candidats. On oublie souvent de considérer leurs bilans et leurs programmes spécifiques pour combattre les diverses formes d'exclusion qu'on retrouve dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, basées notamment sur la race, la couleur, la religion, l'origine ethnique ou nationale. Les deux composantes sont pourtant indispensables et complémentaires, car une équipe de parlementaires multiethnique n'est pas garante à elle seule de la mise en oeuvre d'actions et de politiques visant l'accès à l'égalité dans les diverses sphères de notre société.
Vingt ans de débats, peu de résultats

On parle de gestion de la diversité au Québec depuis plus de 20 ans. Cela a donné lieu à des études spécifiques, à des colloques, à des énoncés de politiques, à des plans d'action divers : les résultats globaux sont plutôt décevants. Nos institutions publiques et parapubliques demeurent très peu représentatives de leur environnement dans les centres urbains.
À peine quelques organisations se démarquent. Par exemple, la Société de transport de Montréal, depuis les années 1980, sous le leadership de Louise Roy, a marqué des points dans ce domaine. Certaines institutions financières emboîtent le pas petit à petit. Mais où en sont les partis politiques, les médias, les commissions scolaires, les municipalités, les corps de police, les entreprises culturelles, les cégeps, les universités, les syndicats, etc. ? Un débat de société s'impose.
Comment aborder, en 2006, la question de la sous-représentation ? Au Québec, la formule des sommets a été utilisée au cours des 10 dernières années pour débattre d'enjeux collectifs et mobiliser les forces agissantes de notre société autour d'engagements concrets. L'enjeu de la diversité ethnoculturelle et de la sous-représentation mérite un tel examen. Cet exercice doit être tourné vers l'avenir en nous inspirant des meilleures pratiques de gestion organisationnelles. Il devrait aussi permettre de déterminer des cibles à atteindre et de définir des mécanismes de reddition de comptes.
À cet égard, deux instances me semblent crédibles et compétentes pour réaliser un tel mandat : la Commission des partenaires du marché du travail, à cause de sa composition mixte (patronat-syndicat-gouvernement-société civile), et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, en tant que gardien de la Charte des droits de la personne, «le symbole des valeurs de la société québécoise».
Nous sommes tous conscients des défis qui se posent à la société québécoise en matière de démographie, de finances publiques, de solidarité internationale et de compétitivité à l'heure de la mondialisation. Des institutions plus inclusives et représentatives constituent, selon moi, des conditions nécessaires pour relever ces défis sans perdants et avec succès.


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