Qui est Barack Obama?

Présidentielle étatsunienne



Il n'est pas facile de comprendre Barack Obama. L'homme est-il de gauche? De centre? Ou même de droite? De fait, bien qu'il soit démocrate, plusieurs tendances personnelles qu'il a acquises au cours de ses expériences semblent peser lourd dans son approche du pouvoir. Les identifier peut nous permettre de mieux le connaître.
L'orateur
Contrairement à George W. Bush, homme de peu de paroles, Obama est premièrement un orateur hors du commun. Dans la tradition démocrate des John Kennedy et Bill Clinton. Ce qu'il prêche? La foi dans le rêve américain. Une foi qui est modulée par les circonstances extérieures. Elle fut rédemptrice avec Kennedy, durant la guerre froide («Ask not what your country can do for you, but what together we can do to save the world»). Elle fut consensuelle avec Clinton, axée sur le potentiel formidable des citoyens, et finalement axée sur le retour aux sources du rêve avec Obama («Yes, we can!»). Ce credo postule la foi dans le peuple américain, la foi dans le futur et la foi dans les personnes qui se sacrifient pour le rêve.
Cette rhétorique unit le leader et le peuple dans une foi partagée. La campagne électorale est ainsi devenue un puissant élément intégrateur de la société. Obama, comme ses célèbres prédécesseurs, propose que la société américaine ait un nouveau sens de la responsabilité qui sera la norme. Dans cette foulée, le président va incarner le meilleur de ce modèle: défenseur des citoyens, chef de la démocratie, protecteur des familles, arbitre entre les différents intérêts de la société. Pour Obama, le défi est de persuader les Américains qu'ils peuvent réussir en étant fidèles à cette foi.
Le communautaire
Obama vient de Chicago. Une ville importante, qui a sa propre culture politique. Trois éléments principaux ressortent à son sujet.
Premièrement, la machine politique. Pendant des décennies, cette ville a eu une «machine» politique qui a rempli de nombreuses fonctions: accueil des immigrants, aide sociale, organisation des élections. Bien qu'elle soit disparue aujourd'hui, il en est resté un sens de l'organisation qui a marqué l'organisateur communautaire que fut Obama. Il a d'ailleurs souligné que l'organisation supérieure de sa campagne avait été un facteur de victoire.
Deuxièmement, le communautarisme irlandais. Curieusement, Obama partage avec les Kennedy la vision des immigrants irlandais venus en masse aux États-Unis pour fuir la famine. Cette mentalité veut qu'on sauve d'abord les siens, peu importe les théories économiques. Une tendance qui pourrait favoriser le protectionnisme. Cette culture soutient aussi que les institutions privées et publiques doivent aider les citoyens, que la religion fait partie de la politique et que les réformes doivent être modérées. Des postulats qui dépassent en partie le programme démocrate habituel.
Troisièmement, la nouvelle classe montante. Obama reconnaît qu'il fait partie de la nouvelle classe américaine montante, urbaine, sophistiquée et cosmopolite. Il en résulte que le succès n'est plus seulement dû à la race.
Le pragmatique
Obama n'est pas un homme d'idéologies. Il s'intéresse à celles-ci uniquement dans la mesure ou il peut en tirer des applications pratiques. Il en résulte pour lui un parcours politique éclectique. Il est à gauche en ce qui concerne la fiscalité envers les riches, le retrait des troupes de l'Irak, l'écologie, les droits des travailleurs et les pro-choix. Mais il est plus à droite en ce qui concerne la guerre en Afghanistan, le droit de défendre en priorité les intérêts stratégiques des États-Unis, l'utilisation de certaines recettes néo-libérales.
Du côté économique, Obama blâme la classe financière américaine d'avoir forcé les Américains à emprunter au-delà de leurs moyens et d'avoir ainsi engendré une catastrophe. Ses mesures compensatoires actuelles sont modérées et ponctuelles: diminution des taxes, moratoire pour les propriétaires de maisons en difficulté, renforcement de l'assurance-chômage. Seule nouveauté: la création d'une institution financière pouvant prêter aux banques et aux gouvernements.
Conclusion? En somme, Obama suit la tradition présidentielle démocrate pour ce qui est du rêve américain. Mais il innove en y ajoutant un net parti-pris pour la base citoyenne et un pragmatisme radical (au détriment des idéologies) pour le choix des solutions.
Pour le Québec et le Canada, l'ouverture qu'il nous fait implicitement est que, si nous pouvons prouver les avantages mutuels de nos solutions, il y a de sérieuses chances qu'il nous écoute.
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Michel Magnant, Montréal, le 23 septembre 2008


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