Vigile sur Maurice le Noblet Duplessis

Le plus grand premier ministre du Québec

La bête politique qui a mis le fédéral à genoux sur un enjeu existentiel

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« Maurice Duplessis est celui qui a fait apparaître le droit à l’autodétermination, le fondement du projet souverainiste. » - Vigile.Québec

« Le conservatisme n’est pas quelque chose qui vous empêche de monter et d’avancer, mais quelque chose qui vous empêche de reculer et de tomber dans le chaos. » - Nikolaï Berdiaev (expulsé d’URSS en 1922)


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Évoquer son nom suffit à voir surgir le spectre de la « Grande Noirceur », le blocage vers la « modernité ». Avec le recul, certains lui trouvent quand même des mérites. D'autres, obnubilés par ce mythe, ne voudraient surtout pas de sa réhabilitation. Ce mythe que Pierre Elliott Trudeau a contribué à installer durablement dans notre inconscient collectif et qui a malheureusement contaminé le mouvement souverainiste [*]. Ces souverainistes trudeauistes ignorent ce que la cause souverainiste doit à Maurice Duplessis et à l’Union nationale :


« Ceux qui ont eu l’audace, il y a près de trente ans, de créer un parti libre pour un Québec libre [Union nationale], un parti enfin se détachait des formations politiques pan-canadiennes pour ne servir que les intérêts du groupe québécois, ont ouvert la voie de la souveraineté. » (Daniel Johnson, Égalité ou indépendance, 1965, p.19)


Lors d’une période de questions à l’Assemblée nationale, le « souverainiste » Gabriel Nadeau-Dubois a reproché à François Legault de faire « sa meilleure imitation de Maurice Duplessis », en se proclamant « père de la nation québécoise ». La réplique du premier ministre ne se fit pas attendre : « [Gabriel Nadeau-Dubois] nous parle de Maurice Duplessis. Il avait beaucoup de défauts, mais il défendait sa nation. Il n'était pas un woke comme le chef de Québec solidaire. »


Cette anecdote est révélatrice de l’insignifiance politique du chef dit « souverainiste ». Duplessis fit de la défense des compétences du Québec un enjeu existentiel pour la suite de l’histoire, alors que pour GND le woke, « jouer à “ ne touche pas à ma compétence ” avec Ottawa, honnêtement, ça ne [l’]intéresse pas tant que ça. » Legault rétorqua : « Le chat est sorti du sac. »


Craignant que cet épisode ne mène à la réhabilitation du « Cheuf », Jean-François Lisée, l’ex grand conseiller du camp souverainiste, est sorti pour publier un texte convenu par les progressistes sur le dénigrement de Duplessis et son époque (Pourquoi il faut « déréhabiliter » Duplessis, Le Devoir, 25 septembre 2021). Un ramassis de clichés habituels, allant même jusqu’à reprendre les déclarations de Gérard Pelletier, ex co-directeur avec Pierre Elliott Trudeau de la revue Cité Libre. L’organe officiel du dénigrement de notre nation qui a servi de tremplin politique aux Trudeau, Marchand et compagnie. Ces antinationalistes qui, une fois arrivés au pouvoir, nous ont imposé la constitution de 1982 qui se fonde sur la négation de notre statut politique de nation.


On a donc deux souverainistes trudeauistes parmi tant d’autres, incapables d’apprécier ce que la cause doit à Maurice le Noblet Duplessis : un État !


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La souveraineté, une affaire d’État


De quoi la souveraineté est-elle le nom ? Du changement de statut d’un État. Il s’agit d’abord d’une affaire d’État, ce qui suppose un État, et donc l'apparition de l’État du Québec. Ce qui nous amène au rôle déterminant de Duplessis dans l’édification de cet État.


C’est avec Notre avenir politique, publié par un collectif dirigé par Lionel Groulx dans L’Action française en 1922-1923, que fut précisé le cadre stratégique pour parvenir à l'édification d’un État français en Amérique :


« Être nous-mêmes, absolument nous-mêmes, constituer, aussitôt que le voudra la Providence, un État français indépendant, tel doit être, dès aujourd’hui, l’aspiration où s’animeront nos labeurs, le flambeau qui ne doit pas s'éteindre. »


Projet devenu assez précis pour que Groulx puisse déclarer en 1937 : « Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, notre État français, nous l’aurons. » Duplessis va consacrer 15 ans de son action politique pour faire de cette promesse une réalité qui va s’imposer de facto en 1960. Moment où le Québec va cesser de se penser comme une province pour se penser comme un État.


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L’État du Québec a surgi de la « Grande Noirceur »


C’est bien l’État promis par Groulx et livré par Duplessis qui apparaît clairement dans le programme libéral Pour une politique rédigé en 1959 par Georges-Émile Lapalme, lequel, selon ses mémoires (Le vent de l’oubli), s’inspire directement du plan de 1922 :


« Je fis se lever des années de nationalisme québécois dont les sources remontaient à NOTRE AVENIR POLITIQUE des années 20. J'intitulai le tout : POUR UNE POLITIQUE. » (p. 240)


« Le moment est venu de concevoir politiquement l'État provincial comme un phénomène culturel... La vie nationale. La vie culturelle et le fait français. » (p. 241)


L’État du Québec fut donc le produit du conservatisme qui cadre le réalisme en politique. Bref, un État qui surgit de la « Grande Noirceur » et qui va s’imposer comme une réalité aux artisans de la Révolution tranquille :


« Le seul levier dont les Québécois disposent, c’est leur État [...], le meilleur d’entre nous » (René Lévesque). [Nos caractères gras.]


« Nous possédons un levier commun, notre État du Québec. Nous serions coupables de ne pas nous en servir. » (Jean Lesage). [Nos caractères gras.]


« Les Canadiens français cherchent à s’identifier à l’État du Québec, le seul où ils puissent prétendre être maîtres de leur destin. » (Daniel Johnson, Égalité ou indépendance, p. 23.) [Nos caractères gras.]


Or, selon Daniel Johnson, ce fut au moment où le Québec a cessé de se penser comme une province, pour se penser comme un État, que la nation culturelle est passée au statut de nation POLITIQUE :


« Ainsi, la nation, phénomène sociologique, tend à coïncider avec l’État, phénomène politique. Dans la mesure où elle atteint à cette identification, elle devient la nation-État. » (Égalité ou indépendance, p. 23). [Nos caractères gras.]


Le juriste Carl Schmitt le confirme : « Le concept d’État présuppose le concept de politique. »


Johnson fut le dernier premier ministre à penser le Québec comme un État et à faire de la souveraineté une affaire d’État. L’apparition de l’État du Québec, que Groulx annonçait, s’étala sur 50 ans. Il ne résulte donc pas d’un souhait du jour de l’An de 1960, mais d’une somme à laquelle Duplessis fit la contribution la plus déterminante.


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La contribution déterminante de Duplessis à l’édification de l’État du Québec



  1. Les impôts / le défi existentiel

  2. Hydro-Québec / le développement des régions

  3. Le patronage / le développement du Québec inc.

  4. L'autonomisme / le droit à l’autodétermination


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1. Les impôts, un défi existentiel


Dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, le fédéral va « emprunter » aux provinces leurs pouvoirs de taxation directe pour son effort de guerre (1942). La paix revenue, il n’était plus question d’abandonner cette source de revenus. Et surtout pas de redonner au Québec sa capacité fiscale. Car Louis St-Laurent, alors premier ministre du Canada, « craignait que l'impôt provincial n'ébranle l'unité nationale ». (« Maurice Duplessis, l'homme à l'origine de l'impôt provincial », Radio-Canada, 24 février 2015). [Nos caractères gras.]


Duplessis lui aussi en fit un enjeu existentiel en créant la commission Tremblay (1952) ― une confrontation entre deux codes civilisationnels, l’anglo-saxon contre le français. La création d’un régime d’impôt provincial (1954) a permis d’arracher au fédéral 10 % de la taxation directe. Le chef de l’opposition Georges-Émile Lapalme, qui avait voté contre la loi sur les impôts en étant sûr qu’Ottawa ne céderait jamais, conclut dans ses mémoires (Le vent de l’oubli) :


« En janvier 1955, 12 mois après l’exploit de Maurice Duplessis, le fédéral se mettait officiellement à genoux et accordait [10% de taxation directe] plus que ce qu’il avait refusé aux nôtres. » (p. 178)


« Ce recul [d’Ottawa] devait se produire d’une façon dramatique et dommageable pour nous [PLQ], bénéfique pour l’avenir. » (p. 176)


Bénéfique pour l’avenir en effet ! C’est la récupération de ces 10 % de nos impôts qui a permis la Révolution tranquille, tel que rapporté dans l’ouvrage collectif Duplessis, son milieu, son époque, sous la direction de Lucia Ferretti :


« Ce sera après 1960 que le gouvernement Lesage utilisera ce levier financier pour réaliser les grandes réformes qui feront entrer le Québec dans la modernité. » — Frédéric Boily (p. 100) [Nos caractères gras.]


« En fait, Duplessis, par cette décision unilatérale, avec comme arbitre ultime la population, venait de renverser la stratégie centralisatrice élaborée depuis les années 30. L'impôt provincial était la brèche qui allait permettre au Québec de faire sa révolution tranquille dans les années 60. » — René Durocher (p. 306). [Nos caractères gras.]


« Il faut être redevable à Duplessis d'avoir préservé l'autonomie gouvernementale du Québec et assurer le maintien du sentiment qu'ont encore les Québécois de former une nation. » — François-Albert Angers (p. 283)


« Duplessis est vraiment celui qui a doté le Québec d'un État national » — Conrad Black (p. 371)


Et Gérard Bergeron de conclure : « presqu’un coup d’État ! » [Nos caractères gras.]


Lors de l’élection fédérale de 1958, Maurice Duplessis, après avoir mis à genoux le fédéral, va régler son compte au gouvernement de Louis St- Laurent en mettant la machine de l’Union nationale derrière le Parti conservateur de John Diefenbaker. Ce qui va mener ce dernier à une victoire historique. Lapalme rapporte :


« [Duplessis] me confessait cela après la défaite des libéraux. Revenant d'une conférence à Ottawa où John Diefenbaker était devenu premier ministre, il ajoutait ce détail intéressant : “ J'ai rencontré Saint-Laurent là-bas. Ce n'est plus le même homme. Il est fini. ” Je lui ai dit : “ Monsieur Saint-Laurent, si vous croyez que j'ai fait la lutte contre vous parce que vous étiez libéral, vous vous trompez. Écoutez-moi bien : je vais faire la même chose contre Diefenbaker. ” » (p. 179) [Nos caractères gras.]


Témoin de cet épisode durant lequel Duplessis a mis le fédéral à genoux et chassé les libéraux du pouvoir, un jeune avocat proche de Louis St-Laurent, Pierre Elliott Trudeau, voua par la suite une haine du Chef et de tout ce qu’il représentait. De là aussi sa détermination à en finir avec le rapport de force des Canadiens-Français… à l’élimination de son statut politique de nation. Ce que fut la constitution de 1982 ! 


Après la défaite libérale en 1958, Jean Lesage, qui était ministre à Ottawa, est passé du côté du Québec pour devenir chef du Parti libéral, lequel va prendre le pouvoir en 1960. Celui qui, ministre à Ottawa était contre le retour des impôts au Québec, va dès lors s’appuyer sur le rapport de force créé par Duplessis pour récupérer d’autres points d’impôts du fédéral, en profitant de la faiblesse du Parti libéral, revenu au pouvoir mais minoritaire en 1963.


On doit donc à Maurice Duplessis un rapport de force favorable qui a créé une brèche dans la centralisation fiscale par Ottawa ainsi que d’avoir laissé un Québec pratiquement sans dette, tout en étant la province la moins taxée du Canada. C’est cette capacité d’emprunt qui a permis de financer la Révolution tranquille. Ne serait-ce que pour ces legs, Duplessis mérite toute notre considération.


À cette contribution essentielle au financement de l’édification de notre État, Maurice Duplessis va en ajouter une deuxième : Hydro-Québec.


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2. Maurice Duplessis et Daniel Johnson, les deux bâtisseurs d’Hydro-Québec


Juste avant de perdre le pouvoir en 1944, le libéral Adélard Godbout avait créé Hydro-Québec. De cette compagnie sur papier, Maurice Duplessis va 15 ans plus tard en faire une entreprise qui vaut un milliard de dollars (de l’époque). Sa stratégie : 1) vider l’expertise des compagnies privées pour l’amener à Hydro-Québec (évoquée dans la série Les Bâtisseurs d’eau, 1997) ; 2) limiter leur capacité de développement pour ensuite les acheter de gré à gré à bon prix ; 3) l’électrification des régions par des coopératives.


C’est cette stratégie de croissance qui a fait d’Hydro-Québec un géant énergétique en 1960, tel que documenté dans le site Internet de l’entreprise :


« 1945-1959 — Les premières réussites d’Hydro-Québec : À l’aube des années 1960, Hydro-Québec est forte d’une expertise enviable dans les domaines de la production, du transport et de la distribution d’électricité. Depuis sa création, elle a connu une expansion continue sans devoir recourir aux ressources de l’État ou augmenter ses tarifs. Hydro-Québec dispose maintenant de tous les atouts lui permettant de se voir attribuer un mandat plus vaste. Ses exploits en font rapidement un symbole de la Révolution tranquille et lui valent une renommée internationale. » [Nos caractères gras.]


Référence - http://www.hydroquebec.com/histoire-electricite-au-quebec/chronologie/premieres-reussites-hydro-quebec.html


C’est ce potentiel qui a permis à son ministre des Ressources hydrauliques, Daniel Johnson, d'avoir les capacités de lancer Manic en 1959, dont le barrage Manic-5 porte maintenant le nom. Et plus tard, élu comme premier ministre en 1966, de mandater son homme de confiance, le patriote Jean-Paul Cardinal, pour négocier Churchill Falls, qui est le meilleur coup d’Hydro-Québec (13 % de la capacité installée). Rien à voir avec la stratégie du gouvernement Charest qu’est la privatisation des filières énergétiques pour garantir aux compagnies privées des contrats d'achat d’énergie à long terme à prix gonflés, entraînant une saignée de près d’un milliard de dollars par année pour Hydro-Québec. (« 10,2 milliards $ payés en trop à cause des énergies alternatives », Le Journal de Montréal, 4 juin 2018)


Référence - https://www.journaldequebec.com/2018/06/04/102-milliards-payes-en-trop-a-cause-des-energies-alternatives


L’essentiel de la Révolution tranquille


La nation québécoise doit à l’Union nationale l’essentiel de la Révolution tranquille : la récupération de nos impôts et la montée en puissance d'Hydro-Québec. Les deux composantes structurantes menant au moment où le Québec a cessé de se penser comme une province pour se penser comme un État.


Réalisations majeures sans doute mais... il y a eu le « patronage » tant décrié par les opposants au duplessisme !


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3. Le « patronage », un mode de fonctionnement de l’État


Rappelons qu’au cours de la période des premiers ministres Louis-Alexandre Taschereau, Joseph-Adélard Godbout et Maurice Le Noblet Duplessis, il n’y avait pas de règles précises encadrant le financement politique. Précisons que les dons politiques menaient au « patronage » mais pas nécessairement à la corruption. Toutefois, pour les libéraux, c’était bien le cas, car ils étaient financés par les grandes entreprises essentiellement anglo-saxonnes qui avaient une influence déterminante et néfaste sur l'orientation politique de notre nation.


Pour se détacher de cette corruption érigée en système sous les libéraux, Maurice Duplessis et Gérald Martineau, le trésorier du parti, ont dû mettre au point un autre système de financement politique fait de modestes dons auprès de petits entrepreneurs canadiens-français (libéraux comme unionistes). En contraignant ces derniers à verser 10 % de leurs profits à la caisse du parti (et non pas 10 % de leur chiffre d'affaires comme certains historiens le rapportent), ce système permettait à l’Union nationale de mener son action politique inspirée du patriotisme.


Cette stratégie avait pour objectif premier de ramifier le champ économique des Canadiens-Français pour le tirer vers le haut. Et non d’enrichir des politiciens véreux, un péché contre le bien commun que n’auraient pas toléré Duplessis et Martineau, deux patriotes voués aux intérêts de la nation.


Rien à voir avec la corruption libérale qui va reprendre en 1960.


Georges-Émile Lapalme rappelle dans une entrevue, qu’à la suite de la prise du pouvoir par les libéraux en 1960, ceux qui avaient aidé le parti « voulaient la moitié de la province ». (Cf. le documentaire Mon père de la Révolution tranquille, à 33 min 24 s.) [Nos caractères gras.]


Référence - https://savoir.media/mon-pere-de-la-revolution-tranquille/clip/mon-pere-de-la-revolution-tranquille


Une autre stratégie s'apparentant au « patronage » : le fer à 1 cent la tonne


Dans le contexte de l'époque, le Québec n'avait ni les capitaux ni l'expertise pour mettre en valeur ses ressources naturelles. D'où la stratégie de Duplessis pour attirer les entreprises américaines en leur offrant l'accès aux ressources mais, en contrepartie, ces dernières devaient assumer le coût des infrastructures : routes, voies ferrées, ponts, ports, etc. C'est ainsi que des régions éloignées ont été peuplées et mises en valeur par des populations attirées par des salaires élevés. Si on compare cela avec la stratégie inverse qui a suivi, soit payer les infrastructures et subventionner les entreprises, on peut se demander laquelle de ces stratégies servait le mieux le bien commun.


La stratégie économique de Duplessis a fait apparaître et grandir un grand nombre d’entreprises contrôlées par des canadiens français, donnant naissance à l’embryon du « Québec inc ».


Ce qui n’empêche pas Jean-François Lisée, déconnecté de son histoire, de conclure dans son texte au Devoir que : « Ses initiatives n’inclurent jamais [...] la moindre promotion de l’entrepreneuriat francophone. »


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4. L'autonomie de Duplessis a mené… au droit à l’autodétermination


Pour Jean-François Lisée, l'autonomie de Duplessis était un mantra. Il cite Lapalme : « Autonomie électorale, autonomie négative, autonomie verbale, autonomie saugrenue, autonomie de remplissage, autonomie du néant. Mais y a-t-il quelqu’un qui ait mieux doré l’autonomie que lui ? ».


Sauf que ce commentaire de Lapalme fut émis avant le bras de fer sur les impôts qui a amené ce dernier à changer son point de vue sur l’autonomisme de Duplessis, dans ses mémoires (Le vent de l'oubli) :


« C'est ainsi qu’un jour il entra dans le hall de la véritable autonomie en créant la “ commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels ” (12 février 1953). » (p. 170)


« Maurice Duplessis avait engagé sa seule véritable bataille de l’autonomie et l’avait gagnée. » (p. 179)


Duplessis était une bête politique qui avait les qualités de ses « défauts » qu’ils mettaient à contribution pour défendre l'autonomie, un enjeu existentiel pour lui. Lisée cite aussi René Lévesque pour qui « l’autonomie de Duplessis était la “ ligne Maginot derrière laquelle rien ne devait trop changer ” ».


De toute évidence, Lisée et Lévesque ne semblent pas avoir compris que c’est la défense acharnée de l'autonomie par Duplessis qui a produit le droit à l'autodétermination du Québec, le fondement de la cause souverainiste.


Un droit que Daniel Johnson, successeur de Duplessis, va inscrire formellement dans le programme de l’Union nationale en 1965 (Égalité ou indépendance) :


« Une génération a grandi sous le signe de l’autonomie: comment s’étonner que cette même génération et celles qui la suivent, poussant à la limite le principe que comporte l’autonomie, exigent aujourd’hui l’autodétermination et que leurs éléments les plus intransigeants réclament maintenant l’indépendance ? » (p. 18) [Nos caractères gras.]


« [...] que cette nation possède, indépendamment de toute constitution et de toute législation positive, un droit naturel, une vocation normale à l’autodétermination. » (p. 42)


L’autodétermination, un droit sacré pour l’Union nationale auquel René Lévesque va toutefois renoncer deux fois plutôt qu’une.


La première fois, au milieu des années 1960, alors que Jean Lesage s'apprête à consentir à la formule d'amendement constitutionnel Fulton-Favreau, que Lévesque, inconscient de sa portée, va défendre devant des étudiants. Ce qui, pour Daniel Johnson, équivalait au renoncement au droit à l'autodétermination :


« Bref, la formule Fulton-Favreau fait du Québec une province comme les autres et rabaisse les Québécois au rang “ d’esclaves ” de la majorité anglophone. Quant au droit à l’autodétermination, on n’ en parle plus. » (Pierre Godin, Daniel Johnson, 1964-1968, p. 26.)


D’où la défense « irréductible » de ce droit « inaliénable » par Daniel Johnson face à Lesage (Godin, p. 10). Une prise de position qui a servi à la relance de l’Union nationale et sa prise du pouvoir en 1966.


Lévesque renonce une deuxième fois au droit statutaire à l'autodétermination dans la foulée de la défaite référendaire, en septembre 1980, à la demande de Pierre E. Trudeau ! :


« [Trudeau] est prêt à inscrire dans la déclaration de principe de la future Constitution le caractère distinct du Québec, mais à une condition : René Lévesque doit biffer de son texte l'expression “ peuple québécois ” pour y substituer “ société québécoise ”. Pourquoi pas ? Le chef indépendantiste accepte même de rayer le mot “ autodétermination ”. La déclaration de principe évoquera donc la volonté d'une province de faire partie “ librement ” de la fédération. » (Pierre Godin, René Lévesque, l'homme brisé, Boréal, p. 55.) [Nos caractères gras.]


On comprend par la suite que cette garantie de Trudeau n’allait pas empêcher Ottawa d’imposer la constitution de 1982 contre la volonté du Québec, dont les effets néfastes s'appliquent malgré son rejet unanime par l’Assemblée nationale.


Alors que Duplessis, la bête politique ancré dans le réalisme politique avait mis le fédéral à genoux et fait de Louis St-Laurent « un homme fini ». Lévesque baignant dans l’idéalisme démocratique est sorti brisé de sa confrontation avec Ottawa. Cela après avoir parié le destin de la nation sur la stratégie référendaire qui n’avait jamais passé le test de la réalité.


Voilà toute la différence des résultats entre le réalisme et l’idéalisme en politique.


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Conclusion


L'Histoire à l'endroit


« L'histoire, ce grand courant sous-jacent souvent silencieux et dont le sens ne se révèle que si l’on embrasse de larges périodes de temps. » - Paul Valéry


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Évoquer le nom de Maurice Duplessis, c'est l'occasion de revenir sur la contribution du conservatisme dans notre longue histoire.


Au regard du temps long de notre histoire, deux périodes distinctes se détachent: le conservatisme et le libéralisme. Nous soutenons que c'est dans la période du conservatisme qu'il faut chercher les clés pour sortir du piège dans lequel notre nation est enfermée depuis la capitulation de Montréal en 1760. Et non dans la période du libéralisme, celle apparue avec les Républicains de 1837-38 et celle ré-apparue en 1960, devenue le cadre référence du mouvement souverainiste.


Ces deux temps forts du libéralisme ont été caractérisés par une poussée radicale vers l'émancipation politique, toutes les deux portée par un idéalisme déconnecté de la dure réalité que supposait le projet.


La défaite des Patriotes a mené à un drame humain du fait de la répression sanglante qui a suivi. Mais aussi à un drame national. D’abord, le Rapport Durham et l'Acte d'Union de 1840. Et, ensuite, la défaite du référendum de 1980 qui a mené à la constitution de 1982.


Donc, à deux changements constitutionnels visant le même objectif : la négation de notre statut politique de nation française en Amérique avec pour finalité notre assimilation.


Suite à la défaite des Patriotes, il était devenu clair que le piège de l'Histoire posait un défi existentiel à notre nation. Ce fut donc un retour de la nation au conservatisme radical incarné par l'Église, servant d'armature étatique qui nous a permis de conserver notre cohésion nationale. C'est cette institution devenue politique qui, durant cette période de 1840 à 1960, a rempli la mission de relever le défi existentiel menant au plan d’émancipation politique planifié par Lionel Groulx. Duplessis arrive au bout de ce long parcours de 120 ans de conservatisme pour faire apparaître de facto notre statut d'État français, assise de notre nation.


Un constat que ceux qui analysent le temps long de notre histoire au travers le prisme du libéralisme, porteur du progressisme, baignant dans l'idéalisme (post-1960), sont incapables de faire. Et pourtant, remettre l'Histoire à l'endroit est un passage incontournable pour recadrer le projet souverainiste dans la réalité.


Duplessis et Johnson : Les deux derniers réalistes dans cette lutte vers l'émancipation politique


Évoquer le nom de Duplessis en écartant le mythe de la » Grande Noirceur », nous force à reconnaître qu’il a joué un rôle déterminant pour placer le Québec dans un rapport de force favorable contre la domination fédérale pour la suite de l’histoire.


Daniel Johnson va pousser cette position jusqu'au point de rupture avec Égalité ou indépendance :


« Sa stratégie consistait, entre autres, à provoquer des affrontements systématiques entre Ottawa et Québec afin de faire évoluer les esprits. Comme son maître Duplessis, il savait que les précédents sont parfois plus importants que les lois. Aussi s'appliquait-il, quand le rapport de force l’avantageait, à poser les jalons et à mettre en place des structures qui donneraient plus de pouvoir et de poids au Québec. Devant l’intransigeance d'Ottawa, il lui aurait suffi, le jour venu, de presser [d’appuyer] le bouton pour déclencher le processus de l’indépendance. » (Pierre Godin, Daniel Johnson, 1964-1968, p. 385.) [Nos caractères gras.]


C’était le moment de doter le Québec d’une constitution républicaine de l'État du Québec. Il prévoyait obtenir un appui de 80 % lors d’un référendum de ratification de sa proposition à la nation (à ne pas confondre avec un référendum d'initiative proposé par la suite par le Parti québécois).


C’était là la pierre angulaire de l’édification de l’État du Québec. Cette étape suivait celle de la « débritannisation » de nos institutions entrepris par Johnson à cette époque, qui consistait « à réduire à peau de chagrin la place des institutions monarchiques au Québec, notamment par la substitution du terme " Couronne " par " État ", par l’abolition du Conseil législatif ou par le remplacement du discours du Trône par un discours d’ouverture » (Amélie Binette, Patrick Taillon et Guy Laforest, Jean-Charles Bonenfant et l'esprit des institution, 2018, PUL, p. 22). Finie l’Assemblée législative, place à l'Assemblée nationale.


Johnson fut le dernier premier ministre à maîtriser une doctrine d’État, sans laquelle une doctrine souverainiste est sans prise sur le réel. Son décès prématuré mis fin abruptement à sa stratégie visant à pousser au maximum le droit à l’autodétermination, jusqu’à la rupture :


« Avec sa mort s’envolait également la position développée dans Égalité ou indépendance. À partir de ce moment, les problèmes vont s’abattre non seulement sur l’Union nationale, mais sur le Québec en entier. » (Pierre B. Berthelot, Duplessis est encore en vie, Les éditions du Septentrion, p. 54.)


Le passage du réalisme à l’idéalisme en politique... une fatalité


« Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors de la réalité. » - Charles de Gaulle


Les souverainistes péquistes qui prirent la relève abandonnèrent le cadre stratégique de Johnson reposant sur le réalisme politique, pour adopter une autre voie inspirée par l’idéalisme politique : l’abandon de l’édification de l’État pour la quête du pays fantasmé qu’on obtiendrait par simple vote démocratique. Exactement la voie suggérée par... le fédéral !


Rappelons que ce référendum d’initiative comme mode d’accès à la souveraineté fut suggéré au Parti québécois par des grands mandarins fédéraux envoyés par P. E. Trudeau (Claude Morin, Mes premiers ministres, p. 482-485). Ce cadre stratégique reposait sur le postulat que le fédéral allait respecter le choix démocratique du Québec.


Que de naïveté de la part de ces rêveurs du Grand Soir !


Il aurait suffi au PQ d’un peu de réalisme politique pour commettre Ottawa quant à une reconnaissance formelle et statutaire de ce droit à l'autodétermination. Ainsi, il serait devenu manifeste qu'il n'était pas question pour le fédéral de reconnaître une éventuelle victoire du OUI. Cette clarification aurait permis au PQ de sortir du piège référendaire, une fatalité pour la suite de l’histoire…


La fatalité : Le résultat du référendum de 1980 a mené à la constitution de 1982, et à l’affaiblissement historique du Québec. La revue L’actualité revient sur l’épisode et ses conséquences (« Nuit des longs couteaux : la vraie histoire. ») :


« Le pari perdu de René Lévesque — Les Québécois ne le savent pas encore, mais le référendum sur la souveraineté-association promis par le Parti québécois lors de son élection en 1976 va nourrir les plans du premier ministre du Canada. Le 20 mai 1980, le chef du PQ, René Lévesque, perd son pari. »


« Graham Fraser : René Lévesque était très impulsif. C’était un joueur de poker. Il avait fait un certain nombre d’erreurs stratégiques fondamentales dans son analyse de la situation, dont celle de tenir un référendum que lui savait qu’il allait perdre. [...] [Son] erreur fondamentale a été de mal évaluer comment la perte référendaire aurait des conséquences néfastes pour le Québec. Je pense qu’il continue d’y avoir une certaine perception au sein du Parti québécois que si on gagne un référendum, on gagne, et que si on perd, on ne perd rien. La réalité, c’est que, après les deux référendums, le Québec a perdu. » [Nos caractères gras.]


Référence - https://lactualite.com/politique/nuit-des-longs-couteaux-la-vraie-histoire


Un constat s’impose. La fixation référendaire a mené le Parti québécois à la marginalisation, à l’insignifiance politique. Il y a urgence de sortir les idéalistes du quartier général du camp souverainiste pour y introduire des notions élémentaires de realpolitik : la politique est faite d’intérêt, de rapport de forces et d’effectivité.


Ce sont exactement les règles du jeu adoptées par le fédéral, pour qui la force prime le droit !


Il y a urgence de revoir le cadre stratégique du référendum d’initiative, le piège tendu par Pierre E. Trudeau sur lequel les stratèges souverainistes ont parié sur le destin de la nation… Une fatalité !


Un pari perdant du départ, si bien qu’au bout de cette stratégie, ce n’est plus la souveraineté qui est en péril, mais la nation elle-même qui porte le projet.


C’est dans ce camp souverainiste que l’on retrouve, entre autres idéalistes, Gabriel Nadeau-Dubois et Jean-François Lisée, et d’autres « joueurs de piano », ces progressistes avant tout pour qui la raison d’être du projet souverainiste n’est pas de relever le défi existentiel que pose la domination fédérale à notre nation. Mais plutôt de produire un projet de société dont le progressisme vertueux suffirait à établir le rapport de force pour rendre effectif le choix de la souveraineté. Une pensée magique responsable du déclin actuel de la nation.


C’est dans ce camp souverainiste que l’on trouve les Gabriel Nadeau Dubois, Jean François Lisée et bien d’autres, ces dénigreurs de l’homme qui, solidement ancré dans le réalisme politique, avait bâti un rapport de force favorable à l’émancipation politique de notre nation. Celui qui avait fait apparaître le droit à l’autodétermination, le fondement du projet souverainiste : Maurice le Noblet Duplessis.


Le plus grand premier ministre de notre histoire !



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[*] Concernant l’origine de l’expression avilissante « Grande Noirceur » et autres vocables de même acabit, Pierre Berthelot affirme (Maurice Duplessis : mises en récit d’un personnage historique, mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 2014, 137 p., note 3 p. 9) : Les termes « Grande Noirceur », « clérico-nationalisme », « monolithisme intellectuel » et l’équation « nationalisme = conservatisme = clergé » paraissent notamment sous la plume de Pierre Elliott Trudeau dans La grève de l’amiante, Montréal, Éditions de Cité libre, 1956. Ils se sont tous solidement enracinés dans les débats intellectuels et, par usage répété, dans les études scientifiques produites depuis les années 1960.


Ainsi, ayant intériorisé la terminologie dénigrante de Pierre Elliott sur la période de 1944 à 1959 illustrée par la montée en puissance de notre nation, les souverainistes trudeauisés goberont ensuite sa suggestion de recourir au référendum (via Claude Morin) pour arriver à la souveraineté !


Bref, celui qui ne voulait surtout pas qu’on arrive à destination nous a indiqué la direction du chemin. Comment se surprendre que ces souverainistes devenus des trudeauistes inconscients nous aient conduits à une série de défaites ?

 





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6 commentaires

  • Christian Rivard Répondre

    8 novembre 2021


    Le trésorier de Duplessis, M. Gérald Martineau, s’est levé à l’Assemblée législative sur un point d’ordre, pour défendre son honneur attaqué par la commission Salvas.


    Le Presse a publié le débat qui confirme ce que nous affirmons dans ce texte sur Duplessis : le patronage était présent dans tous les partis. À cette différence pour son parti eu égard les Canadiens français que M. Martineau souligne : « Nous avons favorisé les nôtres. »


    (Dans les extraits suivants du reportage, les caractères gras ou italiques sont de nous.)


    _________________________________________________________________


    La Presse, 25 mai 1961


    « M. Martineau expose sa conception du patronage »


    https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2756465


    QUÉBEC (par V.P.) — Le conseiller législatif Gérald Martineau, que des témoins devant la commission Salvas ont relié au système des « commissions » versées par les fournisseurs du gouvernement à des amis de l’Union nationale, a présenté sa défense, hier après-midi, au Conseil législatif.


    Sa défense s’est résumée à la défense du patronage. C’est une tradition, non seulement au Québec, mais au Canada, a-t-il dit, une tradition qui a toujours existé et qui existe encore. Quant à lui, il a vu à ce que ce patronage serve les intérêts des gens de chez nous, des Canadiens français.


    […]


    [Échanges :]


    M. Martineau : Je me lève sur une question de privilège par suite d’une preuve de ouï-dire présentée hier devant la commission Salvas. En aucune circonstance même pas avec M. Dupuis, je n’ai fixé de prix pour la vente de produits au service des achats.


    On est entré sur le terrain de la caisse électorale et du patronage. Le patronage n’a pas été inventé par l’Union nationale et il continue d’exister. Il existe encore sous le gouvernement actuel…


    […]


    M. Martineau : J’ai eu la délicatesse avant la séance d’aller dire aux leaders de la gauche et de la droite que je soulèverais cette question de privilège. Je poursuis en disant que le patronage existe encore sous le gouvernement actuel et même qu’il a existé sous d’autres gouvernements, comme sous le gouvernement de M. St-Laurent dans le cabinet duquel le premier ministre actuel du Québec a siégé.


    M. Marier : Je répète mon point d’ordre, le conseiller doit demeurer dans les bornes de la question soulevée et non pas entrer dans une discussion sur le patronage.


    M. Asselin : Le conseiller doit donner des explications parce qu’on a tenté d’établir que des actes de patronage avaient existé. Il faut tenir compte de la tradition. Si on juge ces actes sous cet angle, ils n’ont plus la même couleur. Il emploie donc un moyen raisonnable de se défendre car l’enquête n’est pas loyale étant limitée à une période de cinq ans. Sinon…


    M. Brais : […] On veut jeter du discrédit sur le nom de M. St-Laurent, on veut le salir devant l’opinion publique.


    M. Martineau : Je n’ai pas sali le nom de M. St-Laurent. Je demande que le conseiller retire ses paroles.


    M. Brais : J’en ai assez des gens qui jettent de la boue. Que le conseiller ait le courage d’aller devant la commission Salvas et de dire que les témoignages d’un ou de plusieurs témoins ne sont pas vrais. Il peut même aller devant l’opinion publique. La discussion n’a plus sa raison d’être.


    M. Renaud : Rien ne nous dit que le conseiller n’ira pas devant la commission Salvas. Mais pourrait-on dire qu’il pourra se défendre adéquatement alors qu’il devra rester dans la période de temps sur laquelle enquête la commission ? Il a droit de défendre son honneur.


    [...]


    M. Martineau : Nous avons eu du patronage sous l’Union nationale. Nous l’admettons. Mais avec cette différence que nous avons aidé des libéraux notoires.


    M. Martineau produit une lettre adressée à M. Duplessis le 27 juillet 1959.


    M. Marier : De quelle façon une lettre adressée à M. Duplessis ou une lettre adressée à des électeurs peuvent-elles prouver catégoriquement que les accusations portées devant la commission Salvas sont fausses ?


    M. Martineau : Je veux prouver qu’il y avait patronage. Je l’ai dit au début de mes remarques. Je sais que vous n’aimez pas ça.


    [...]


    M. Martineau : Par cette lettre, je veux prouver qu’un juge libéral a écrit à M. Duplessis pour lui rendre un témoignage d’amitié. Sans ton intervention à Ottawa, disait-il à M. Duplessis, je n’aurais pas pu obtenir ce que j’ai eu. Jamais ma famille et moi ne pourrons te rendre suffisamment hommage et te remercier pour tes bienfaits.


    Je veux prouver que le patronage, ça existait avant 1944 sauf qu’avant cette période les contrats allaient en dehors de la province. M. Duplessis m’a demandé que les contrats soient accordés dans le Québec, que des quotations [cotations] soient demandées à plusieurs compagnies et que les achats soient bien faits. Nous avons favorisé les nôtres.


    Avant 1944, dans le domaine des assurances, tout était accordé à des compagnies d’assurance étrangères. J’ai été pour quelque chose dans le changement qui s’est produit. Les centaines de courtiers québécois ont été encouragés et les commissions qui leur étaient payées étaient inscrites sur les formules T-R qui leur étaient envoyées.


    […]


    M. Martineau : […] Le patronage existait également avant 1944. La Canada Paint avait plusieurs agents au gouvernement, dont le beau-frère de M. Larue, chef de cabinet du premier ministre. Il y a cette différence que, sous cet ancien régime, on exigeait de l’argent des entrepreneurs.


    J’ai ici pour 55 000 $ de chèques endossés et payés à un frère d’un ministre maintenant décédé. J’ai également un affidavit du président de la compagnie de construction assermenté devant Me Laurent Lesage, un notaire cousin du premier ministre, je crois, qui prouve la vérité au sujet de ces 55 000 $. Mais je n’ai pas voulu dévoiler les noms de ces gens. J’ai gardé ces preuves pendant seize ans et cinq campagnes électorales. Je crois qu’il y avait des raisons humanitaires de ne pas révéler ces choses.


    [...]


    M. Martineau : [...] Les fonds électoraux existent encore mais ils se collectent différemment. On est maintenant obligé de souscrire si on veut conserver des contrats. Pourtant, soutirer de l’argent, c’est punissable par le code pénal. Je ne crois pas que le procureur général n’ait porté des accusations contre qui que ce soit.


    Les faits que j’ai relatés aujourd’hui sont exacts et basés sur des informations véridiques. S’il y a une parcelle de fausseté dans ce que j’ai dit, je m’engage sur mon honneur à résigner.


    M. Martineau a souligné cette déclaration à trois reprises.


    J’avais cru pouvoir omettre ces preuves qui peuvent affecter des familles du Québec mais, devant la campagne de salissage entreprise contre moi, il me faut répondre.


    *          *

    *


  • Frédéric Charest Répondre

    3 novembre 2021


    Merci Mr. Pommerlau, ça fait toujours du bien de voir les pendules remis à l'heure en ces temps troubles!


    Mr. Bélair n'a pas compris : <<Faire appaître le droit>> n'est pas synonyme de la première émotion ressentie par untel.. On peux ben spinner dans l'beurre pis tourner autour du pot avec de telles confusions.


    Duplessis (La série - 1978) - E01 - Les comptes publics :

    https://www.youtube.com/watch?v=olaJONzrVGc


    En tapant la recherche sur moteur de recherche -----


    Tribunal-Administratif-avec- recueil-dinformations-scientifiques-inclus.pdf


    on trouve un excellent document pour tous, même les politiciens :


    https://bonsens.info/wp-content/uploads/2021/09/2-Mode%CC%80le-proce%CC%81dure-au-FOND-au-Tribunal-Administratif-avec-recueil-dinformations-scientifiques-inclus.doc


    TOUS ON LE DEVOIR DE LIRE  CE DOCUMENT MAINTENANT ET DE LE SIGNIFIER À LEUR DÉPUTÉS ET MINISTRES


    Merci à toute l'équipe de Vigile quebec!

     


  • Gilles Verrier Répondre

    31 octobre 2021


    Dans ce texte bien documenté, Jean-Claude Pomerleau retrace notamment les étapes de notre évolution nationale vers l'émancipation : un courant intellectuel (Lionel Groulx), devenu mouvement politique, devenu pouvoir politique, devenu près d'assumer la plénitude d'un État national. À la mort de Duplessis (1959), que ça plaise ou pas, les Canadiens-Français étaient plus unis que jamais sur le sentiment de posséder un destin collectif. Leur cohésion nationale atteignait un sommet, si bien que le parti libéral ne pouvait se présenter devant l'électorat sans défendre un agenda nationaliste. Rappelez-vous le "Maîtres chez-nous" de Jean Lesage ! Mais l'influence trudeauiste, faite de philosophie libérale, d'antinationalisme et de globaliste; le tout qualifié de "progressisme" par les influenceurs de l’opinion publique et les organisateurs d'élection faisait son chemin. 


    Lionel Groulx, mort en 1967, n'a malheureusement pas eu en nombre et en qualité les continuateurs qu'il aurait fallu pour nous donner une école de pensée bien constituée, capable de réfuter de manière convaincante l'idéologie trudeauiste. Certes, il y en eut plusieurs. Il y eut bien parmi eux un François-Albert Angers, dont le bilan lapidaire du référendum de 1980 n'a pas vieilli. Mais le ver trudeauiste était dans la pomme. Il s’était logé au coeur même de nos institutions nationalistes canadiennes-françaises qui s'étaient trop hâtivement ralliées au PQ, se soumettant graduellement aux tendances libérales trudeauistes. Or, quand on a pour mission historique de défendre la nation canadienne-française et qu'on finit par livrer un combat inspiré par sa mauvaise conscience nationaliste, rien ne va plus!  Comparaison n’est pas raison, mais, en quelque sorte, nous sommes revenus aujourd'hui devant le même défi : celui de reconstruire une doctrine du national. Le contexte diffère toutefois de celui de l'époque puisque le mondialisme représente désormais un défi inédit - et peut-être encore plus considérable - à l'existence des nations socioculturelles historiques. Mais, en revanche, la pertinence des nations s'en trouve décuplée car ce sont les seules instances qui peuvent faire barrage au mondialisme totalitaire.


     



  • Pierre Bourassa Répondre

    31 octobre 2021


    Ton texte est formidable Jean-Claude. Un véritable travail d'historien. Rien à redire à part le fait qu'actuellement nous n'avons pas de Duplessis et que la maison brûle.


    Aucune opposition à l'ASSNAT, sauf peut-être Mme Samson.


    Legault veut faire passer un projet de loi pour légaliser les décrets même lorsque l'état d'urgence sera levé.


    La population est attaquée de toute part et soumise au dictat globaliste et notre Assemblée nationale s'y soumettent ainsi que les syndicats et les médias.


    Ils veulent imposer la vaccination des enfants de 5 à 11 ans, alors que leur taux de guérison sans médicament est de 99,997 %.


    Oui à la réhabilitation de Duplessis, on en aurait besoin actuellement, mais j'attends toujours que Nomos et Vigile s'attaquent de front à ce qui nous menace dans l'ici-maintenant.


    Le combat de Duplessis a été fait contre les forces en présence de l'époque, c'est maintenant notre tour de se relever les manches pour attaquer l'arnaque covid qui s'en prend jusqu'à la souveraineté individuelle avec cette injection génique appelée « vaccin ».


    Il faut dénoncer ce marchandage inoculation = liberté. Une fois normalisée, oublie tout mouvement de libération du Québec.


    Si Falardeau disait que la liberté n'était pas une marque de yogourt, elle l'est encore moins avec une marque de produit injectable à ARN messager toujours en phase expérimentale et dont les effets adverses ne cessent de se manifester dans les pays ou ils tiennent un registre,mais pas au Québec.


    Dans dix ans, restera-t-il un chapitre de l'histoire du Québec pour réhabiliter les combattants de l'arnaque de l'humanité conspués aujourd'hui comme étant des « complotistes » ?


    C'est maintenant que ça se passe.



     

     

  • Normand Bélair Répondre

    28 octobre 2021


    Très beau texte sur l’évolution du Québec au travers de la période de la Grande noirceur.


    Dommage que vous ne regardé qu’un côté…de la médaille.


    Rien sur la pauvreté intellectuelle des citoyens laissé en place par ce grand homme, rien sur l’étau et de l’emprise de l’église pour subjuguer le peuple au bon vouloir du pouvoir politique en place, et rien sur la violence utilisée contre les travailleurs qui osaient demander de meilleures conditions de travail. Ce qui se passe dans les officines politiques ne doit pas, quelle soit de droite ou de gauche, se faire sur l’ignorance et la pauvreté du peuple; ce que Duplessis a fait.


    Il est un peu tiré par les cheveux d’affirmer ceci dans votre titre :


    « Maurice Duplessis est celui qui a fait apparaître le droit à l’autodétermination, le fondement du projet souverainiste. » - Vigile.Québec


    Pardon? C’est Maurice Duplessis bien avant les Patriotes, bien avant le chanoine Groulx bien avant le député Chauveau, qui animait l’idée de faire du Québec, un pays?


    Dommage, qu’encore une fois, vous refusez toutes actions venant d’ailleurs que le conservatisme. Tous les courants de pensée ont, dans leur temps, contribués à l’avancement du Québec.


    Et vous rajouté, dans votre conclusion, ceci :


    « Duplessis arrive au bout de ce long parcours de 120 ans de conservatisme pour faire apparaître de facto notre statut d'État français, assise de notre nation. »


    Vraiment? N’est-il pas plutôt l’aboutissement logique de cette noirceur, cet obscurantisme volontaire envers un peuple, en lui disant de faire des bonnes prières et laisser la politique à sa cohorte? Il est le produit de 120 ans d’ignorance qui le servait bien; il faisait ce qu’il voulait vu la pauvreté ambiante qui a régné pendant tout ce temps et pendant ses mandats politiques. A-t-il amélioré le sort de milliers de petits québécois pour les sortir de cette pauvreté intellectuelle?


    Non.


    Il s’est doré le blason, il est passé pour un sauveur pour son propre prestige sur le dos du peuple qui a gardé dans une situation de dépendance envers lui. Ce n’est pas un homme d’état amoureux de son peuple, ni un libérateur. Il a volontairement gardé des millions de québécois dans la misère et dans l’ignorance.


    Toute libération ne se fait pas par seulement une mouvance de pensée. Un changement se produit quand les deux antagonistes de droite et gauche se rencontre pour produire un changement. Dans d’autres cas se sont des coups d’état qui se produises.


    Dommage que vous attribué que des défaites en la personne de René Lévesque, oubliant au passage tous les vrais gains produit par cet homme. En notant la nationalisation de l’électricité; la loi 101, la loi sur le territoire agricole, la réforme de normes politiques, la réforme de l’assurance-auto et j’en passe.


    Dommage que pour remonter le prestige d’un homme vous en abaissez un autre.


    Soyez honnête, historiquement, quand arrive des changements sociaux, c’est bien la gauche qui présente ces changements, rarement la droite. La droite a une tendance de laisser faire, d’attendre on verra, de ne rien brasser, bref, l’inaction.


    Regardons la suite de ce mouvement de conservatisme au Québec depuis cette époque. On a eu droit à qui… ah oui Lucien Bouchard! Bien oui, celui qui nous a détourné de notre but de souveraineté pour parler d’équilibre budgétaire et a mis à pied combien d’infirmière déjà? Bien, bien mon cher Lucien. Il nous a bien eu celui-là. Imaginez, nommé par Jacques Parizeau cet homme supposé libéral et méchant. En passant, le seul qui nous a rapproché si près de notre but.


    Ensuite dans la mouvance de conservatisme qu’avons-nous eu droit…bien oui le cher Jean Charest. Ce grand conservateur qui n’a osé se présenter que sous l’étiquette Libéral! Et voilà la magouille politique des p’tits amis a repris au Québec! En plus de présenter un plan pour développer le Grand Nord…comme à l’époque de Duplessis…que pour les grands riches! Éblouissant! Et son legs à part la corruption politique? Ah oui un pont payant pour joindre l’île de Montréal. Heureusement que l’autre conservateur de l’époque à Ottawa à échoué de rendre le Pont Champlain également payant.


    Et finalement, bien sûr François Legault. Encore le conservatisme à l’œuvre en donnant encore une chance au fédéralisme. Pire, il augmente les seuils d’immigration et réclame un faible taux de francophones pour venir s’établir ici, contribuant à notre lente disparition!


    Je veux bien vanter les mérites du conservatisme. À part de vivre l’attentisme, il faudrait, à un moment donné, nous démontrer les bienfaits.


    Le conservatisme à bien des défauts dont le pire est d’attendre.


    Peut-on vraiment attendre un autre 120 ans de conservatisme avant de poser des gestes concrets pour s’approcher de notre but, qui est la souveraineté?



    • Jean-Claude Pomerleau Répondre

      31 octobre 2021


      Monsieur Bélair,


      Merci de vos commentaires qui démontrent que vous avez bien lu le texte, dont vous relevez un angle mort : le passif de Duplessis et de l’Union nationale.


      L’objectif de ce texte était de revenir à l’essentiel, sans s’attarder à l’accessoire.  Des considérations secondaires auraient allongé le texte inutilement sans ajouter à l’essentiel : la montée en puissance de la nation sous Duplessis.


      « Qu’est l’énoncé, sinon un moyen. » Georges Bataille


      Concernant l’essentiel, il faut retenir de vos commentaires :


      Le conservatisme.


      Vigile estime avoir démontré que c’est dans ce cadre politique que nous avons relevé le défi existentiel et mené la nation dans une montée en puissance jusqu’à 1960. Un constat s’impose : la suite est moins concluante.


      Le droit à l’autodétermination.


      Ce droit ne résulte pas du fait que les Patriotes aient soumis les 92 Résolutions à la bienveillance de la Couronne britannique. Il résulte de la capacité d’un État à le faire apparaître (Duplessis) et d’une stratégie pour le rendre effectif (Johnson), c’est-à-dire en faire une affaire d’État. Ce qui reste à poursuivre, mais que les stratèges souverainistes n’ont pas encore compris.


      René Lévesque.


      Essentiellement, au nom de son idéal démocratique, il a enfermé le mouvement souverainiste dans un cadre stratégique déconnecté de la réalité, donc perdant et aux conséquences désastreuses pour la nation. Le reste est accessoire.


      L’obscurantisme et la pauvreté intellectuelle sous Duplessis.


      La plus grande campagne d’alphabétisation de population eut lieu sous Duplessis par la création de milliers d’écoles de rang. Le collège classique a formé les élites politiques, dont tous les membres de « l’équipe du tonnerre » et ceux du premier conseil des ministres du Parti québécois en 1976, sauf Claude Charron. Comparer la prestation de ces politiciens avec ceux d’aujourd’hui n’est pas à l’avantage de ces derniers.


      La violence envers la classe ouvrière.


      Il faut rappeler que le salaire de la classe ouvrière a doublé en 10 ans sous le règne de Duplessis. Que des grèves, il y en a eu sous tous les partis politiques. La violence lors de celle d’Asbestos de 1949 est due à l’instrumentalisation de cette grève par les Trudeau, Marchand et autres agitateurs qui ont entraîné les travailleurs à franchir la ligne rouge, ce qu’ils n’auraient pas fait normalement. Le but des agitateurs fut d’en tirer un bénéfice politique, dont on sait maintenant à quoi il devait servir.


      Les reliquats du conservatisme : Bouchard, Legault.


      En fait, c’est le premier qui a incité le deuxième à fonder le parti de la CAQ après avoir fait le constat que le référendisme était un cul-de-sac. Cela dit, Legault avec sa vision bleu poudre n’a pas la carrure d’un Duplessis ou d’un Johnson, même s’il y trouve une inspiration.


      Vigile fait le constat que le cadre stratégique adopté par les stratèges souverainistes depuis 50 ans nous a conduit dans le cul-de-sac actuel. Il est donc nécessaire de soumettre ce cadre  à un regard critique sans concession. Mathieu Bock-Côté a déjà dit après une autre défaite : « Il faut être lucide jusqu’à la cruauté. »


      C’est animé par ce sentiment d’urgence que nous cherchons le plan vers la sortie de secours.


      « L’art est long et le temps est court. » Hippocrate