Luc Picard lance un appel à l'unité des artisans du cinéma québécois

Cinéma québécois : crise de financement



L'acteur-réalisateur Luc Picard estime que ce n'est pas en s'entre-déchirant publiquement que les artisans du film obtiendront davantage de fonds.

Martin Ouellet Presse canadienne
Munich , Allemagne
Le cinéma québécois manque cruellement de moyens financiers mais ce n'est pas en s'entre-déchirant publiquement que les artisans du film obtiendront davantage de fonds, a estimé samedi l'acteur et réalisateur Luc Picard
«Ne nous chicanons pas les uns les autres. Faisons bloc pour dire qu'il nous faut plus d'argent. Pour ce qui est du mode de distribution des fonds, on se chicanera plus tard», a dit à La Presse canadienne M. Picard, de passage en Allemagne pour la présentation de son film L'Audition au Festival international de cinéma de Munich.
Luc Picard est l'un des signataires, parmi une quarantaine d'autres acteurs, réalisateurs et producteurs, d'une lettre d'ouverte appelant à l'unité des artisans du cinéma québécois face à la crise de financement que traverse actuellement l'industrie.
De l'avis de l'acteur-réalisateur, la présente controverse entourant le mode d'attribution des fonds par Téléfilm Canada (les enveloppes liées à la performance), qui divise le monde du cinéma, ne doit pas occulter l'enjeu réel du débat qui est le manque de ressources allouées par les gouvernements à la production cinématographique.
«On a besoin de plus d'argent, plus d'argent pour la culture. Si vous regardez les pays européens en général, ils investissent plus de ressources dans la culture que nous. C'est une question de philosophie», a insisté M. Picard.
Les pouvoirs publics devraient pourtant prendre acte du fait que le cinéma québécois «a fait ses preuves» en parvenant en quelques années à peine à occuper 20 pour cent du marché domestique, a-t-il poursuivi.
«Le cinéma canadien-anglais va chercher 1,5 pour cent de la part du marché alors que nous en obtenons 20 pour cent. Étant donné que nous ne sommes que six millions de francophones entourés de 300 millions d'Anglais, qui plus est sont des Américains, c'est quand même quelque chose», a-t-il dit.
Par conséquent, l'insuffisance du financement risque de compromettre la vitalité du cinéma québécois et freiner son élan des dernières années, redoute M. Picard.
Une analyse que partage entièrement la comédienne Macha Grenon, l'une des têtes d'affiche du film Familia de Louise Archambault, projeté également à Munich.
«Nous avons connu des années très très fastes qui ont donné un ton. Il y a énormément de films qui ont été produits et nous étions sur un élan. On aurait voulu que cela continue», a-t-elle dit.
«On est tellement bien parti. S'il y a pas de films qui se font, ou s'il y a peu de films qui se font, tout cet élan va être perdu» a renchéri le réalisateur de L'Audition.
Hormis Familia et L'Audition, quatre autres productions québécoises sont à l'affiche cette année à Munich. Il s'agit de Ma vie en cinémascope de Denise Filiatrault, Que Dieu bénisse l'Amérique de Robert Morin, La Neuvaine de Bernard Emond et Congorama de Philippe Falardeau.
Ce dernier, qui a aussi réalisé La Moitié gauche du frigo, est par ailleurs circonspect en regard des chances du cinéma québécois de percer le marché allemand.
«Y a-t-il un marché pour nous? Peut-être, mais tout reste à faire. Il faut surtout que les distributeurs allemands acceptent de prendre des risques», a-t-il commenté.
Jusqu'à maintenant, le plus grand succès au box office obtenu par un film québécois en Allemagne a été la comédie Mambo italiano, avec 150 000 entrées. Suivent La Grande séduction avec 125 000 entrées et «Les Invasions barbares» avec 75 000, une performance nettement en-deça des attentes.
Les espoirs du cinéma québécois en sol germanique reposent aujourd'hui sur C.R.A.Z.Y., actuellement en salles.
Pour le cinéma québécois le marché allemand reste à développer, a convenu la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, présente dans la capitale bavaroise. «Nous voulons mieux faire connaître nos acteurs et nos réalisateurs et cela fait dix ans que nous travaillons avec les Bavarois à cet égard. Il faut profiter de nos liens avec l'État de Bavière pour étendre notre marché», a-t-elle expliqué.


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