Relancer le bilinguisme

Le grand cirque ordinaire des illusions « Canadian »


Depuis les pas de géant franchis dans les années 70, le bilinguisme piétine au sein des institutions fédérales. Ce constat, le commissaire aux langues officielles Graham Fraser le dresse avec vigueur et verve dans son second rapport annuel, publié la semaine dernière. Surtout, dans une analyse lucide de la situation, il identifie la source du mal: le manque de leadership politique.
"L'histoire nous rappelle que les grandes avancées dans le dossier des langues officielles à l'échelon fédéral ont toujours été le produit d'un leadership politique fort et résolu, rappelle M. Fraser. L'absence de leadership et le manque de vigilance en matière de langues officielles ont donné lieu à des reculs au cours des 40 dernières années."
Sauf au Québec, il reste difficile pour les francophones de travailler dans leur langue dans l'appareil fédéral. Les services en français continuent de connaître des ratés trop nombreux et souvent inexcusables, notamment, comme toujours, à Air Canada et à Via Rail.
Dans un pays de plus en plus multiculturel, où les francophones ne comptent plus que pour 4% de la population hors Québec contre 23% pour les allophones, la tendance à l'anglicisation, notamment au sein des institutions gouvernementales, sera toujours forte. C'est pourquoi un leadership politique fort et constant est essentiel. Il ne suffit pas de commencer ses points de presse en français, comme le fait Stephen Harper depuis son arrivée au pouvoir.
Il faut mettre en charge du bilinguisme un ministre fort. Or, Mme Josée Verner ne nous semble pas à la hauteur. Pour toute réponse au rapport accablant de M. Fraser, la ministre du Patrimoine canadien a osé prétendre (après deux jours de silence...) que grâce au gouvernement conservateur, les communautés minoritaires ont réalisé des "progrès considérables"!
Il ne s'agit pas de multiplier les lois et les règlements, il y en a déjà plein. Il s'agit de convaincre une société de plus en plus diversifiée, composée en grande partie d'immigrants récents, de l'importance du bilinguisme officiel au Canada. Il s'agit de répondre à ceux qui persistent à croire qu'il est aussi important pour les juges de la Cour suprême de parler mandarin que français. Il s'agit, résume Graham Fraser, "de veiller à ce que tous, peu importe leur origine, aient la dualité linguistique en commun et qu'ils puissent y participer, et à ce qu'ils la reconnaissent comme une pierre angulaire et une valeur commune servant de fondement au pays". À cet égard, les sondages sont encourageants: une forte proportion de Canadiens anglais continuent de soutenir le bilinguisme. Ottawa peut donc semer dans un terreau fertile.
La dernière impulsion au programme des langues officielles a été donnée il y a cinq ans par Stéphane Dion, qui avait mis en place un ambitieux Plan d'action. Le plan n'a pas produit de miracles mais a engendré quelques belles réussites.
Le gouvernement Harper s'est engagé à le renouveler, mais le prochain plan se fait attendre et aucune somme n'a été explicitement prévue à cette fin dans le dernier budget. C'est à se demander si, au fond de lui, M. Harper ne conserve pas l'hostilité qu'il a exprimée dans le passé à l'endroit du bilinguisme officiel.
apratte@lapresse.ca

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André Pratte877 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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