L’inauguration spectaculaire de la diplomatie canadienne

Notre premier ministre en état de ravissement devant le charisme, la bonté et la spiritualité d’Adolf Hitler

Les oublis et silences de l’histoire constituent des mécanismes de manipulation de la mémoire

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Chronique de Me Christian Néron

Le racisme n’a pas toujours eu mauvaise presse au Canada. Bien au contraire ! Il fut un temps où il faisait partie des idées progressistes et à la mode. Aujourd’hui, il est à ce point dénigré que traiter quelqu’un de raciste peut être assimilable à un acte de terrorisme psychologique.


Le racisme étant devenu la posture idéologique la plus stigmatisée au monde, une accusation en ce sens peut être qualifiée de bombe H des mots dévastateurs. Elle constitue une arme si terrifiante qu’elle peut mettre à néant la réputation de quelqu’un et l’exposer à une pénible mort sociale. Le vouloir-vivre social étant aussi naturel à l’homme que le vouloir-vivre tout court, chacun craint d’être exposé au mépris de ses semblables. Mais retournons brièvement l’époque où le racisme était honorable parmi les élites progressistes du Canada.


Durant son premier siècle d’existence, le Canada moderne – à l’exception du Québec – a adhéré hardiment à de nombreuses théories sur l’hygiène raciale. On peut qualifier de raciste un pays où les élites et les principaux acteurs de l’État croient en de telles théories et leur donnent effet par des lois et des politiques sociales. Ainsi, le Canada et la majorité des provinces ont adopté de nombreuses lois pour des motifs d’hygiène raciale. Il fallait protéger le patrimoine génétique du pays contre des individus tarés et des races indigestes ou indésirables. En ce sens, le Canada a été, de 1867 à 1962, l’un des pays les plus progressistes au monde en matière d’hygiène raciale. Il a même été question, pour le Québec, de stériliser les Canadiennes françaises parce que, selon certains scientifiques, « cette masse indigeste sabotait le développement du Canada ». Mais cette excellente idée qui devait assurer le bonheur et la prospérité du Canada fut jugée impossible à réaliser. 


La Conférence de Québec


Déjà, durant la Conférence de Québec, tenue du 10 au 27 octobre 1864, certains pères de la Confédération avaient émis des propos défavorables à l’abolition de l’esclavage aux États-Unis. Selon eux, les Noirs n’étaient que des grands enfants incapables de tirer le moindre profit de la liberté. Pour leur propre bien, ils avaient intérêt à rester sous la gouvernance de bons maîtres.


Durant la Guerre civile, soit de 1861 à 1864, des financiers anglo-protestants de Montréal ont collaboré avec le parti esclavagiste en accueillant des officiers et des activistes confédérés venus se réfugier au Canada. L’intention de ces derniers était de conclure des contrats d’armes et de munitions. Toutefois, une bonne partie de ces armes et munitions furent retournées contre le Canada puisque plus de 3 000 jeunes Canadiens français s’étaient portés volontaires pour combattre aux côtés des anti-esclavagistes.


Certains officiers venaient à Montréal pour préparer, à l’abri de nos frontières, des actes de sabotages contre des cibles peu protégées de l’Union. Toutes ces activités faisaient toutefois du Canada un complice dans une guerre à finir chez notre plus proche voisin, lequel, profondément irrité, ne cachait pas son intention de traverser la frontière pour venir régler le problème à la source.


En conséquence, il devint urgent de parler de confédération pour mieux préparer la défense de nos frontières. Mais la Confédération elle-même n’était pas quelque chose de facile à réaliser, puisque le Canada était composé de deux populations incompatibles en état d’antipathie tenace depuis près d’un siècle. En ce sens, George Brown, principal artisan du projet de confédération, avait eu l’honnêteté de le reconnaître publiquement en déclarant que cette nouvelle constitution était « un pacte de paix entre les descendants des vainqueurs et les descendants des conquis. Constat brutal, mais conforme à la réalité.


Toutefois, en privé, le même George Brown rajoutait que la confédération était la meilleure façon « d’arracher les dents et de couper les griffes » des Canadiens français. Toujours en privé, il disait également que la confédération était le moyen le plus efficace de soustraire le contrôle du Saint-Laurent à cette « race ignare et paresseuse ». Cette expression était un lieu commun pour dénigrer les Canadiens français. Elle datait du début du XIX e siècle, mais elle va tomber en désuétude lorsque les « descendants des vainqueurs » vont prendre l’habitude, à partir des années 1960, de les traiter « de racistes et de xénophobes ». C’était nettement plus stigmatisant que simplement « ignares et paresseux ».


Bref, le Canada anglais n’a jamais pu se faire à l’idée que les Canadiens français puissent être des partenaires égaux au « pacte de paix » de 1867. Il fallait les déprécier, les mettre au plus bas d’une échelle scientifique des races mise au point par des racialistes anglais au XIX e siècle. Ils avaient besoin de se convaincre que le Canada n’appartenait qu’à eux et, surtout, qu’ils étaient les seuls capables de le bien gouverner, d’où les injures stigmatisantes « d’ignares et de paresseux » puis, « de racistes et de xénophobes ». Quoi de plus rassurant qu’un ordre de rapports sociaux qui justifie par la science la suprématie des plus évolués et la subordination des arriérés. Il fallait non seulement que ces choses soient dites, mais répétées. L’avenir du Canada en dépendait.


La plus grande race du monde


Dès le milieu du XIX e siècle, des Anglais ont cherché à fonder une science nouvelle à partir de l’étude des traits distinctifs et durables que l’on peut observer chez tous les peuples du monde. Toutes ces recherches devaient permettre de démontrer que, sur le plan intellectuel et moral, les Anglo-Saxons formaient la plus grande race du monde. Cette hypothèse expliquait pourquoi ils étaient à la tête d’un immense empire et avaient acquis un rôle dominant dans le gouvernement du monde. Dans les années 1890, à Ottawa, des représentants de cette race d’exception – chez qui l’orgueil n’était pas la moindre des vertus – se sont mis à se glorifier devant le Parlement fédéral pour faire état de leur grandeur et de leur mission civilisatrice. Non seulement tiraient-ils vanité de leur supériorité, mais ils se prétendaient destinés à gouverner non seulement le Canada mais le monde entier ! Leurs pouvoirs et privilèges devaient donc être à la mesure de leur grandeur. Ils ne voyaient pas ces accès de délire comme de la vanité, mais comme la conséquence d’une juste opinion d’eux-mêmes. Ainsi n’hésitaient-ils pas à lancer des « Speak white » aux députés canadiens-français qui poussaient l’indécence jusqu’à revendiquer le droit de s’exprimer en français devant le Parlement de la plus grande race du monde.


Les Canadiens français s’en désolaient, mais baissaient la tête et se résignaient. Cette posture idéologique produisait une telle impression qu’il était difficile d’y résister. D’une certaine façon, elle l’est encore aujourd’hui. Ainsi, si les avocats du Québec peuvent maintenant s’exprimer en français devant la Cour suprême du Canada, il est loin d’être certain que tous les juges soient capables de les comprendre. La seule chose qu’ils puissent faire est de s’incliner devant la banalité de ce scandale et se souvenir qu’ils vivent au pays des hypocrites.


L’hygiène raciale


À partir des années 1870, les provinces ont commencé à adopter des lois discriminatoires à l’endroit des Acadiens et des Canadiens français. Ces lois ne portaient pas directement sur l’hygiène sociale, mais elles s’en rapprochaient. Elles visaient à dénationaliser les francophones en leur faisant perdre leur langue et leur culture. Il s’agissait de les faire disparaître par assimilation. Toutefois, quelques années plus tard, le fédéral et les provinces vont commencer à adopter des lois qui vont prendre en compte les théories scientifiques anglaises sur l’inégalité des races. Le premier cas est celui de la « Loi sur les sauvages » adoptée en 1876.


Quelques années plus tard, soit en 1885, le fédéral va amender sa « Loi sur l’immigration » pour des motifs d’hygiène raciale. La construction du chemin de fer « coast to coast » étant terminée, les Chinois étaient devenus des indésirables. Pour arrêter le flux migratoire, on a commencé par exiger une taxe à l’immigration de 50$. N’étant pas assez dissuasive, cette dernière est augmentée à 100$ en 1900. Trois ans plus tard, elle est rendue à 500$. De plus, interdiction est faite à tout capitaine de bateau de laisser débarquer dans un port canadien des personnes de couleur. En cas d’infractions, ils s’exposaient à de lourdes amendes. Puis, en 1931, toute immigration de couleur est strictement interdite. Cette disposition sera appliquée jusqu’en 1962. C’est donc dire que le Canada a pratiqué un racisme scientifique plus longtemps que l’Allemagne.


Des lois provinciales d’hygiène raciale


En 1916, un avocat américain du nom de Madison Grant publie un livre sur l’hygiène raciale portant le titre de « The Passing of the Great Race ». Jusqu’en 1936, ce livre sera réimprimé ou réédité chaque année. Parfois même deux fois. Des auteurs rapportent qu’il s’en serait vendu jusqu’à six millions d’exemplaires. Aujourd’hui, toutes les bibliothèques universitaires du Canada en possèdent un ou deux exemplaires, sauf celles du Québec français qui n’en ont aucun. Même la Bibliothèque nationale du Québec, qui est censée avoir une copie de tout ce qui s’est publié en français et en anglais, n’en a aucune. Il est étrange que là où l’on est censé retrouver les plus irréductibles racistes du Canada – le Québec français ! – il n’y en ait aucune. Dès sa parution en allemand en 1925, Adolf Hitler se l’était procuré pour jeter les fondements idéologiques de son chef-d’œuvre, « Mein Kampf ». Il avait même communiqué avec l’auteur pour l’en féliciter et lui dire que son livre était devenu « sa Bible ». 


Ce livre a eu un impact immédiat et retentissant. Aux États-Unis, une trentaine d’États s’en sont inspirés pour adopter des lois d’hygiène raciale. Ces dernières autorisaient les médecins à stériliser sans leur consentement des déficients mentaux et des malades incurables. Sur le plan fédéral, interdiction d’entrée sera faite aux populations indésirables venant de pays comme l’Italie, la Grèce, la Hongrie et autres pays d’Europe de l’Est. Il fallait protéger l’héritage génétique du pays.


Et, comme à l’habitude, tout ce qui se faisait aux États-Unis se reproduisait au Canada, sauf évidemment dans sa province la plus raciste et la plus xénophobe, le Québec. Des provinces, comme la Colombie-Britannique et l’Alberta, vont adopter des lois pour compléter la loi canadienne sur l’immigration. Ainsi, dans le pays le plus inclusif et le plus ouvert sur le monde, interdiction expresse sera faite aux Chinois d’embaucher des femmes de race blanche dans leurs commerces. Contestées devant les tribunaux, ces lois seront validées par les parangons de justice de la Cour suprême. Au Manitoba et en Ontario, les gouvernements vont tenter de faire adopter des lois du même genre, mais les protestations des catholiques vont faire échouer ces projets. En Alberta, 25 % des stérilisés seront des Indiens. En 1937, ces lois seront même resserrées. Celles de l’Alberta seront abrogées en 1972, celles de la Colombie-Britannique en 1973. En fait, le fédéral et les provinces, à l’exception du Québec, vont finir par adopter un grand nombre de lois à teneur raciale. Aucune ne sera censurée ou invalidée par la Cour suprême. Mais l’hygiène raciale n’était pas leur seul souci. Il y avait aussi les vieux préjugés sur les Juifs poussés à leur paroxysme chez les Anglo-Saxons. L’exemple le plus éloquent – et le plus étonnant ! – est sans doute celui de William Lyon MacKenzie King, premier ministre libéral de 1921 à 1930, puis de 1935 à 1947.


Une joyeuse collection de préjugés


Comme bien des Canadiens à son époque, MacKenzie King est né et a grandi dans un milieu raciste et viscéralement antisémite. Il n’y avait là rien d’original. Bien au contraire !


Dans sa jeunesse, sa famille – fort réputée en Ontario – entretenait des liens d’amitié avec une sommité du monde universitaire, Goldwin Smith. Ce dernier, détenteur de l’insigne honneur d’« historien de la reine » et professeur à l’Université d’Oxford, avait tout abandonné au début des années 1870 pour aller s’établir à Toronto. Sans doute pour des raisons de famille. En conséquence, il va poursuivre sa prestigieuse carrière à l’Université de Toronto. Mais Smith n’était pas seulement réputé comme sommité en histoire. Il l’était tout autant en théories raciales. Plus encore, comme bien des savants anglais de son temps, il était viscéralement antisémite.


Ami de la famille MacKenzie King, Smith va aussi devenir le mentor du jeune William Lyon. Son diplôme de maîtrise obtenu, Goldwin Smith va jouer de sa notoriété pour lui obtenir une bourse lui permettant de faire son doctorat à Harvard. Les MacKenzie King étaient devenus célèbres suite à la révolte des patriotes du Haut-Canada, mais la fortune leur faisait désespérément défaut.


Le Canada prépare son entrée sur la scène internationale


MacKenzie King, bien qu’instruit et cultivé, va rester sa vie entière marqué par ses apprentissages auprès de Goldwin Smith. Au début des années 1930, il va s’intéresser tout particulièrement à l’ascension et aux réalisations fulgurantes de l’homme politique le plus controversé de l’époque, Adolf Hitler. En moins de quatre ans, ce dernier avait éradiqué le chômage dans un pays, où, en 1933, il y avait 7 millions de chômeurs. Un exploit qui fascinait bien du monde, et tout particulièrement MacKenzie King, lui-même docteur en économie politique, mais qui n’avait rien pu faire pour le Canada et les Canadiens. Quant aux théories soutenues par Hitler et les nazis, il en avait été saturé dès son plus jeune âge. Elles lui étaient familières et ne le scandalisaient en aucune façon. C’était dans les pays catholiques que ces idées suscitaient de la controverse. Donc, surtout pas à Toronto ou à Ottawa.


Ainsi, quand Hitler a commencé à faire les manchettes de la politique internationale, ce n’était pas ses idées raciales ni son antisémitisme qui ont attiré l’attention du premier ministre du Canada, mais son régime politique – centralisé, autoritaire et performant – et le redressement économique fulgurant qu’il était en train de donner à l’Allemagne. MacKenzie King était à mille lieues de voir en Hitler un être immoral et malfaisant. Bien au contraire, il le voyait plutôt comme une étoile montante et incontournable de la scène internationale. En général, un meurtrier ne commence à avoir une tête de meurtrier que lorsque son crime est dévoilé. En 1937, Hitler était plutôt vu comme un chef d’État énergique qui se permettait ce que tous les autres n’osaient faire, soit persécuter des Juifs. Personne ne le critiquait pour ça.


Reçu en audience privée par Adolf Hitler


En mai et juin 1937, MacKenzie King est à la fois premier ministre et secrétaire d’État des affaires étrangères du Canada. Il se retrouve à Londres avec des conseillers et sous-ministres pour participer à une Conférence impériale qui se termine le 24 juin. Mais il avait été prévu que son voyage ne devait pas s’arrêter là. Bien au contraire. La partie la plus exaltante pour les tout premiers pas de la diplomatie canadienne devait avoir lieu cinq jours plus tard. Suite à une demande de son gouvernement, l’homme politique le plus iconoclaste du monde, Adolf Hitler, avait accepté de le recevoir en audience particulière. Jusque-là, la diplomatie canadienne s’était arrêtée à Londres. Mais avec ce voyage à Berlin, elle inaugurait son entrée dans le monde des Grands. Cette rencontre avait été prévue pour 13 h. le 29 juin au Palais d’Hindenburg.


McKenzie King, accompagné de son sous-secrétaire d’État, avait quitté Paris pour Berlin dans la nuit du 26 au 27. Arrivé dans la matinée du 27, la journée du 28 avait été prévue pour un tour de ville et la visite de grands chantiers que les nazis voulaient bien lui montrer. Dans la matinée du 29, il fit une longue visite avec le général Goering qui, lui aussi, s’était arrangé pour lui en mettre plein la vue. À 13 h, c’était l’audience tant attendue avec Herr Hitler. Sur le plan international, c’était une première pour un premier ministre du Canada.


L’audience a donc lieu telle que prévue. Le charisme de Hitler a un effet instantané. MacKenzie King est tellement impressionné qu’il en sort transporté. Les premiers mots qu’il échappe au sortir de la salle ne pouvaient en dire davantage : « C’est vraiment le jour pour lequel j’étais né ! » [Yes ! this is the day which I was born !] Grâce au journal quotidien qu’il tenait depuis ses jeunes années, nous en savons nettement plus sur ses impressions du moment. Sur le plan physique, il se dit d’abord impressionné par ses yeux bleus, la douceur de sa peau, son visage qui ne portait aucun signe de fatigue. Sur le plan moral, on peut lire : « Alors que je lui parlais, j’étais incapable de m’empêcher de penser à Jeanne d’Arc [libératrice de son peuple] ». – « Herr Hitler, un homme éminemment avisé, un mystique, un libérateur des peuples ». – « Herr Hitler, un homme qui aime véritablement son prochain et son peuple ». Ces éloges sur « le sauveur des peuples et du monde » se prolongent sur plusieurs pages. Elles sont à lire !


MacKenzie King avait glissé dans une sorte d’état second. Il laissait l’impression d’un adorateur qui n’en revenait pas d’avoir pu s’approcher de sa divinité au point de pouvoir converser avec elle. L’émotion avait été paroxystique. Sa raison en avait pris un coup. Manifestement, MacKenzie King avait perdu la tête. Mais cet accès de romantisme à l’endroit du bel Adolf n’avait pu se poursuivre. L’année suivante, toutefois, il va lui écrire une magnifique lettre pour saluer son infinie bonté pour le sort de l’humanité. Entre-temps, MacKenzie King va autoriser une mission scientifique allemande à venir faire des études de terrain en vue de l’achat de l’île d’Anticosti. Heureusement, Duplessis va refuser de vendre, mais ils vont s’en retourner avec les meilleures cartes marines du golfe et du fleuve.


L’intensité d’une telle fascination est déconcertante. Ça faisait plus de quatre ans que Hitler était au pouvoir. Il n’avait pas encore commencé à massacrer des civils et des innocents, mais sa feuille de route était déjà des plus inquiétantes. À Ottawa, les hauts-fonctionnaires de son secrétariat d’État suivaient cette actualité, d’autant que MacKenzie King s’y intéressait de près :



  1. Des lois antisémites ;

  2. Des lois de stérilisation des malades mentaux ;

  3. L’incendie criminel du Parlement, le Reichstag ;

  4. Les massacres d’opposants politiques ;

  5. L’épuration des bibliothèques ;

  6. L’ouverture d’un premier camp de concentration à Dachau ;

  7. Le réarmement intensif du pays ;

  8. L’intérêt affiché pour les Sudètes et l’Autriche.


Mais tout ça n’avait pas été suffisant pour réveiller MacKenzie King. L’année suivante, soit après l’annexion des Sudètes, il va s’adresser à Hitler pour l’encourager à persévérer dans le redressement de son pays et lui annoncer qu’il le croyait prédestiné à atteindre le sommet de la gloire avec Jeanne d’Arc parmi les libérateurs des peuples et, s’il se montrait prudent, « à être reconnu comme l’un des sauveurs du monde ».


Conclusion


Non seulement les Canadiens français n’ont jamais participé à ce délire anglo-saxon, ils en ont même été les victimes. Aujourd’hui, les enfants des maîtres-racistes d’hier ont même poussé l’arrogance jusqu’à les traiter de racistes et de xénophobes, comme si, d’ailleurs, les deux mots n’étaient que des synonymes. Or, ce n’est absolument pas le cas.


Le racisme est essentiellement une posture idéologique qui tient pour acquis 1) que les races existent, 2) qu’elles se différencient par des caractéristiques durables, 3) qu’il y a une hiérarchie d’essence entre elles, et 4) que les moins évoluées n’ont pas droit aux mêmes traitements et avantages que les autres. La xénophobie, elle, n’a rien d’idéologique. Elle peut naître naturellement ou spontanément chez n’importe qui. Depuis la nuit des temps, les humains n’ont réussi à survivre qu’en se protégeant des étrangers. En conséquence, l’arrivée d’étrangers sur un territoire a toujours été signe de malheurs et de prédations. La peur des étrangers a donc toujours été naturelle à l’homme. On peut même dire que cette peur était un simple réflexe de survie. Pour se,protéger des étrangers, les hommes devaient se barricader. Souvent se construire des châteaux-forts. La xénophobie est donc un résidu instinctif et naturel de cette peur ancestrale. C’est une simple émotion. Il n’y a rien d’immoral à avoir peur. En toute logique, c’est à l’étranger qui veut se faire accepter de faire la preuve que ses intentions sont amicales. La xénophobie ne peut pas être illégale non plus. Aucun législateur ne pourrait interdire à quiconque d’avoir peur d’un inconnu, comme d’avoir peur de l’avenir.


À partir du milieu du XIX e siècle, le racisme est une idéologie qui s’est développée en Angleterre et qui s’est vite répandue dans l’univers anglo-saxon, y compris le Canada. Mais jamais parmi les Canadiens français. L’Église catholique a toujours vivement dénoncée l’idée d’une hiérarchie entre les hommes. En mai 1945, les horreurs et les crimes de l’Allemagne nazie ont commencé à être révélés à la face du monde. Être raciste est alors devenu la pire abjection morale qui soit. Le Canada a donc vite commencé à renier son passé et à trafiquer son histoire. Aujourd’hui, il est devenu un parangon de vertu, le pays par excellence de l’inclusion et de la diversité. Pour éviter tout questionnement sur son passé, il a détourné l’attention en braquant les projecteurs sur ce qu’il y a de plus noir au monde, les Canadiens français de la province de Québec.



Christian Néron

Membre du Barreau du Québec, Constitutionnaliste, Historien du droit et des institutions.



Références :




Grant, Madison, « The Passing of the Great Race: or the Racial basis of European History », New York, Charles Scribner’s Sons. Pierre Rousseau, libraire, a établi que ce livre était disponible dans toutes les

bibliothèques universitaires du Canada et des États-Unis, mais inexistant dans celles du Québec à l’exception de la McGill University Library et de la Concordia University Library.


Teigrob, Robert, « Four days in Hitler’s Germany », University of Toronto Press, 256p., 2019.


Journal du 29 juin 1937, W-L-MacKenzie-King’s-diary-june-29-1937/



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1 commentaire

  • André Lemay Répondre

    20 février 2020

    Me Néron, quelle éqipe vous formeriez avec Frédéric Bastien. Un souhait. Non, un espoir.