Qui succédera à Jean Charest ?

Pierre-Marc Johnson, l’homme de la situation?

Chronique de Louis Lapointe

Nous le savons tous, Jean Charest n’a pas la stature d’un homme d’État, il s’agit plutôt d’un politicien provincial placé à la tête du Québec par l’establishment canadien afin de sauver le Canada du péril séparatiste. Peu après le référendum de 1995, Jean Chrétien a mis en place le plan B composé principalement de trois éléments : la loi sur la clarté faisant suite au jugement de la Cour Suprême du Canada sur la sécession du Québec, le programme des commandites et l’envoi de Jean Charest dans l’arène provinciale alors que Lucien Bouchard était embauché dans un grand cabinet d’avocats de Montréal à la suite de sa démission comme premier ministre du Québec.
Deux de ces trois initiatives nécessitaient l’investissement de sommes d’argent. Le programme des commandites est devenu une mine d’or pour les amis du parti libéral du Canada et le salaire de 75,000$ versé via la caisse électorale du PLQ a permis à Jean Charest de devenir chef du PLQ.
Nous ne savons pas s’il existe un lien entre l’argent sale des commandites et le PLQ, mais nous avons appris au cours des derniers mois que la caisse électorale du PLQ était très bien garnie grâce aux contributions personnelles d’employés et de dirigeants d’entreprises qui ont obtenu de lucratifs contrats en tout genre de la part du gouvernement libéral de Jean Charest, le salaire supplémentaire du premier ministre provenant de ces contributions versées à son parti.
Même si nous doutions que le programme des commandites fût dirigé par le bureau du premier ministre Jean Chrétien, malgré les enquêtes policières qui ont été déclenchées et la tenue de la commission Gomery qui s’est terminée en queue de poisson, nous n’avons toujours aucune preuve que Jean Chrétien était la tête dirigeante de cette vaste fraude orchestrée par des dirigeants du parti libéral du Canada. L’implication possible de Jean Chrétien dans le scandale des commandites n’a jamais franchi le cap des allégations.
Il en est de même dans le cas de Jean Charest où, malgré toutes les enquêtes policières qui ont été enclenchées, nous sommes toujours à la case départ, n’ayant pas, là aussi, franchi le cap des allégations. Toutefois, les analystes politiques sont unanimes pour affirmer qu’à cette étape-ci de la saga du financement du PLQ, avec le congédiement de Tony Tomassi, il n’y a plus aucune chance que Jean Charest soit réélu aux prochaines élections provinciales. Les questions qui se posent alors, concernent surtout le quand de sa démission, le qui de sa succession et la tenue d'une éventuelle commission d'enquête sur le financement du PLQ.
***
Si nous sommes nombreux à avoir la certitude que Jean Charest démissionnera avant les prochaines élections provinciales, nous ignorons tous l’identité de la personne qui lui succédera. À l’image de Paul Martin qui a remplacé Jean Chrétien, cette personne déclenchera-t-elle une commission d’enquête ou tentera-t-elle de se présenter aux élections sans faire toute la lumière sur les allégations de corruptions envers le PLQ ?
Mon hypothèse est que la personne qui succédera à Jean Charest ne pourra faire autrement que de former elle-même cette commission, voulant éviter à tout prix qu’un éventuel gouvernement du parti québécois en prenne le contrôle une fois élu. Le nouveau chef du PLQ sera tenté de la déclencher le plus rapidement possible en nommant à sa présidence une personne digne de confiance, lui confiant un mandat suffisamment précis pour que le PQ soit également entraîné dans la chute du PLQ, comme ce fut le cas lors de l’enquête Moisan commandée par le bureau du DGE.
Afin d’immuniser son futur chef des conclusions probables d’une telle enquête, l’establishment du PLQ devrait normalement installer à sa tête un outsider qui satisfera sa clientèle naturelle sans trop rebuter les indécis.
Ils voudront un sauveur qui donnera l’illusion de laver plus blanc que blanc. Si John Gomery et Lucien Bouchard sont trop vieux pour accomplir cette tâche, qu’est-ce qui empêcherait Pierre-Marc Johnson, un ancien premier ministre péquiste, de renouer avec la politique provinciale et d’aller rejoindre au PLQ son vieil ami Raymond Bachand, lui aussi un ancien péquiste autrefois attaché au bureau de René Lévesque.
Compte tenu de l'expertise de Pierre-Marc Johnson dans le domaine des commissions d’enquête, à titre de premier ministre, il serait certainement la personne appropriée pour instituer une telle enquête et empêcher le bateau libéral de couler à pic. Pouvant compter sur le vote acquis des anglophones, s'il agissait assez rapidement, il pourrait probablement renflouer son nouveau parti à temps afin de sauver quelques meubles et qui sait, peut-être même gagner les prochaines élections provinciales. Un homme sans doute capable d’aller chercher la droite nationaliste déçue par le PQ et l’ADQ et continuer l’offensive des lucides à la barre du PLQ.
À suivre…
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Dernier billet: L'étoffe des héros.

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Louis Lapointe534 articles

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    9 mai 2010

    PM Johnson, l'homme qui a empoché le magot via ses actions dans Glaxco SmithKline, la pharmaceutique derrière les dépenses en vaccins du H1N1? Avec toutes les allégations actuelles qui se multiplient comme un cancer, il y a lieu de douter que la campagne de peur menée entre autre par Alain Poirier (devenu plus influent que le ministre Bolduc dans la campagne de «sensibilisation») aie pu servir à enrichir quelques grosses poches.
    Que dire aussi de PM Johnson qui encaisse un généreux magot pour négocier l'entente Canada-Union-Européenne, un contrat qui lui a été confié par le PM du Québec Charest? Mordrait-il la main qui le nourrit?
    Je pose ces questions sans savoir les réponses mais étant donné le poids et la puanteur du scandale, il y a sûrement lieu de trouver meilleur candidat.

  • Archives de Vigile Répondre

    8 mai 2010

    Qu'avons-nous donc ici à nous soucier de la suite des choses au PLQ ?
    Laissons donc ce bateau couler avec capitaine pour le plus grand bien de la nation québécoise ! Le sauvetage de la face du PLQ est le cadet de nos soucis, nous avons des considérations un peu plus sérieuses à nous préoccuper ici, n'est-ce pas ?
    De Soulanges au Québec: Normand Perry.

  • Archives de Vigile Répondre

    8 mai 2010

    Je ne doute pas que les recherchistes du Liberal party soient en train de s'arracher les ongles dans l'espoir de trouver des grenailles dans le financement du PQ. J'espère qu'au PQ on a allumé les lumières...
    Mais pour entraîner le PQ dans sa chute, les Liberals ont quand même une côte pour le moins abrupte à remonter. Leur financement passe du simple au double quand ils prennent le pouvoir, c'est quand même pas banal.
    Et il n'est pas dit que même s'il acceptait le mandat, PMJ jouerait la partition pour le compte de Charest.

  • Gilles Laterrière Répondre

    8 mai 2010

    Vous avez beaucoup d'imagination. Et ma foi, cela semble sensé si on ne connaît pas Pierre Marc Johnson.
    Celui ci est un indépendantiste quoique vous en pensez. Il est un pragmatique qui n'a jamais voulu suivre les caribous, de mémoire les partisans de l'indépendance jusqu'à la défaite finale. Il a suivi René Lévesque jusqu'à sa déchéance, un épisode de sa vie politique bien compréhensible à la suite de la défaite référendaire et de la pression exercée sur lui après sa victoire électorale du second mandat qui était dû à l'immense respect et l'amour que le peuple québécois lui vouait. Il n'en pensait pas moins que le nombre d'indépendantistes était largement insuffisant pour entreprendre une seconde campagne référendaire portant sur l'indépendance. Pierre Marc Johnson a compris mieux que personne l'état d'âme de René Lévesque en proposant d'accomplir la plus grande émancipation possible dans le cadre des réalités politiques de l'époque. On lui en a voulu. Salement comme seul le PQ en est capable.
    Mais jamais Pierre Marc Johnson a trahi ses idéaux et il ne le fera pas davantage en s'acoquinant avec le PLQ, les lucides fédéralistes ou dans ce que vous convenez être une troisième voie qui trahirait la plus large autonomie réalisable. Il sait que depuis son époque ,le peuple québécois a évolué vers l'indépendance et il ne voudra sûrement pass être le frein de cette tendance. S'il avait eu à le faire, il me semble qu'il l'aurait fait depuis longtemps. Pierre Marc Johnson est un social démocrate qui sait que le Canada veut conclure un marché de dupes avec le Québec et il ne s'en fera pas le complice

  • Archives de Vigile Répondre

    7 mai 2010

    Ce serait le comble: un Unioniste à la tête des Libéraux!
    Un ex-premier ministre péquiste nationaliste (Union nationale dans l'âme) en face d'une péquiste confédéralitste.
    NT