Préserver l’avenir

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Changer le chef du PQ ne le ferait pas monter dans les intentions de vote


Jean-François Lisée n’est pas devenu chef du PQ en raison d’un élan du coeur. Si cela avait été simplement une affaire de sentiment, les militants péquistes auraient choisi Alexandre Cloutier.


La gentillesse n’est malheureusement pas la première qualité qu’on recherche chez un chef de parti. Durant la course à la chefferie, M. Cloutier s’est fait manger tout rond. Soit, M. Lisée s’est permis quelques coups en bas de la ceinture, mais il ne semblait faire aucun doute qu’il serait un adversaire bien plus coriace pour le premier ministre Couillard et François Legault.


Il est vrai que le chef du PQ est un remarquable communicateur et son sens de la répartie pourrait faire merveille dans un débat télévisé, pour peu qu’il résiste à la tentation d’épater la galerie, comme il en a la fâcheuse habitude.


Les députés qui déplorent aujourd’hui que M. Lisée « ne passe pas » dans la population ne devraient cependant pas s’en étonner puisque eux-mêmes n’ont jamais éprouvé d’attachement pour lui. En fin de semaine, certains ont confié au Journal de Montréal leur désir de le voir céder sa place à Véronique Hivon, infiniment plus populaire, dans l’espoir d’éviter le désastre que laissent présager les sondages.


Bien entendu, Mme Hivon nie avoir connaissance d’un quelconque mouvement en ce sens. Il faut plutôt comprendre qu’elle ne fera rien pour l’encourager. La députée de Joliette n’a pas l’âme d’une putschiste, mais elle ne peut certainement pas ignorer que ses collègues rêvent de la voir remplacer M. Lisée depuis des mois.




 


Il peut être tentant de faire la comparaison avec Jacques Parizeau, qui avait accepté de céder la direction du camp du Oui à Lucien Bouchard trois semaines avant le référendum du 30 octobre 1995.


Cela avait sans doute exigé une grande abnégation à M. Parizeau, mais il demeurait quand même premier ministre. M. Lisée, qui a déjà cédé une partie de son autorité à Mme Hivon, perdrait tout. Même en admettant qu’il soit capable d’un tel renoncement, la question est de savoir si le jeu en vaut la chandelle.


Il est vrai que l’entrée en scène de M. Bouchard avait complètement changé la donne. Sans enlever quoi que ce soit à Mme Hivon, qui jouit d’une estime bien méritée, le chef du Bloc québécois exerçait sur la population un ascendant bien plus grand, qui était largement dû à sa lutte victorieuse contre la bactérie mangeuse de chair.


La conjoncture était également très différente. Le camp du Oui avait rallié aussi bien les nationalistes « mous » qui avaient trouvé refuge à l’ADQ que les souverainistes de gauche qui n’avaient pas encore coupé les ponts avec le PQ. Le couronnement de Mme Hivon ne ferait disparaître ni la CAQ ni Québec solidaire.




 


Il est difficile de déterminer dans quelle mesure la désaffection envers l’indépendance est responsable des malheurs du PQ ou si c’est au contraire l’incurie du PQ qui plombe son option.


Il serait sans doute très heureux de faire le plein des 31 % de voix dont le récent sondage Ipsos-La Presse crédite le Oui, mais il n’en demeure pas moins associé à un projet qui n’a jamais été aussi impopulaire.


On ne saura jamais ce qu’il serait advenu si Pierre Karl Péladeau était demeuré chef. Même si personne n’avait prévu les circonstances dramatiques de son départ, plusieurs au sein même du PQ doutaient cependant qu’il se rende jusqu’à l’élection.


Il reste que les intentions de vote du PQ vont en diminuant depuis que M. Lisée lui a succédé. La descente s’est accélérée quand les délégués au congrès de QS ont rejeté sa proposition d’alliance. Dès lors que le PQ ne semblait plus en mesure de battre les libéraux, les intentions de vote de la CAQ ont décollé.


À moins de cinq mois de l’élection, il paraît douteux qu’un troisième changement de chef en quatre ans suffise à refaire du PQ la solution de rechange aux libéraux dans l’esprit de la population. Il serait très mal avisé de prendre le risque de « brûler » Véronique Hivon dans l’espoir de sauver quelques meubles. Mieux vaudrait préserver l’avenir.


Une nouvelle relégation au rang de deuxième groupe d’opposition provoquerait de sérieuses remises en question. Certains évoquent une sorte de « refondation » qui permettrait de relancer le mouvement souverainiste sur de nouvelles bases. Dans cette perspective, la présence de Mme Hivon faciliterait une reprise de l’incontournable dialogue avec Québec solidaire.


> La suite sur Le Devoir.