Limiter les dégâts

Crise de leadership au PQ

Il est plutôt rare qu'un gouvernement dont la population est relativement satisfaite soit battu, mais cela peut arriver. Une semaine avant les élections du 14 avril 2003, plus de 50 % des Québécois se disaient satisfaits du gouvernement Landry. Cela n'a pas empêché le PQ de subir sa pire défaite en 30 ans.
En revanche, il n'y a aucun exemple d'un gouvernement qui ait été réélu alors que 58 % des électeurs souhaitaient le voir partir. La tendance, constatée aussi bien par CROP que par Léger Marketing, semble pourtant si lourde que les libéraux auront vraisemblablement droit à un deuxième mandat.
Peu importe l'angle sous lequel on les examine, les deux sondages sont accablants pour André Boisclair. Alors que son parti devrait normalement voguer vers la victoire, il les conduit tout droit à l'abattoir.
L'insistance de Bernard Landry à le souligner était aussi inutile qu'indécente. En plus d'être carrément suicidaire. Les militants péquistes ont fait payer très cher à Pauline Marois ses remises en question du leadership de M. Landry lui-même, même si elle lui avait témoigné infiniment plus de respect. Comme l'a fait remarquer une de ses anciennes collègues, M. Landry ne peut pas revenir puisqu'il n'est jamais parti.
L'ancien premier ministre, qui n'en finit plus de regretter sa démission, estime peut-être qu'un coup de force avant les élections constitue son ultime chance de chasser ce cauchemar. Qui d'autre que lui voudrait du poste au moment où les carottes sont cuites? Au lendemain d'une éventuelle défaite, ce sera plutôt l'inverse: qui voudra encore de lui?
Il est vrai que le PQ n'en serait sans doute pas là si M. Landry était resté. Sa présence n'aurait pas empêché l'élection du gouvernement Harper, dont le «fédéralisme d'ouverture» a déstabilisé le camp souverainiste, mais il aurait su mieux profiter de l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest.
Malgré d'énormes bourdes comme la Gaspésia, la perspective de son retour aurait semblé moins inquiétante que l'arrivée au pouvoir d'un homme chez qui on découvre chaque jour de nouvelles faiblesses. Dans les jours qui ont suivi le congrès de juin, M. Landry aurait pu se raviser et être candidat à sa propre succession, mais il est trop tard pour récrire l'histoire.
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Sauf peut-être quelques inconditionnels, tous les députés péquistes se sont maintenant rendu compte des limites et de la fragilité de leur nouveau chef. Il n'inspire plus, au mieux, que de la pitié. Ceux qui assistaient mardi soir à l'assemblée d'investiture de Pierre Curzi dans Borduas n'ont pu s'empêcher de comparer le discours inspirant de l'ancien président de l'Union des artistes à celui de leur chef, désespérément égal à lui-même. En d'autres circonstances, ils n'hésiteraient pas à le remplacer, mais ils sont contraints de le soutenir dans l'espoir de limiter les dégâts.
La situation actuelle n'a rien à voir avec celle de 1987, quand Gérald Godin avait réclamé publiquement le départ de Pierre Marc Johnson. Il restait encore deux ans avant les élections et cela n'avait pas suffi à cicatriser toutes les plaies. Si Jacques Parizeau avait dû partir en campagne trois mois après être devenu chef, le PQ aurait subi une raclée encore plus décisive que celle de 1989.
À la faveur de la course au leadership, André Boisclair a attiré 40 000 nouveaux membres au PQ. Comment réagiraient-ils à un putsch? Face à un tel désordre, les électeurs se précipiteraient encore plus sûrement dans les bras des libéraux.
Le grand reproche qu'on adressait à M. Johnson n'était pas d'avoir perdu le pouvoir, mais d'avoir abandonné la souveraineté pour l'affirmation nationale. André Boisclair est peut-être moins pressé que d'autres de tenir un référendum, mais sa foi souverainiste n'est pas sérieusement mise en doute.
Il ne doit cependant se faire aucune illusion. Si Gilles Duceppe l'a assuré de son appui, c'est surtout qu'il ne veut pas le voir tomber maintenant. Pauline Marois n'a pas davantage intérêt, ni très envie, de précipiter un éventuel retour. Cela sera une tout autre histoire au lendemain de la défaite.
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Le soir de son couronnement, M. Boisclair avait dit accepter sa victoire «avec humilité». Ces belles dispositions n'ont malheureusement pas tenu. Très rapidement, on a commencé à se plaindre qu'il n'écoutait personne, si ce n'est quelques favoris. Même ses plus proches conseillers ne savaient rien de sa participation à la parodie de Brokeback Mountain.
Il devra maintenant tenir compte de l'avis de ses députés. Sans leur appui, il ne pourra pas survivre aux semaines très difficiles qui l'attendent. S'il avait trouvé la course au leadership éprouvante, il n'a encore rien vu. Les médias sont impitoyables envers les politiciens qui chancellent. M. Boisclair n'aura plus droit à la moindre erreur.
Le plus urgent est de mieux l'entourer. L'absence d'un mentor se fait cruellement sentir. Même les chefs les plus expérimentés sentent le besoin de s'entourer de vieux sages qui en ont vu d'autres. M. Boisclair a voulu s'affranchir de la vieille garde, mais il lui faut maintenant avoir l'humilité de reconnaître qu'il a besoin d'aide.
Celui qui pourrait lui être du plus grand secours est sans doute Louis Bernard. Durant la course au leadership, il avait lancé crûment à son jeune rival qu'il n'avait pas l'expérience requise. La suite des choses a démontré qu'il avait raison.
Tout souverainiste qu'il soit, M. Bernard avait jadis accepté d'épauler Robert Bourassa parce qu'il croyait que l'accord du Lac-Meech était avantageux pour le Québec. Il serait étonnant qu'il demeure indifférent au désastre qui menace le PQ .
mdavid@ledevoir.com


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